Archive de Catégorie pour ‘Les hommes préfèrent les guerres’.

Après 24 heures un nouveau jour. C’est mécanique.

Une semaine fait 7 jours et il faut 12 mois pour une nouvelle année. Cent ans pour un siècle. Et dix siècles empilés forment un millénaire.

C’est mathématique.

Un jour neuf est un jour d’occasion. Un jour usé qui a déjà vécu.
Il n’y a pas de remise à zéro. A minuit, rien ne recommence. Le 31 décembre rien ne meurt et rien ne renaît. Ce jourd’hui contient hier, avant-hier et tous les autres jours du monde. Rien de plus et rien de moins. Rien ne s’efface ou ne s’éteint. Seule notre mémoire oublie, qui a la mémoire courte. Notre mémoire suffoque, étouffée par le poids des choses à ne pas oublier. Le pain et  le loyer. La lessive. Se lever à six heures. Se rappeler des belles choses. Se rappeler des crimes atroces et des tyrans qui passent. Des crimes qu’on oublie pendant que la terre trépigne de rage sous nos pieds.
Les jours passent et nos mémoires oublient. Les jours passent mais pas la terre qui tremble et refuse d’absorber tout le sang versé, chaque jour, depuis que nous existons.
Alors, nous marchons sur la terre gorgée de sang. Nous marchons et ce sang colle à nos semelles, du fond des océans jusqu’au toit du monde.  Qu’importe, nous marchons.

Sans jamais nous retourner.

Extrait d’ Égypte : Lettre à Nicolas Sarkozy d’ Aalam Wassef

“La manifestation s’est formée au pied du Muggamaa, un bâtiment administratif situé place Tahrir, devant lequel se trouve une esplanade. Un groupe de femmes et d’hommes tiennent des affiches et scandent des slogans sur l’égalité des femmes et des hommes, la place de la femme dans la vie politique et la vie en générale, une législation et une constitution qui garantissent les droits et les libertés de chaque citoyen, quelque soit son sexe, son origine, ses croyances religieuses… En somme, le b-a, ba d’une démocratie digne de ce nom.

A peine 30 minutes plus tard, se forme une contre-manifestation d’hommes. Extraits: “Rentrez nous faire à bouffer”, “La constitution ne sera pas laïque”, “Quoiqu’il arrive, on va vous baiser! On va vous baiser!”. Les manifestantes et manifestants de l’autre bord, redoublent d’ardeur et répondent aux provocations, suscitant l’excitation elle aussi redoublée des contre-manifestants qui décident alors de charger. Ils sont arrêtés, pour un temps, par un cordon de volontaires qui font bloc contre une violence et une furie invraisemblables.

Puis, l’horreur absolue.
Deux femmes, puis deux autres sont pourchassées par une horde de 150 ou 200 hommes. Tandis qu’elles tentent de s’éloigner en marchant, ce sont des centaines de mains qui leur attrapent les seins, le sexe, leur tirent les cheveux, les battent. Elles sont entourées par des hommes qui les protègent sur 500 mètres de pur cauchemar. L’intervention de trois militaires, dans les deux poursuites, est providentielle et in-extremis. Nous savions tous, dans cette bataille, que nous allions être les témoins de meurtres, de viols et peut-être des deux à la fois, là, en plein jour.

S’en est suivie une nuit de consolation avec les victimes de cette ignomie, quatre femmes dont le courage me fait encore fondre en larmes tandis que je vous écris ces lignes.”

Le Caire, 9 mars 2011.

« Nous avons peur. Nous avons peur parce que nous sommes des femmes. »

La voix vient de Tripoli. Aujourd’hui. 26 février 2011. La voix d’une femme qui entend le bruit des avions, des armes lourdes. Le bruit des balles qui se rapproche. Une femme qui a peur. La même histoire qui se répète à travers le temps jusqu’à la nausée. Un général, un commandant, roi, empereur, président, chef, guide autoproclamé de la révolution. Un homme plus fou, plus dangereux et plus mauvais que la moyenne des autres hommes. Un homme emporte tous les autres hommes qui le suivent, fusil à la main. Exterminer les noirs, les jaunes, les petits ou les grands. Les juifs ou les musulmans. Ceux qui aiment le rouge. Ceux qui aiment le noir. Un homme prend l’âme des autres hommes, il prend leurs mains et leurs pieds qu’il fait marcher au pas. Il prend leurs biens et leur argent. Ensuite, il dit qu’il est roi, empereur ou commandant. Il dit que Dieu lui parle. Il dit que Dieu lui dit d’étendre son royaume jusqu’aux confins de la terre. Il dit qu’il entend des voix. Il dit qu’il sait ce qu’il faut faire. Il dit : « Suivez-moi. Dieu, c’est moi. »

Alors, ils sont dix à le suivre. Cent. Mille. Dix mille. Dix mille, c’est bien. Avec dix mille personnes on peut se glisser partout. Prendre la tête de de cent mille personne et la serrer dans un étau. 10’000 personnes forment une garde rapprochée, des troupes d’élite ou des escadrons de la mort. Dix-mille personnes contrôlent cent mille personnes qui en contrôlent un million.

