Les parallèles des mondes

La route monte et passe sous un pont. Le soleil bas. Orange. Les maisons. Leurs ombres à contre-jour. Des voitures, je ne vois que les dômes luisants. Le soleil ras. La montée. Les ombres tranchées. La chaleur. Mes doigts sur la peau du guidon. La vitrine aveuglée de soleil. Le dérailleur arrière de mon compagnon de route. La montée. Cette vitrine. Ce faisceau de lumière. Soudain, mes yeux, mes yeux se brouillent, se voilent et manquent de me flanquer par terre. Mes jambes se dérobent et je suffoque, un ballot d’ouate coincé dans les poumons.

Quelques secondes, une minute peut-être que je me sens glisser, partir, happé par un reflet, une couleur, une odeur, une vibration dans l’air et cette montée devant moi. Cette route et ce soleil qui se mélangent, se mettent à distance et perdent leur profondeur de champ. Dérouté, mon cerveau essaie de corriger la focale, redresser les verticales, de refaire la mise au point. Jusqu’au coup de poignard de cet éclat de soleil dans la vitrine, sur la gauche, qui ouvre une porte dans le sol où je tombe l’espace d’une fraction de seconde, le temps qu’il faut pour traverser le temps.

J’étais là avant.

Sur mon vélo, à contrejour. Je ne sais pas quand. Exactement au même moment. Cette route, cette lumière basse qui fait scintiller les maillons de la chaîne qui tourne devant moi, je les ai déjà vues, vécues, éprouvées dans ma chair; ce n’est pas un rêve éveillé, ni une perception, ni même une sensation. Juste un glissement, un léger pas de côté sur un bitume parallèle et décalé d’une fraction de seconde, d’une année ou d’un siècle. Ou peut-être que c’est moi qui suis en retard sur moi et que je pédale en vain pour me retrouver quelques années plus tard. Je ne sais pas.
Un ballot  d’ouate coincé dans les poumons, je pédale. Devant ou derrière moi.

Peut-être que dans nos mondes, les parallèles se croisent quelquefois.

L’agneau à la méduse

En novembre 2014 Ruby franchit les portes de l’abattoir et c’est la fin.
Ensuite, on la transforme en ragoût, filets et côtelettes, une gousse d’ail et un peu de romarin. En matière d’accompagnement, je suggérerais un Côte de Baune-Villages encore assez vif pour faire la course avec l’agneau.
Les végétariens pourront se contenter de notre galette de sésame sur son lit de verdure. Ils boiront de l’eau minérale et ils auront mille fois raison. En accompagnement avec Ruby, ce n’est pas un vin rubis qu’il eut fallu choisir.
Non.
Mauvaise réponse.
La solution était un Entre-Deux-Mers sec et surfant sur l’iode de la vague remplie de poissons. Ou de fruits de mer, c’est selon la saison. En Asie, on sèche la méduse. On la découpe ensuite en très fine lamelles qui retrouvent leur souplesse originelle lorsqu’on les plonge dans un bain de bouillon.

Avec Ruby, la gastronomie fait une embardée, un triple toe loop et deux tonneaux avant de s’immobiliser, les roues à l’envers et les quatre fers en l’air.  En réalité, Ruby est une agnelle chargée jusqu’au garrot de protéines de méduses. Ruby, herbivore amphibie dont on a un jour perdu la trace et qui a été vendue à un boucher quelque part, en Île-de-France, on n’a pas retenu le nom du boucher. Franciliennes, Franciliens, prenez garde, peut-être qu’un jour, en plus de favoriser votre transit intestinal, votre carré d’agneau vous fera pousser des palmes.

Alors, c’est la panique ! Alarme ! Plan rouge vert ou bleu ! Indignation majuscule. Comment a-t-on pu laisser s’échapper ce poulpe à quatre pattes ? Qui l’a acheté ? Et surtout, qui l’a mangé ? Pendant que l’enquête suit son cours et que les plus hautes autorités judiciaires et administratives se concertent pour définir les modalités d’une action concertée en vue de l’organisation d’une conférence de presse impliquant tous les acteurs impliqués, il y a quand même un truc qui me chiffonne et que j’ose à peine mentionner :
Qui a eu l’idée de l’agnelle-méduse et pour faire quoi ?
Et pourquoi pas un cheval-serpent ou un canard-éléphant ? Et si mariait la pieuvre au poussin, vous imaginez un peu le progrès : 8 cuisses sur chaque poulet !

