La véritable origine de l’automne (30)

Résumé des épisodes précédents.
Après une semaine de travaux épuisants, Dieu s’endort et Ève naît de son rêve. Au matin, Ève rencontre Adam. La discussion s’engage et se poursuit jusqu’au moment où un coup de vent soulève la longue chevelure d’Ève et dévoile sa face postérieure. Adam reste bloqué, figé de partout, sauf à un point précis situé au niveau de l’entrejambe. Interdite face à l’ampleur du changement physiologique qui s’opère sous ses yeux, Ève juge plus prudent de s’armer d’un caillou. Ensuite, elle tente de rebrancher les fils de la communication.

- Adam. Adam !
– Pas de réponse
– ADAM !
– Beuh.
– Adam, qu’est-ce qui se passe ?
– Meuh.

Sans lâcher le caillou pointu qu’elle tient dans la main, Ève recule doucement en direction d’un bouquet de plantes hirsutes dont elle détache quelques feuilles de bonnes dimensions. Elle confectionne à la hâte une jupe tube et un petit boléro qu’elle enfile sans autre forme d’essayage.
Elle revient vers Adam qui n’a toujours pas bougé.

- Là, ça va mieux ? Maintenant on peut parler ?
– Aga.
– Alors, tu peux m’expliquer ?
– Hon ?
– Oui, qu’est-ce qui se passe ? Tu es là à me regarder comme si j’étais une cerise sur un pot de crème chantilly. Tu as faim ? Tu veux des bananes ?
– Ah oui ! Des bananes ! Des bananes, de la crème et deux cerises rouges. Couche-toi là, que je te prépare.
– Que tu me prépares ?
– Laisse-toi faire, je vais te montrer.

Adam s’avance, l’air décidé. Elle le voit venir, le regard vitreux et le sexe en bataille. Au moment où il va poser les mains sur elle, Ève lui décoche un formidable coup de pied, plein centre, plein soleil, en plein dans le mille. Adam pousse à peine un petit cri. Il saisit à pleines mains son intimité. Il tombe à terre. Il se recroqueville. Il rentre dans sa coquille. Il s’évanouit.

Elle retourne vers le bananier et décroche une banane. Elle s’assied à côté de lui. La banane a un goût de vanille. L’air est doux et Adam inconscient a le cheveu bouclé.

Six cordes au sommeil

Écoute la guitare, écoute.

Écoute la guitare quand elle parle le soir, le gris ou la tristesse.
Écoute la guitare quand elle tombe la nuit et fait basculer les étoiles. Écoute la guitare, écoute, quand elle te parle de l’intérieur, fait grincer ton vieux fauteuil, ton parquet branlant, tes os qui rouillent paisiblement pendant que tu les réchauffes un peu au soleil, écoute.
Écoute les cordes qui enroulent leurs anneaux autour des fils de pluie, coulent une rivière dans une poignée de sable tiède, frottent le grain poreux de leur peau brûlée au rouge orange du soleil
Écoute la guitare quand elle parle crépuscule et lumières qui s’allument. La nuit grince et fait basculer ton vieux fauteuil, la nuit tombe et tes yeux fatigués ont brouillé les étoiles et mélangé la mer.

Tu éteins la lumière.

Avant de t’endormir, entre tes deux oreilles, tu étends six cordes au sommeil.

L’envol des arbres

Un jour les arbres s’inclineront. Leur colonne vertébrale formera un arc de cercle et tout au bout, leur cime ira toucher le sol. Lentement, la terre séchée se fendillera, se craquèlera, sera parcourue de fractures sombres et sans fond d’où émergeront en sifflant les premiers nœuds des racines.

Le vent tombera, effrayé et muet.

Au milieu de l’air immobile, les arbres se redresseront, repasseront à la verticale, se pencheront à nouveau vers le sol, à gauche, à droite, au nord, au sud, régulièrement, deux fois en deux temps, des heures durant, jusqu’à ce que la terre épuisée desserre son étreinte et les libère dans un grand craquement.
Alors les arbres s’en iront voir ailleurs, chercher une autre terre où leurs troncs seront à l’abri des haches. Chercher d’autres nuages, moins lourds, moins acides, moins chargés en missiles. Chercher des collines rondes et dépourvues de croix. N’allumer que des fours à cuire les tartes aux abricots et des bûchers pour éclairer la nuit de nouvelles étoiles ou regarder comment le profil du monde s’allonge à la lueur des flammes.
Les arbres partiront. Un à un, en file indienne, en escadrilles, en troupeaux immenses qui obscurciront le bleu du ciel. Sur leurs dos, ils emmèneront les oiseaux et tous les autres animaux. Les fleurs s’agripperont à leurs branches et leurs feuilles déployées retiendront toute l’eau de nos pluies, tous les cristaux de nos neiges, toute la grêle de nos orages.

