Le 14 février 2003, Dominique de Villepin se trouve au Conseil de Sécurité des Nations Unies pour parler d’une affaire compliquée.

Résumons.

Un jour, George Bush voit sur ses satellites des images en couleurs en provenance de Bagdad, Irak. Sur les photos, on distingue très clairement des fabriques de mayonnaise en pot. En zoomant à l’intérieur des pots, le président des États-Unis d’Amérique découvre horrifié la présence de crème fraîche 100% matière grasse et 2000 calories au centimètre carré, ou cube, c’est selon. En bout de chaine, une mention imprimée sur le haut des cartons d’emballage le glace d’effroi : “ 0 calorie Deluxe Mayonnaise”. Et juste en dessous : “For US use only”, seulement pour estomacs américains.

George Bush vient enfin de découvrir l’origine de l’épidémie d’obésité qui ravage son pays. Partout dans les hamburgers, la mayonnaise zéro calorie est peu à peu remplacée par de la bonne grosse crème fraiche.  Une montagne de graisse. Une arme chimique de destruction massive. Le Mal Absolu.
Il n’y a plus une minute à perdre. Il faut détruire ces fabriques ennemies et le pays tout autour. Que la patrie en danger envoie sans délai ses enfants pour qu’ils versent un sang impur et rempli de mauvais cholestérol.  Donc, les États-Unis briquent leurs porte-avions quand un blanc-bec fin de race au profil d’aristocrate dégénéré monte sur l’estrade des Nations Unies pour dire que non, il n’est pas prouvé que l’utilisation prolongée de crème fraiche 100% matière grasse soit à l’origine du désastre sanitaire qui est en passe de faire éclater les panses étatsuniennes.
Oh putain. Quand George Bush voit ce vieux beau débiter en Français médiéval ses doutes délicats de fiancée rétive, son sang ne fait qu’un tour. Il convoque les états généraux de la première puissance du monde dans le bunker pressurisé prévu à cet effet. Il y a là le Pentagone, la CIA et le FBI. George W est dans tous ses états. Enfin, c’est qui le maître du monde ici ? Qui c’est qui a envoyé l’homme dans la lune et inventé le Coca à la Cola ? La voiture qui fait vroum ? Et l’essence, hein, l’essence, le pétrole, qui a été inventé au Texas, le pétrole c’est du poulet ? Non, bien sûr. Le pétrole c’est pas du poulet. Et il faut que ces Français arrogants et illetrés comprennent une fois pour toutes ce qu’il en  coûte de s’attaquer à l’Empire.

Là, ça devient un peu technique. Il faut savoir qu’en Amérique, les frites s’appellent “French fries”, qu’on pourrait traduire par “frites françaises”. Il y a aussi le “French Kiss” connu chez nous sous l’appellation “rouler une pelle, ou alors une galoche ou une saucisse” mais nous nous éloignons du sujet.

Résumons.

Partout en Étatsunie, des établissements de restauration rapide font l’apologie des produits français. Mc Donalds et Burger King. Kentucky Fried Chicken et Taco Bell. Des traitres. Des collabos. De sournois agents de la propagande française. French fries par ici. French fries par là. French fries with MAYONNAISE! L’horreur absolue. Et c’est quoi la prochaine étape de l’invasion ? Un distributeur de Beaujolais à côté des fontaines à Coca ? Non, mes chers compatriotes. Nous résisterons jusqu’à notre dernier souffle face à l’arrogance de l’impérialisme français. À partir d’aujourd’hui, interdiction de mettre la langue dans le baiser. Embrassons-nous joyeusement. Embrassons-nous fougueusement mais surtout, embrassons-nous chastement. Par la toute-puissante autorité que Dieu – qu’il nous bénisse –  m’a confiée, je décrète également la fin des French fries qui seront immédiatement remplacées par des Freedom fries, les frites de la liberté. FREEDOM. Parce que la liberté a été inventée par et pour le peuple américain. Et aussi parce que ça commence aussi par F et R. C’est plus facile, pour retenir.

Ainsi fut – à peu près –  fait  en l’an de grâce 2003. La guerre fut déclarée le 20 mars 2003, nom de code “Iraqi Freedom” parce que George Bush avait retenu le nom depuis l’affaire des frites. Le 1er mai George Bush, toujours lui déclarait que la guerre était terminée et que le nom de code pour célébrer la fin des hostilités, c’était “Mission Accomplished”. Mission accomplie et fin de la guerre en Irak.