Et si on essayait l’homme-rat de laboratoire, un jour comme ça, juste pour voir ?

Parle à ton téléphone

Parle à ton téléphone, il t’écoutera.

Parle à ton téléphone, il te répondra. Il te dira la pluie, le froid et comment les étoiles de neige fondaient sur ton nez quand tu regardais le ciel, le soir, la nuit et que les flocons t’aspiraient vers les balcons du ciel.
Il te parlera du vent, du brouillard et du soleil des cheveux blonds. Il te dira comment le chant têtu d’un grillon t’aidera à traverser les heures blêmes qui mènent au matin de l’été.

Parle à ton téléphone quand les forêts te traversent sans jamais te toucher.
Il imitera pour toi la voix des arbres, le tonnerre qui grince et le craquement de la foudre quand d’un seul coup elle déchire l’écorce et fait voler le bois.
Il sera pour toi le bruit mouillé de la rivière, l’éclaboussure, la soie de l’eau.
Il t’attendra le soir en robe légère, le torse nu, rempli d’abdominaux.
Il sera ton ami, ton amante ou ta mère.
Il aboiera quand tu voudras un chien.
Quand tu t’endormiras, il prendra le relais de tes rêves et t’emmènera sur la grande roue avec lui. Arrivé tout en haut, tu sentiras soudain le sol se dérober sous tes pieds. D’un seul coup tu tomberas et la chute dure et longue ne s’arrêtera pas.
Ton téléphone te parle et tu ne tombes pas.
Six heures trente. Ton téléphone te montre le lever du soleil. Il fait un bruit de vent et lance des éclairs. Cet après-midi, il y aura du tonnerre.
Avant de partir, tu prends ton parapluie.
À demi assoupi, ton téléphone sourit.

Ce soir, quand tu seras rentré, il t’expliquera que si tu la laissais se poser sur le bout de ta langue, tu saurais que la pluie d’été a un goût sucré.

Retrouver la nuit

Bleue,
la peau fragile du ciel quand le soir tombe indéfiniment au fond du mois de juin.

Bleu. Marine. Oultremer. Indigo. Délavé. Délayé. Bleu cobalt voisin de minuit. Les contours s’effacent et se noient pendant que le jour se dilue dans un pot d’encre bleue. De la mer, on n’entend plus que le frottement de l’écume sur le crin blafard des bancs de sable étendus sous la lune.
Les yeux fermés, on dirait le vent.
Les yeux ouverts, il y a trop de lumière, toujours trop de lumière ; le tracé des routes qu’on souligne à grands traits de lampadaires, les néons roses et les phares blancs. Les feux rouges. Les monuments qu’on illumine. Par intermittence, au travers des meurtrières percées dans les barres des immeubles, le scintillement saccadé des postes de télévision. Au sommet des montagnes les lueurs de la ville. Au bord de l’eau, les guirlandes édentées d’une station balnéaire qui brillent comme une enseigne de boxon fatigué.

Nous avons perdu la nuit, ses mains en coupole autour de la terre, ses mains en bandeau sur nos yeux douloureux, écarquillés, condamnés pour toujours à rêver éveillés.

Des pierres qui roulent

Tu vois un chemin sur ta droite et tu te dis pourquoi pas.

Tu sais bien que c’est habituellement là que les ennuis commencent mais c’est plus fort que toi. Devant toi la route asphalte monte en pente régulière et dans trois quarts d’heure tu seras arrivé en haut, au départ du télésiège abandonné en été. En contrebas, tu pourras t’enfiler dans une fine saillie pratiquée dans les sapins et tu suivras le chemin étroit au bord du fil de l’eau. Les racines voudront faire glisser les roues de ton vélo. Mais toi, pas bête, tu mettras le pied à terre dans les passages délicats. Parce que le bain dans l’onde glacée, les quatre fers en l’air et les pieds coincés dans les pédales, tu connais déjà, bougre d’imbécile. Counifle. Idiot.
Le franchissement du gué à plat-ventre, ça aussi, tu as déjà donné. L’immersion dans les cours d’eaux alpins et glacés, une main sur la bicyclette, l’autre qui empêche le sac de couler, tu connais ça très bien. Trempage rapide à dix, douze degrés, récupération du matériel et des esprits égarés, l’home se redresse. Il sort de l’eau. Il est tout mouillé. Son vélo à la main, il retrouve la terre ferme et laisse une trace humide sur le chemin de pierre. Il a froid. Il se dirige vers une petite étable en bois. Il en fait le tour. Personne. Il a froid. Personne, vraiment. Alors, il retire son maillot. Ses chaussettes. Son cuissard. Pour dire les choses comme elles sont, le voilà luisant et nu sous le soleil qui peine à réchauffer ses vieux os détrempés. Il essore. Il attend, sobrement vêtu d’un coupe-vent épargné par la subite montée des eaux.