Tout ce qui tombe de nos nuages.

Lorsque la poussière retombera, il restera de la terre écrasée de lumière et des barres de béton traversées de verre. Le plomb du soleil fera fondre le cœur des pierres. Nous nous battrons pour un carré d’ombre, un gobelet d’eau fraîche, un palmier gonflable ou un chêne en carton.
Les Pluviasionistes obligeront les femmes à se couvrir de toile grise pour que le ciel obstinément bleu se rappelle de la couleur des nuages. Les Ensolleillistes enduiront d’huile ambrée le corps de leurs compagnes et leur imposeront le port d’un simple string en paille tressée en espérant que l’étalage de toutes ces peaux brillantes favorise l’apparition d’un deuxième soleil.

Les nuages ne reviendront pas.
Aucun nouveau soleil n’apparaitra dans le ciel.

Alors, le Grand Pluvieux dira qu’il est écrit dans le Livre de la Grande Ondée : "Les nuages refuseront de venir recouvrir le bleu du ciel aussi longtemps que durera l’exposition indécentes de toutes les chairs de ces chiennes infidèles."
Le Grand Lumineux montera sur une estrade. Il ouvrira le Livre de l’Aube Brillante, page 51 où il est écrit : "En vérité, je vous le dis, aucun soleil nouveau ne se lèvera aussi longtemps qu’une infâme nuée de voile gris recouvrira de son ombre morbide des pans entiers de la surface de la terre."
La tension montera. Des tirs seront échangés. Des ultimatums seront lancés. Des émissaires viendront s’asseoir à la table des négociations qui échoueront après une ultime tentative de conciliation. On hissera le grand pavois. Les canons tonneront. Les missiles s’écraseront. Gris ou dorés, ils provoqueront des dégâts considérables. Des morts par milliers.

Les nuages ne reviendront pas.
Le soleil étouffé par la fumée des bombes décidera lui aussi de s’en aller voir ailleurs.
La nuit tombera pour toujours.

Après un court instant de stupeur, le Grand Pluvieux et le Grand Lumineux feront quérir des voitures et des camions qu’on disposera en carré autour du champ de bataille.
On allumera les phares.
On continuera à se battre dans le noir.

What’s Going On

Mother, mother
There’s too many of you crying
Brother, brother, brother
There’s far too many of you dying
You know we’ve got to find a way
To bring some lovin’ here today, yeah

Father, father
We don’t need to escalate
You see, war is not the answer
For only love can conquer hate
You know we’ve got to find a way
To bring some lovin’ here today

Picket lines and picket sign
Don’t punish me with brutality
Talk to me
So you can see
Oh, what’s going on
What’s going
What’s going on
What’s going on

Right on, baby
Right on

Mother, mother
Everybody thinks we’re wrong
Oh, but who are they to judge us
Simply because our hair is long
Oh, you know we’ve got to find a way
To bring some understanding here today

Picket lines and picket signs
Don’t punish me with brutality
Come on talk to me
So you can see
What’s going on
What’s going on
Tell me what’s going on
I’ll tell you ya, what’s going on

Right on, baby

What’s going on, Marvin Gaye, 1971

Code pénal pour aller sur Mars

Le temps est au beau qui incite à la promenade. Dans la ville pimpante, à droite, à gauche et à perte de vue, des vitrines clinquantes scintillent au soleil. Et là, juste devant moi, cette bijouterie remplie de montres grosses comme mon poing, les reflets irisés de leurs cadrans métalliques lascivement offerts à ma concupiscence horlogère.
Je transpire.
Je n’y tiens plus.
J’ouvre sans dire bonjour la porte de la bijouterie. J’entre. Je saisis le bijoutier. J’entrave la bijoutière. Je prends à pleines mains. Je dévalise. Je me gave, je m’en mets jusque-là. Mes deux sacs remplis de nourriture, je les vide sur le tapis lie-de-vin tendance délicat. À la place, j’entasse la quincaillerie, de la montre au kilo, jusqu’à la garde, jusqu’à la glotte.