C’était le 1er mai 2003.
God Bless America. Que Dieu nous protège de l’Amérique.

Deux liens qui résument cette histoire de frites (en Anglais) et de guerre qui dissiperont les soupçons qui pèsent sur la rigueur spartiate de ce blog toujours soucieux d’effectuer un vrai travail de fond sur tous les sujets importants.

Et surtout cette chanson de Robert Plant qui dépote et que je vous laisse écouter ici.

Enlever la graisse qui dégouline. Toutes les couches inutiles. Enlever le bruit qui ajoute au bruit. Le fracas de la grosse caisse. Les nappes de synthétiseurs. Les violons parfois. Tout le fatras électronique.

Enlever tout ce qui n’est pas nécessaire et écouter le reste.

Garder la voix pour faire sonner le silence. Garder la guitare pour faire sonner la voix. Garder l’espace installé entre deux doigts qui pincent les cordes du bout des ongles.

Aimer tout ce qui reste et respirer un peu.

Écouter le bruit que fait une voix quand elle se déshabille. Le son d’une bouche nue qui traverse le noir. Écouter la respiration soulever les notes, les tenir à bout de bras, sur une hauteur fragile, à l’extrême bord de l’asphyxie.

Inspiration.

Voix. Guitare. Sur ses cheveux, une paire d’écouteurs.

Et le fil du micro branché dans le gris du ciel.

Emmy Curl – Cayman Island

Vifs remerciements à Sophie qui cherche et trouve des musiques rares que vous retrouverez ici.

Dans le cadre des échanges proposés par Les Vases Communiquants, c’est Samuel Dixneuf qui a ouvert le capot de mon blog pour essayer de rebrancher tous les fils. Devant l’ampleur de la tâche, il a préférer déposer ici ce conte de Noël sous surveillance électronique.
Vous retrouverez mon conte de Noël chez lui.

 
Il ne doit pas sortir beaucoup. Le type d’individu qui fuit la foule. Il marche rapidement. Que fait-il là ? Les images des écrans de surveillance sont saccadées. Une image par seconde en moyenne. A chaque image, le déplacement de l’individu dans le centre commercial est conséquent. Il serait possible de le calculer. Quoiqu’il en soit, il marche vite. Plus vite que les autres clients. C’est un fait.

Il est possible d’arrêter les images. De faire un gros plan. Plusieurs. Mais un seul est nécessaire. Son visage. Son regard. Exorbité, virevoltant. Fuyant. Cet homme regarde tout et partout. Curiosité ? Angoisse ? Il est en bras de chemise. Une chemise à carreaux. C’est le mois de décembre. Les autres clients sont engoncés dans de lourds habits. Le centre commercial est chauffé. Il est en bras de chemise. C’est le seul.

Il y a les vigiles. Ils vocifèrent la bouche déformée en inclinant la tête, une queue de cochon plastifiée derrière l’oreille. Si l’image de l’homme disparaît quelques secondes des écrans, il y a les vigiles. Les vigiles sont perspicaces. Les vigiles ont du métier. Ils surveillent ce qui doit être surveillé. Ils surveillent l’homme en bras de chemise. Les autres -les clients, l’homme est-il un client?- obtiennent leur bienveillante ignorance.

L’homme en bras de chemise n’achète rien. Il regarde tout et n’achète rien. Il croise les autres clients chargés de paquets et d’objets. Il a fait le tour du magasin. Il se dirige vers la sortie.

Il emprunte l’allée la moins fréquentée. Au bout de celle-ci, il y a une femme, jeune. Une poussette, et des dizaines de paquets disposés autour d’elle. Sa mère, peut-être, quelques pas plus loin. L’homme ne peut pas passer. La poussette, les paquets, la jeune femme. Il n’y a pas de place pour lui.

Sur l’écran de surveillance, pendant quelques secondes, les images livrent la même scène. La jeune femme, la poussette, les paquets étalés… Et l’homme, derrière, qui ne peut pas passer. Une rencontre insolite. La jeune femme est affairée. Elle fouille dans un grand sac. Elle ne remarque pas l’homme. Quelques secondes, et l’homme a pris une décision.