A la fin, il y a la terreur, parfois une guerre mondiale, parfois une guerre civile, parfois toute une population qu’on entasse dans des camps. A la fin, il y a un génocide et des cadavres enfouis à la hâte dans des fosses qu’on n’a pas eu le temps de creuser. A la fin, on découvre les crimes, les viols, les tortures, on découvre dans les palais en ruines, les montagnes d’or, de billets de banques, de bijoux, de chaussures, parfois. On découvre des comptes dans toutes les banques du monde et on s’étonne à peine que, d’un pays si pauvre, le guide suprême ait réussi à soutirer tant d’argent. A la fin de la fin, il y a parfois un jugement. Un guide suprême de cent vingt ans condamné à cent vingt ans, pendant qu’un autre guide de la révolution répare le palais en ruines pour abriter de nouveaux trésors, faire de nouvelles collections. Partout, sur toutes les chaines de télévision, dans tous les journaux et sur la toile, les photos du nouveau guide, de son château, des réceptions qu’il organise pour ses amis présidents, généraux ou commandants. Partout, sa parole obscène qui salit tous ceux qu’elle touche. Partout. Tout le temps.

Pendant tout ce temps, les femmes naissent, vivent, protègent leurs enfants dans des maisons où les seules armes sont des couteaux. Les femmes ont peur en écoutant le bruit des bombes. Les hommes arrivent, leur passent sur le corps et les laissent pour mortes, elles et leurs enfants. Les femmes ont peur avant tout parce que les hommes leur passent sur le corps. Elles bloquent la porte de la chambre de leurs filles avec des armoires et des tables. Elles voudraient barricader leur corps. Elles n’ont pas très peur de la mort.

Les hommes finissent toujours par arriver.

Aujourd’hui en Lybie, demain ailleurs. Aujourd’hui en Lybie, Kadhafi parle, hurle et gesticule. Les hommes se battent et la garde rapprochée se prépare pour le dernier assaut. Pendant ce temps, les femmes attendent dans le noir. Personne ne les entend. Personne ne les entend jamais, leur voix recouverte par les imprécations délirantes du guide suprême et les gesticulations des autres présidents stupéfaits qui découvrent d’un seul coup que le roi est nu.

Pendant ce temps, les femmes ont peur. Elles essaient de vivre encore quelques heures ou quelques jours. Elles attendent l’arrivée des hommes dans un silence de mort. Je ne peux pas faire grand-chose. Ce que je peux faire, c’est chercher leur voix dans le bruit de la guerre. Rechercher leurs voix ici et maintenant. Retranscrire leurs voix, les faire entendre et les garder sur mon espace. Faire écouter ces voix avant les viols et les fosses communes.

Pendant ces heures où les femmes vivent encore en attendant que les hommes arrivent. 
 

“Je vous en prie, il faut essayer de nous délivrer. On en a marre. Moi j’aurais pu partir, j’ai un fils handicapé, s’il voit la foule, s’il voit  les militaires, il deviendra fou. Il faudrait que vous nous délivriez. Il faut faire  un appel à la communauté européenne, on est en train d’être décimés comme c’est arrivé déjà au Rwanda. On ne peut pas nous laisser comme ça. Oh non. Au 21ème  siècle, il arrive encore des choses pareilles, c’est pas possible on est terrorisés, tout le monde est terrorisé. 

Moi j’ai un Africain qui travaille avec moi, il a peur. Il peut plus mettre le nez même dans le jardin, le pauvre. Il est terré dans sa chambre, tellement qu’il a peur il me dit on va me confondre pour les mercenaires, parce qu’il y a beaucoup de mercenaires qui se promènent dans les rues là. On en a marre, je vous assure, on en a marre.

Il faut faire parvenir mon appel, je vous en prie, dites-le. N’importe comment, mais dites-le qu’il y a des gens qui souffrent qui souffrent et des parents qui ont peur que leurs filles soient violées. Moi j’ai une amie qui tremble. Elle a bloqué la porte de la chambre de ses filles avec des armoires, des tables. Elle a mis ses deux garçons devant la porte parce qu’ils ont peur des représailles, on sait jamais ce qu’ils peuvent faire.”

L’intégralité du témoignage enregistré par Pierre-François Decourcelle pour France-Info, le 26 février 2011.