Bâillonné par mes soins, le personnel ne moufte pas.
Je ressors plus chargé qu’une mule du Tour de France. Après un laps de temps plus ou moins long, une alarme résonne. La volaille rapplique, découvre mon meilleur profil dans la captation de ma performance saisie par les caméras de surveillance.
Les limiers liment.
L’électronique électronise.
On sonne à ma porte. Ding-dong, c’est l’facteur. J’ouvre et non c’est la maréchaussée. Sous une pile de porte-jarretelles, on découvre 20 kilos de garde-temps made in Switzerland. Le flic me regarde bizarrement. J’explique que rien ne m’excite plus que de sentir le frôlement soyeux des bas sous mon pantalon d’alpaga. Il me répond que tous les goûts sont dans la nature, porte-jarretelles, fixe-chaussettes et montres mécaniques, tout ceci peut très bien se concevoir. Juste, pour les montres, il voudrait bien que je lui fournisse des pièces justificatives, des tickets, des reçus, n’importe quoi qui prouve qu’elles proviennent bien d’une transaction où une somme d’argent a été offerte en échange de son équivalent horloger. Devant mon refus de produire un tel document, le policier m’emmène croupir dans une geôle quelconque, pour quelques heures ou quelques jours, selon la gravité du délit converti en unités de pognon.
Ensuite, enquête, instruction, comparution, tribunal, procès et même, peine de prison, si j’ai subtilisé plus d’un quintal de quincaillerie helvétique. On dira ici que la lourdeur de la sanction prononcée sera proportionnelle à la valeur du matériel dérobé. Par extension, ce principe s’applique à tout ce qui a été volé : minéraux, végétaux, objets, argent, animaux et êtres humains. Jusque-là, le système a bien fonctionné, mais aujourd’hui, à l’heure où nous nous apprêtons à revêtir nos combinaisons spatiales pour aller sur Mars, le temps n’est plus à l’examen minutieux des traces d’ADN pour savoir si Gérard était bien les deux fesses dans son slip le 10 octobre à 19 heures 43.
Nous n’avons plus de temps à perdre et toutes ces années d’enquête, ces tribunaux sombres, ces avocats confits dans leurs robes surannées, ces prisons surpeuplées, tout ce fatras nous retient en palabres inutiles alors que l’espace nous tend les bras.

Notre nouveau système est beaucoup plus simple et adapté aux réalités du monde supersonique.
Désormais, on échange un crime contre une somme d’argent.

Et les pauvres, me direz-vous ? Les nouveaux Martiens ont besoin de piscines et parfois la croûte du sol rouge s’écroule sous le poids des machines. Alors, s’ils veulent protéger leurs mains fragiles, les pauvres n’ont qu’à bien se tenir.

Pompistero & Pompistera

Prenez un nouveau-né dans vos bras.
Qu’il soit blanc, noir, rouge ou vert, rien n’y fait : on retrouve toujours deux jambes, deux bras, un ventre et une tête au-dessus. Les plus attentifs auront noté la présence ou l’absence d’une douille oblongue suspendue par les oreilles au rebord de l’entrejambe, l’unique fonction de cet objet incongru étant de lever le doute engendré par des parents possédés par le démon du prénom androgyne.

D’ailleurs, tout commence par un prénom : Adam, Dieu ne s’est pas foulé : il a ouvert le dictionnaire des prénoms, lettre A, Aa, pas terrible… Ab, Abel, pas mal, je garde l’idée… Abraham, génial, mais un peu long… Achille, un peu fragile… Adalric, qu’est-ce qu’on va lui mettre à la récré… Adam…. ADAM!! Voilà un prénom qui claque comme il faut, facile, simple et presque réversible; réversible! Ça aussi, c’est une bonne idée, le prénom réversible, je suis en feu moi aujourd’hui, je pète la forme, je bouillonne, un peu de terre et un peu d’eau et hop, voilà Adam.

Ensuite Dieu endort Adam et le projette contre un rocher. Adam explose. Dans la bouillie d’os éparpillés sur le sol, Son Altitude repère une côte encore intacte, il souffle dedans, la côte se transforme en femme et Dieu qui n’était pas gâteux se souvient de l’idée du prénom symétrique, il met un accent sur la première lettre pour aider les dyslexiques et voilà Ève, debout, une pierre à la main, voir le dernier chapitre de ma retranscription incomplète des premiers émois d’Adam.