Lentement -ce court déplacement s’accorde avec les images secondes des écrans de surveillance si bien que ce déplacement apparaît fluide- il contourne les paquets, lève les jambes, passe derrière la poussette, jette un œil à son occupant -cet homme regarde tout et partout- passe derrière la poussette et devant la jeune femme -la jeune maman donc. Il est précautionneux, il se tortille, il ne veut rien toucher. Il murmure enfin, un mot d’excuse peut-être, à l’attention de la jeune femme. Elle le remarque enfin, elle lève la tête. Elle lui parle. Brièvement. Durement, semble-t-il.

L’homme en bras de chemise a repris ses grandes enjambées mais il dit quelque chose -une réponse ?- sans se retourner. Le reste est confus. Le reste se déroule très rapidement. La jeune femme se met à hurler au milieu de ses paquets en regardant dans la direction de l’homme. L’homme s’arrête soudain. Il se retourne et hurle aussi. Son visage est déformé par la haine. Les clients lèvent leurs têtes de gondole, l’air outré.

Deux vigiles -leur image a à peine le temps de se pixelliser sur l’écran de surveillance- se jettent sur l’homme en bras de chemise. Ils sont au sol. L’homme ne se débat pas. Il est évacué rapidement par une porte dérobée.

Le temps flotte encore un peu. Les clients ont l’air soulagé. Ils se regardent à peine. Puis reprennent leurs activités en silence.

“Tu commences à faire chier.
Ça fait des mois que tu ponds des mots au kilomètre. Des mots au kilo pour faire tourner ton tiroir-caisse. Des mois que tu tournes autour de moi. Que tu avances. Que tu recules. Bien sûr, faut bouffer, la belle excuse. Il faut bien que tu bouffes. Comme si tu étais pas assez gros. Bien sûr, il y a les impôts. Les bouches à nourrir. Il y a même le repassage. Quand j’y pense, ça me fait mal aux seins. Le repassage ! Tu inventerais n’importe quoi pour ne pas t’occuper de moi. Tu as toujours quelque chose à faire. Tu as toujours autre chose à faire.

Et moi je reste suspendue sur une réplique débile où tu me fais dire : “Me taire. ME TAIRE ? Mais je ne fais que ça. Me taire. Et t’écouter à genoux, mon amour.” C’est ridicule. “Mon amour.” Je sais bien que ça fonctionne dans l’histoire, mais tu vois bien combien c’est nul de me laisser plantée là. Le mot “amour”, je l’emploie même pas pour moi. J’aime personne. Même pas moi. Alors, lui avec ses petites mains délicates, je veux juste qu’il me cède. Que je marche sur lui, mes semelles qui s’écrasent sur sa petite gueule sud-américaine.

J’aime personne. Même pas moi. Qu’est-ce que tu attends ? Tu attends quoi pour l’écrire ?
J’AIME PERSONNE !”

*Titre emprunté au livre de Martine de Gaudemar qui fait entrer un peu de lumière chez moi et que vous retrouvez ici

Sur le pare-brise où viennent s’écraser des étoiles de pluie, les essuie-glaces rament pour rien.
Il n’y a plus rien à essuyer. Toute cette eau finira bien par boire le paysage, engloutir les prés, les champs et les rivières qui coulent au milieu. Sur le pare-brise, l’eau coule indolente et sans jamais se retourner.

En hiver, la nuit ne cesse de tomber.

Le thermomètre de bord indique trois degrés au-dessus de zéro. Plus trois degrés en chiffres et juste à côté, un flocon de neige électronique pour dire qu’il faut désormais faire attention. Une glissade n’est pas exclue en ces basses températures. Une dérobade du train arrière ou alors, un dérapage du train avant. 

Il y avait un brin d’herbe sur le siège de la passagère. Un brin d’herbe en forme de “Y” que j’aurais pu appeler Ygrec si j’avais eu un peu d’imagination. Que j’aurais pu serrer entre les pages d’un vieux Folio jauni, si j’avais eu une âme à la place d’un aspirateur. J’aurais pu répéter mes voyelles avec ce brin d’herbe, j’aurais pu le planter fermement dans le sol, en faire une boussole ou un phare pour éclairer la nuit quand elle ne cesse de tomber en hiver. J’aurais pu le faire brûler pour sentir juste une seconde la merveilleuse odeur de l’été pendant que la nuit tombe deux fois en hiver. J’aurais pu courir le monde à la recherche de brins d’herbe en forme de “Y”. Sous profession, j’aurais indiqué : “Chercheur de brins d’herbe.”