Une habitante de Tripoli, capitale de la Lybie, a laissé ce message vocal, sur le compte Twitter de @Feb17voices. Elle dit :
“Nous avons peur. Nous avons peur parce que nous sommes des femmes, j’ai mes filles ici. Dans chaque maison, les seules armes sont les couteaux. Nous n’avons rien d’autre, mais nous avons Dieu(…) Nous n’avons pas très peur de la mort(…)
C’est un désastre mais, s’il vous plait, que pensent les gens des institutions  internationales? Est-ce qu’ils ne font que se rassembler, attendre, faire des réunions? S’il vous plait, si vous pouvez aider de quelque manière que ce soit, faites-le maintenant. S’il vous plait, faites-le maintenant.”

A resident of the Libyan capital, Tripoli, just left this voice note posted on Twitter by @Feb17voices. She says:
“We are afraid. We are afraid because we are women, I have daughters here. Every house is armed only by knives. We have nothing else, but we have God. (…) We are not very much afraid of death(…)
It is a disaster, but please, what do think the international people?  They just gather, waiting, have meetings? Please if there is anything that you can help, do it now. Please, do it now.”

Eve Ensler est une activiste qui a fondé “V-Day” un mouvement global pour que cesse la violence contre les femmes et les petites filles. J’avais traduit cet article paru le 12 juin 2010 dans The Guardian.

Il y aura certainement des gens pour penser qu’un diagnostic de cancer de l’utérus, suivi par une phase de chirurgie intense conduisant à un mois d’infections humiliantes et couronné par d’autres mois de chimiothérapie pourraient terrasser une femme. Mais, pour dire vrai, mon poison ne vient pas de là. Ce n’est pas cette pulsation-là qui me tient éveillée et me pousse à faire les cent pas jusque tard dans la nuit. Ce n’est pas cette maladie qui me plonge dans des abîmes d’obscurité et de dépression.

Bien sûr, le cancer fait peur, fait mal. Il essaie d’interrompre toute une vie, de tout remettre en question et de vous projeter directement en face de l’ultime dimension, face à la possibilité de mourir. On peut toujours s’en prendre aux Dieux et aux Déesses ; “Pourquoi ? Pourquoi maintenant ? Pourquoi moi ?” En fin de compte, nous savons bien que ces questions sont vides, absurdes. Le cancer est une épidémie. Le cancer existe depuis toujours. Ce n’est pas une question personnelle. Son choix qui se porte sur un hôte vulnérable est souvent arbitraire. C’est la vie.

Pendant des mois, des docteurs et des infirmières m’ont découpée, recousue, piquée, épuisée, scannée, radiographiée, irradiée, vidée et hydratée. Ils ont essayé d’identifier la source de mon anxiété et de soulager ma peine. Et s’ils ont pu retirer ce cancer de mon corps, traiter un abcès ici, une fièvre là, ils n’ont même pas pu s’approcher du cœur de ma maladie.

Suite de la traduction de l’article d’Eve Ensler
Il y a trois ans, La République Démocratique du Congo a envahi mon existence.
V-Day, un mouvement pour que cesse la violence contre les femmes et les petites filles, était invité pour partager l’expérience de femmes qui ont survécu à des actes de violence sexuelle dans ce pays. J’ai passé trois semaines à l’hôpital Panzi de Bukavu, où se trouvaient plus de 200 femmes en traitement. Plusieurs d’entre elles m’ont raconté l’histoire de leurs tortures de leurs viols collectifs. J’étais bouleversée. Elles m’ont parlé des conséquences, de la perte de leurs organes reproducteurs, des fistules traumatiques qui résultent de ces viols. (Une perforation entre le vagin et l’anus qui empêche la rétention de l’urine et des matières fécales) J’ai entendu l’histoire de bébés de neuf mois, de filles de huit ans, de femmes de quatre-vingt ans, humiliées et violées en public.

Nous avons voulu réagir. En donnant le pouvoir aux femmes sur le terrain, nous avons débuté une grande campagne d’information : “Le pouvoir aux femmes et aux filles de la République Démocratique du Congo”. Pour que cesse le viol de la plus grande ressource de ce pays. Nous avons créé cette campagne pour briser les tabous, organiser des conférences et des marches. Nous avons formé des activistes et des membres influents des communautés religieuses. Des représentations des Monologues du Vagin ont été jouées dans tout le pays, avec en point d’orgue une représentation spéciale devant le parlement congolais en ce mois de juin. Des activistes de V-Day ont porté cette campagne autour du monde et ils ont pu toucher les consciences et lever des fonds. Dans quelques mois, avec les femmes du Congo, nous pourrons inaugurer the City of Joy, une communauté pour les survivantes, où les femmes pourront être soignées, transformer leur douleur en une nouvelle forme de pouvoir. Nous avons aussi plaidé notre cause à Downing Street, à la Maison Blanche, au bureau du secrétaire général des Nations Unies. Nous avons crié au parlement canadien, au sénat étatsunien, au conseil de sécurité de l’ONU. Des larmes ont coulé, des promesses ont été faites avec beaucoup d’enthousiasme.