Adam et Ève ont deux fils, Cain et Abel, c’est là que tout part en couille et définitivement. Revenons en arrière et corrigeons ce moment. Adam et Ève ont deux fils, Agriculturo et Bergero. Agriculturo est fort et grand. Ses mains appellent l’outil. Agriculturo sera agriculteur. Bergero, lui est taillé pour la route, shapé pour traverser les grands espaces de son pas altier, en plus, il possède un flair infaillible. Bergero sera berger. Vous voyez l’idée ? On peut l’étendre à tous les champs d’activités : Banquiero et Banqiuera, Computero et Computera et aussi le très beau Conducteurdecammiono qui gare son quarante tonnes devant la station-service où l’attend Pompistera pour faire le plein. Le monde sera enfin rangé. L’ordre règnera. Dès la maternelle, le pompiste n’apprendra que le pompisme, l’instituteur, l’institutrisme, le voyeur, le voyeurisme, l’agriculteur, l’agricultrisme et l’ordinateur, l’ordinatrisme.

Cain et Abel, et pourquoi pas Gérard et Gérard, tant qu’on y est ? Ça commence par les prénoms et ça se termine par un moi tout boursouflé qui voudrait interroger les Présocratiques pour connaitre le sens de l’existence, alors que l’existence ne connait qu’un seul sens, qui est unique et préprogrammé. Mais voilà, Cain est Cain et pas Agriculturo. On lui apprend la vie, l’histoire de France et le Grec ancien; juste pour voir, essayez d’épandre du Grec ancien sur un champ de pommes de terre, vous croyez que les doryphores vont être impressionnés ?

En vérité, je vous le dis, nous nous sommes égarés. Revenons à nos moutons. La technologie est là qui nous tend les bras. Il suffirait, lors d’une courte visite intra-utérine de démonter l’ADN du futur nourrisson pour savoir s’il s’appellera Ramoneuro ou Camerista. Ensuite, cours de maniement de l’échelle et de la brosse pour lui,  ateliers d’empesage de cols pour elle. Pline le Jeune ? On s’en fout. Aux chiottes l’impressionnisme. Pythagore ? On le noie dans sa baignoire en ayant soin de récupérer l’eau du bain pour arroser nos pommes de terre. Il suffit que Ramoneuro sache ramoner. Le reste est superfétatoire. L’année de ses 10 ans, il obtiendra son diplôme, la retraite viendra à 75 ans. La suie accumulée dans ses poumons le fera mourir d’un cancer deux années plus tard. Avant de rendre son dernier soupir, il remerciera la Société Générale de Ramonage, son balai, son échelle et sa brosse. Il demandera à être séché à l’air libre avant d’être incinéré pour ne pas encrasser la cheminée du four crématoire. Il n’y aura pas de musique à son enterrement. Juste des ramoneurs.

Pour une fois, tout le monde sera en noir.

Le mouton volant

Deux hommes sont debout face un découpage représentant un mouton. Ils portent une marinière et un béret basque, on dirait deux Français.

Premier Français : Bonsoir. ici nous avons les diagrammes modernes du mouton anglo-français … maintenant … baa-aa, baa-aa…
Il déplace la tête découpée du mouton, sous la tête, on découvre des cadrans.
Premier FrançaisNous avons, dans la tête, le cabine. Ici, on se trouve le petit capitaine Anglais, Monsieur Trubshawe.
Deuxième Français : Vive Brian, wherever you are.
Premier Français : D’accord, d’accord. Maintenant, je vous présente mon collègue, le pour célèbre, Jean-Brian Zatapathique.
Il arrache sa moustache et la colle sous le nez du deuxième Français
Deuxième Français : Maintenant, le mouton … le landing … pendant les wheels, bon.
Il rentre les pattes découpée du mouton, des roues apparaissent.
Premier Français : Bon, les wheels, ici.
Premier Français : C’est formidable, n’est-ce pas … Et bon, ouh.
Il soulève la queue du mouton, sous la queue, une hélice.
Deuxième FrançaisAaaah. Interjections. Ravissement. Français yaourt.  Bon, tchouk, tchouk, tchouk.
Premier Français : Merci beaucoup. Suivez la piste.
Deuxième Français : Tais-toi donc. Mais, où sont les bagages ? Où est les voyageurs ?
Recolle sa moustache sous le nez du premier Français. Réprime avec peine un sanglot de fou-rire.
Les deux Français : Les voyageurs !
Premier Français : Les voyageurs, ils sont où ? ICI !!!
Ils ouvrent les deux volets au centre du découpage. Tadam! Sous le ventre du mouton, on découvre la cabine, les sièges, tout le toutim. Ils s’esbaudissent, se congratulent, ils font le mouton volant.