Alors, c’est sûr qu’on ne t’y reprendra pas.

Mais quand même.

Ce petit chemin sur ta droite, on dirait qu’il monte tout droit vers le ciel.

Tu descends de ton vélo et tu t’engages en te disant que tout ce qui se monte se descend.
Vingt minutes plus tard tu t’accroches aux arbustes rares qui font une haie entre l’étroite coulée de rocaille. Ton vélo sur l’épaule, tu sues, tu pestes et tu jures à voix haute, puisque dans cette paroi où les mélèzes s’accrochent avec peine, personne, vraiment personne ne t’entend. Il fait au moins cinquante degrés dans cette fournaise. Surchauffée, la caillasse se dérobe sous mes pas. Je me retourne. Derrière moi le chemin descend en pente presque verticale, qui me happera en hurlant de rire, si jamais l’idée me venait redescendre, mon fidèle destrier sous le bras. Donc, montons, ducon, montons. Le port altier et la bicyclette à bout de bras. Si tu la lâches, c’est sûr, jamais tu ne la retrouveras. La pente augmente encore de quelques degrés. Mais quel est l’ancêtre décérébré qui a eu l’idée de tracer dans cette forêt un chemin au profil vertical ? Et pourquoi l’avoir recouvert de pierres qui roulent ? Ho, les anciens, je vous parle, c’était quoi l’idée, ici, hein ? Énuquer l’écureuil ou estropier le chamois ? Mais moi, je n’ai pas de queue gonflable que je pourrais déployer pour amortir ma chute et je n’ai que deux pieds. Deux pieds. Et un vélo qui se demande bien ce qu’il fait là, sur ce sentier si abrupt que même une chèvre refuserait de fouler.

Mon cadre sur le dos, penché à l’horizontale, je grimpe en suant sang et eau. Personne dans la montée pour m’essuyer le visage. Le Golgotha, tu parles c’était une rigolade, de la gnognotte, une petite promenade de santé : rien qu’à la vue de cette pente, Jésus aurait posé sa croix. Plus jamais, qu’on se le dise, plus jamais je ne sortirai du parcours officiel, du parcours balisé, connu et reconnu. Plus jamais, vous m’entendez ! Le peu d’air qui me reste, je l’expulse avec force pour effrayer les oiseaux en braillant tous leurs noms.

Je fais une pause. Je reprends mon souffle. Je repars. Un pas en avant et deux en arrière. Une source venue d’on ne sait d’où à le bon goût de lisser les cailloux. Peut-être qu’ensuite il va se mettre à neiger ? Mais non, d’un seul coup devant moi la tranchée s’efface. La diagonale se casse et il n’y a plus rien à grimper. Le chemin s’étire, s’allonge, s’enfile en silence dans une fente couleur sapin.
Par terre les cailloux sont mangés par la mousse. À cent mètres coule un petit bassin.
Je m’assieds.
Je remplis ma gourde.
Je prends de l’eau dans le creux de la main.
Un peu plus haut, je vois le toit d’un chalet.
L’ombre verte me recouvre.
Je retire mes chaussures.
Le ciel est vert, il fait si beau.

Je ferme les yeux. Les pieds dans l’eau.

Le fil qui danse

Un silex effilé,
Une pyramide,
L’empreinte colorée de deux mains déployées,
L’arc manquant d’un aqueduc,
Une ballerine,
Les fleurs du mal,
Et Rembrandt sous son bonnet de nuit.