Il y avait un brin d’herbe, accroché au dossier du siège de la passagère. Il a dû s’envoler, passer par la fenêtre un jour de grande chaleur où je me rendais quelque part, faire quelque chose, participer à la marche du monde qui ne veut plus marcher. Il y a toujours d’autres choses à faire. Des projets confidentiels. Des délais à respecter. Des envois extrêmement urgents. Des cailloux qui se forment au creux de l’estomac. Des soirées obligées. Des formules de politesse. Des sourires usés jusqu’à la corde. Des ronds de jambes. Un peu de crème pâtissière. Une couche de pâte feuilletée. Encore un peu de crème. Une autre couche de pâte. Crème. Pâte. Crème. Et pour terminer, une couche de sucre glace rose pâle. En réalité, ça s’appelle un mille-feuille et ça peut durer cent vingt ans.

Jamais je ne pourrai avaler toute cette crème pâtissière, ni la pâte feuilletée, ni le sucre glace au-dessus. Alors j’ai fait le tri dans mon assiette. Je sais bien que ça ne se fait pas. Il y a les choses qui se font et les choses qui ne se font pas et il ne faut pas chipoter, ne rien laisser dans son assiette. Moi, je chipote et je trie, et quand le tri est enfin terminé, il reste :

- Un brin d’herbe en forme de “Y”.
- Deux”N”.
- Le vent
- Le soleil
- La couleur du ciel sur sa peau.

Tous les moments minuscules qui ne s’écrivent qu’en majuscules.

A Signèse on voyait la famille tous les jours.

Pierre travaillait à Chippis, il partait le matin à cinq heures et il chantait déjà. Il buvait de bonne heure… C’était lui qui chantait le plus dans le village. Les autres travaillaient un peu à l’alpage, au bisse, dans les vignes pour des métraux. C’était au début des années trente, ici au village, en trente-deux, j’avais huit ans. Les hommes se rencontraient en semaine vers un raccard, du côté de la maison des Fardel. Dans le passage entre la maison et le raccard, ils jouaient au palet des journées entières. Ils jouaient par équipes de quatre. L’équipe qui avait perdu amenait un litre de piquette. Les hommes n’avaient rien à faire, pas de travail. Je me souviens qu’ils jouaient, ils se saoulaient et ensuite, ils se battaient. A ce moment-là, grand-maman Eugénie arrivait avec son bâton (en patois) et leur mettait une branlée, ils partaient tous au galop. Pour survivre, ils cultivaient leur jardin, des pommes de terre, des choux, des haricots, ils vivaient un peu en autarcie.

Il était hors de question d’aller au magasin. Peut-être juste pour deux ou trois choses. Par exemple, on achetait le sel chez Innocente. Il n’y avait pas d’emballage. On venait avec un grand mouchoir et on prenait une mesure pesée sur la balance. Pour le pain, on n’avait pas de four. On recevait du pain de ceux de François Morard qui avaient un four banal. Ensuite, Julien s’est mis à faire le pain pour le village de Signèse. La farine venait d’un moulin à Botyre. Pour la viande, on avait tout ce qu’il fallait au galetas. Par contre, il fallait acheter les habits.

Je me souviens, j’ai eu une épine qui m’est rentrée dans le petit doigt qui s’est mis à enfler. Nous sommes descendus à pied à Sion chez le docteur Germanier qui m’a ouvert le doigt, il a sorti l’épine et mis un pansement. Maman a vu que j’ai été courageux, alors, elle m’a acheté une paire de culottes. Quand on est arrivés à la sortie de Sion, vers le collège Don Bosco, on s’est assis à l’ombre sous les pommiers et elle m’a offert des petits pains, je crois bien que c’était des petits pains au chocolat, ce qui m’a réconforté.

Les hommes préfèrent les guerres

Les hommes préfèrent les guerres

3 extraits du livre

Épitaphes utiles

Épitaphes utiles

En cas de mort imprévue

Bio consternante

À propos

À propos

Mises à jour Twitter

  • God Bless America. Que Dieu nous protège de l’Amérique. 2 days ago
  • Embrassons-nous joyeusement. Embrassons-nous fougueusement mais surtout, embrassons-nous chastement. http://t.co/UUjRYrvN 4 days ago
  • Nous vivons dans un monde qui a été entièrement refait en plus moche. 4 days ago
  • "The promised land is promised hell" Robert Plant 5 days ago
Suivre

Get every new post delivered to your Inbox.