La scène suivante a été coupée. Elle fait partie de l’épisode Sex And Violence écrit et interprété par les Monty Python. On passe alors du mouton volant au supermarché où quatre ménagères anglaises parlent des Français, de Blaise Pascal, de Voltaire et de Descartes.
Bien que cette scène soit empreinte de pastoralisme ovin , elle n’ajoute rien à la beauté du mouton volant.

Andrés Iniesta

Né en 1984. 1m70, 63 kilos.

Trente ans et déjà dégarni, grisonnant. Le teint cireux, gris aussi, la plupart du temps; imperméable à la lumière du sud ou des projecteurs. Trop petit et trop maigre, les manches jusqu’aux phalanges, comme un enfant de 5 ans qui entre sur la pelouse dans ses habits trop grands, les manches qui pendent, le maillot qui descend trop bas sur les shorts en tire-bouchon au-dessous du genou.
Silhouette lunaire sur un fond vert, il transpire avec difficulté et son crâne pelé fait tache au milieu des brushings lustrés et des raies au milieu taillées au quart de millimètre. Aucun tatouage sur sa peau pâle, pas de bijou, juste deux pieds.

Deux pieds dessinés pour jouer à la balle au pied, un jeu d’adresse où la vitesse n’est pas toujours égale à la distance divisée par le temps. En football, le temps s’arrête parfois pendant une fraction de seconde et Iniesta sait comme personne se faufiler dans les failles de cet instant immobile. Il relève la tête. Il photographie la géométrie du terrain, le placement des joueurs. Il estime leur vitesse, leur trajectoire et leur accélération. Ensuite, son pied relâche le ballon, recule, prend la balle par-dessous, à la cuillère, délicatement; dans un frisson elle s’envole, décrit une courbe ou une parabole, retombe exactement dans la course d’un autre joueur que personne n’a imaginé arriver là, à cet instant, personne sauf lui, Andrés Iniesta, passeur de balle magique, frêle et mélancolique qui s’excuse aujourd’hui de ne pas avoir été à la hauteur.

Même à trente ans, certains enfants ne sont jamais assez grands.

Andres IniestaImage Wikipedia

Viande froide

Assise
Sur un nuage de poussière blanche
Je tombe.
La chute longue
Et dure un siècle d’étoiles coupantes.
Je tombe,
À la vitesse de la lumière rouge,
Dans un repli de poussière noire.

Cold turkey.
Je me retiens
À tous les clous du désespoir.
Rouge,
Le sang de mes mains déchirées,
Sur mes ongles bleus,
Mes ongles pour t’arracher les yeux.

Debout
Sur un tapis de cendres rouges
Je marche.
Le pas lourd
Et dure un siècle de lumière rouge.
Je marche,
A la vitesse d’une femme au pas,
Dans l’air brûlé au fer rouge.

Dans l’air brûlé je meurs de froid.

Cold Turkey.
Je me retiens
Aux épines qui coupent dans le noir.
Rouge,
J’essuie le sang de mon crâne rasé
Sur mes yeux bleus,
Mes yeux pour t’arracher les yeux.

Ma peau à vif,
Ma peau à nu contre le mur,
Trace un dessin à l’encre rouge.
Je te dessine avec mon dos,
Avec mes hanches qui bougent.
Je déchire mon ventre dur,
Ma peau à nu contre le mur,
Écrit ton nom à l’encre rouge.

Harvest Moon

Come a little bit closer
Hear what I have to say
Just like children sleepin’
We could dream this night away.

But there’s a full moon risin’
Let’s go dancin’ in the light
We know where the music’s playin’
Let’s go out and feel the night.

Because I’m still in love with you
I want to see you dance again
Because I’m still in love with you
On this harvest moon.

When we were strangers
I watched you from afar
When we were lovers
I loved you with all my heart.

But now it’s gettin’ late
And the moon is climbin’ high
I want to celebrate
See it shinin’ in your eye.

Because I’m still in love with you
I want to see you dance again
Because I’m still in love with you
On this harvest moon.

Neil Young, Harvest Moon, Unplugged, 1993.