Toutes les traces éparses qui tracent un chemin compliqué dans la poussière du temps, s’arrêtent  juste sous nos pieds, traversent le dur de nos semelles, la plante de nos pieds, remontent le long des artères qui parcourent nos cœurs, nos têtes, nos mains et les transforment en gestes lumineux qui éclairent une fraction de seconde les derniers recoins sombres de la grotte où nous grelottons, apeurés et perdus, dans l’attente d’un petit moment de grâce absolue.
Les arabesques et les pas chassés. La feuille blanche. Le bruit du clavier. La mer qu’on fait danser. La couleur. Une mouche de crème fraîche sur une framboise carmin. Une goutte de parfum. Un profil d’escarpin. Le vent pris dans la course d’une robe en été.

Toute la grâce contenue dans nos âmes suspendues à la beauté du monde par un fil si fragile qu’il ne cesse de se casser.

La journée mondiale de mes fesses

Si vous prévoyez de sortir de chez vous au matin 13 janvier, vous pourrez braver les frimas en slip pour célébrer les mérites de la journée mondiale sans pantalon. Une fois de retour dans votre hôtel particulier, les genoux bleuis par le froid, vous vous réjouirez à la perspective de l’embrasement programmé de votre libido, huit jours plus tard, à l’occasion de la journée internationale des câlins.

On voit bien là combien l’institut chargé de la planification des journées mondiales se préoccupe du bon ordonnancement de la séquence de nos émotions.

Donc, le 21 janvier, ce ne sont qu’effusions, mélangeages, abouchages, voir tripotages pour les sujets les plus tactiles. L’augmentation de la température interne fait reluire une fine zone en triangle entre les lèvres et les narines là où habituellement on trouve une moustache. Les corps se collent aux corps. La vue se brouille. On perd pied. Les bustes se penchent et ils basculent, mais où va-t-on ? Eh bien nulle part, petits fripons. Et d’abord qui vous a dit d’y aller ? Défaites-moi sur le champ ces fougueuses étreintes ! Que vos émois se figent ! Que vos mains quittent ces peaux étrangères pour aller se terrer au plus profond de vos poches ! Plongez vos ardeurs dans un bain froid et laissez-les mariner jusqu’au mois de décembre. Le 21 pour être précis. Là vous pourrez enfin lâcher les chevaux, aller jusqu’au bout des choses et de multiples fois, la journée mondiale de l’orgasme a été créée exprès pour ça.

Que grâces soient rendues aux créateurs de tous ces jalons placés dans notre année solaire qui stoppent le cours des jours ordinaires et réveillent nos consciences anesthésiées par l’apparition fortuite d’une parcelle de sein sur un fond de tapis rouge ou la greffe d’un postérieur callipyge sur les fesses étiques de Miss téléréalité. Il faut nous extraire de cette fange. Prenons de la hauteur. Offrons à notre esprit la nourriture qui lui convient et célébrons comme il convient la Journée Européenne de la glace artisanale, le 24 mars prochain.

Le rideau de graisse

Bientôt, nous serons tous très gros.

Très très gros. Lourds, massifs et rebondis. Obèses pour tout dire, obèses à un point où chaque habitation sera munie d’un palan. Nous serons treuillés pour manger, treuillés pour sortir, treuillés pour rentrer. Nous passerons nos vies suspendus par des harnais aux crochets des grues et petit à petit nos pieds disparaîtront. Il nous restera juste une petite boule au-dessous des chevilles, une boule grosse comme le poing pour se souvenir qu’un jour nous avons su marcher.

Un jour, les grues cèderont sous le poids de nos quintaux et nous serons coincés.
Prisonniers de nos panses qui peu à peu recouvriront nos jambes et mangeront nos bras. Assis, nous ressemblerons à des poires immenses et petit à petit nos ventres rempliront nos maisons, feront sauter nos portes, éclater nos fenêtres pour se répandre sur les routes et sous les ponts. Ils se déverseront dans le lit des rivières, ils rempliront les vallées et les mers, combleront les fosses noires des océans.