Pendant ces mois de maladie passés sur un lit d’hôpital ou chez moi alors que j’essayais de récupérer, ce sont bien les coups de téléphone et les rapports quotidiens en provenance de la RDC qui m’ont rendue malade. Les viols qui continuent. Les meurtres à la machette, les mutilations grotesques, les assassinats de défenseurs des droits humains. Tous ces crimes me donnent la nausée. Ils m’affaiblissent bien plus que les antibiotiques, les séances de chimiothérapie, ou les médicaments pour calmer la douleur. Et même si je suis affaiblie, le plus dur, c’est de savoir qu’en dépit des crimes perpétrés, de plus de 6 millions de mort et 500’000 femme torturée et violées, la communauté internationale semble amorphe. Après les visites et les promesses, on a simplement oublié la République démocratique du Congo […]

Photo AFP/ADIA TSHIPUKU Des femmes attendent à l’entrée de l’hôpital Panzi à Bukavu (RDC) spécialisé dans le traitement des victimes de viols, le 12 novembre 2009.

Fin de la traduction de l’article d’Eve Ensler
[...] Il y a deux semaines à Kihshasa, Floribert Chebeya Bahizire, l’un des plus grands défenseurs des droits humains a été brutalement assassiné. Dans le même temps, la famille d’un membre du personnel de l’hôpital Panzi a été exécutée. Un garçon de 10 ans et une fille de 12 ans ont été tués par balle. Les meurtres et les viols continuent pour les femmes dans les villages. La guerre fait rage. Qui demande une protection pour la population du Congo? Qui protège les activistes pour qu’ils puissent continuer à dire la vérité ? La semaine dernière, pendant un service religieux en mémoire des victimes à Bukavu, un pasteur a crié : “Ils tuent nos mamans. Maintenant ils tuent nos enfants. Qu’avons-nous fait pour mériter cela ? Où est le monde ?”

Les atrocités commises contre le people congolais ne sont pas arbitraires, contrairement à mon cancer. Ces atrocités sont systématiques, stratégiques et intentionnelles. A leur racine, on trouve la folie cupide d’une économie mondialisée,  prête à toutes les compromissions pour voler encore plus de matières premières à une population exsangue. À la source de cet apétit insatiable, on retrouve des multinationales qui exploitent ces gisements sans états d’âme. Sans se préoccuper des génocides et des viols. Il ne s’agit pas de ça. Il s’agit d’abord de préserver leurs intérêts financiers.

J’ai de la chance. J’ai un pronostic positif qui me rend très attentive à tout ce qui permet à une personne de rester en vie. Comment survit-on au cancer ? Bien sur, il faut de bons médecins, une bonne assurance, de la chance. Mais la vraie guérison vient du fait de ne pas tomber dans l’oubli. La guérison vient de l’attention, du soin, de l’amour. La guérison vient d’un entourage aimant qui va chercher les informations pour vous, qui se lève et vous défend quand vous êtes affaibli, qui dort à côté de vous, qui refuse que vous vous laissiez aller, qui vous apporte vos repas, qui ne vous voit pas comme un malade mais bien comme un être humain et précieux. Cet entourage invente les métaphores qui vous permettent d’imaginer votre survie.
Voilà le vrai médicament, le seul médicament qui pourra guérir les hommes, les femmes et les enfants du Congo.

Photo:DR Floribert Chebeya Bahizire

Mon roman, Les Hommes Préfèrent les Guerres, a été retenu par les membres du jury du prix auFeminin.com. Ce prix récompense la révélation littéraire de l’année et un ouvrage qui révèle un auteur au grand public.

Les nominés sont…

Carl Aderhold : Les poissons ne connaissent pas l’adultère, aux éditions Jean-Claude Lattès
Hélène Bonafous-Murat : L’ombre au tableau, aux éditions. Le Passage
Christophe Carpentier : Le parti de la jeunesse, aux éditions Denoël
Barbara Constantine : Tom petit Tom tout petit homme Tom, aux éditions Calmann-Lévy
Libar M Fofana : Le diable dévot, aux éditions Gallimard
Gérard Haller : Deux dans la nuit, aux éditions Galilée
Nicolas Hesse : Les hommes préfèrent les guerres, aux éditions Baudelaire
Emmelene Landon : La tache aveugle, aux éditions Actes Sud
Liliana Lazar : Terre des affranchis, aux éditions Gaïa
Justine Levy : Mauvaise fille, aux éditions Stock
Véronique Olmi : Le premier amour, aux éditions Grasset
Michèle Reiser : Jusqu’au bout du festin, aux éditions Albin Michel

Je  n’en suis pas encore revenu.

Les hommes préfèrent les guerres

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3 extraits du livre

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