Nos ventres.
Arrivés à la lisière des déserts, ils glisseront sans effort sur les premiers mètres de sable surchauffé. Une odeur de friture rance remplira l’air. Sur le bord mouvant de la marée de nos ventres, on verra se former une auréole sombre qui ira en s’élargissant. En fondant, ils formeront une flaque d’huile brillante que le sable assoiffé boira goulûment. À longs traits. Inlassablement. Jusqu’à ce que disparaisse la dernière trace luisante de la dernière tache de graisse.
Et lorsque le désert nous aura épongés, apparaîtront dans les ondulations de l’air incandescent les silhouettes floues, étiques et haves de tous les peuples oubliés que nous avons enfermés derrière notre rideau de graisse.

Les longs corps efflanqués des derniers êtres humains encore pourvus de pieds.


Selon des chiffres diffusés par l’Organisation Mondiale de la Santé plus d’1,9 milliard d’adultes étaient en surpoids en 2014 dans le monde, dont plus de 600 millions d’obèses.
D’après l’OMS, la prévalence de l’obésité a plus que doublé au niveau mondial entre 1980 et 2014.

La véritable origine de l’automne (32)

Résumé des épisodes précédents
En une semaine chrono, Dieu crée le monde et le couple. Depuis, la situation est extrêmement dynamique.

Toujours étendu au sol en position fœtale, Adam émet un faible gémissement. Ève se penche au-dessus du corps souffrant.
– Ça a l’air douloureux, on dirait.

Il parvient à articuler dans un filet de voix
– J’ai mal. Je vais mourir.
– Mais non tu ne vas pas mourir, il y a juste une ou deux gouttes de sang.
– Du sang ? Du sang !
– Deux gouttes, rien de grave, je vais aller chercher de l’eau.
– Rien de grave ? Rien de grave !
– Non juste un peu de sang, de sang, est-ce que tu veux qu’on généralise l’usage de la répétition ou tu préfères te remettre à parler normalement ?
– Laisse-moi deux minutes et tu verras comment que je vais m’occuper de gérer la question de la communication.
– C’est ça. Pour le moment, tu continues à mourir sans bouger. Moi, je vais chercher un peu d’eau pour panser tes plaies de grand blessé. Au fait, j’y pense, il faudrait faire un garrot.
– Un garrot ? Un garrot !
– On t’a déjà parlé des causes potentielles liées au syndrome de la répétition ?
– Où ça un garrot ?
– Eh bien, autour du col de ton petit oiseau.
– Si jamais tu le touches, je t’envoie direct chercher ton eau dans la mer.
– Si jamais je le touche, c’est moi qui t’enverrai en l’air.

La véritable origine de l’automne (31)

Résumé des épisodes précédents
Après une semaine de travaux épuisants, Dieu s’endort et Ève naît de son rêve. Au matin, Ève rencontre Adam. La discussion s’engage et se poursuit jusqu’au moment où un coup de vent soulève la longue chevelure d’Ève et dévoile son postérieur. Adam reste figé de partout. Presque partout. Il s’avance, l’air absent. Ève prend un caillou pour faire diversion. Quand il arrive à portée de mains elle lui balance un coup-franc dans point de penalty. Adam s’effondre, inconscient.

 C’est vrai qu’il est plutôt pas mal, ce grand dadais avec son érection en voie de disparition.

Deux mains puissantes qui relâchent lentement leur emprise sur son intimité meurtrie. La cuisse large et le mollet solide. Il a pourtant la cheville fine et la taille, aussi. Les jambes accrochées très haut au sommet des hanches, juste là où l’éminence ilio-pubienne affleure sous la peau, la soulève délicatement pour former un pic tendre  et émouvant.
En remontant un peu plus haut, à la base de son ventre imberbe, on saisit dans les moindres détails toute la complexité de la topographie abdominale.  Aucune trace de nombril. Aucune marque de maillot. Deux pointes de seins durs piquées sur l’arrête des pectoraux. L’arrondi de l’épaule. La vallée de la clavicule. La gorge lisse et encastrée dans le plateau triangulaire qui relie le menton aux extrémités de la mâchoire de sa tête renversée. Et tout autour de son douloureux visage, une corolle brillante de boucles noires étalées sur le sol.

Pendant qu’ainsi il agonise, Ève refait plusieurs fois le tour du mâle. Rien à redire, vraiment, sur la plastique de ce jeune homme : de la tête aux pieds et des pieds à la tête, Adam est vraiment très bandant.