Archive de Catégorie pour ‘Noir’.

Enlever la graisse qui dégouline. Toutes les couches inutiles. Enlever le bruit qui ajoute au bruit. Le fracas de la grosse caisse. Les nappes de synthétiseurs. Les violons parfois. Tout le fatras électronique.

Enlever tout ce qui n’est pas nécessaire et écouter le reste.

Garder la voix pour faire sonner le silence. Garder la guitare pour faire sonner la voix. Garder l’espace installé entre deux doigts qui pincent les cordes du bout des ongles.

Aimer tout ce qui reste et respirer un peu.

Écouter le bruit que fait une voix quand elle se déshabille. Le son d’une bouche nue qui traverse le noir. Écouter la respiration soulever les notes, les tenir à bout de bras, sur une hauteur fragile, à l’extrême bord de l’asphyxie.

Inspiration.

Voix. Guitare. Sur ses cheveux, une paire d’écouteurs.

Et le fil du micro branché dans le gris du ciel.

Emmy Curl – Cayman Island

Vifs remerciements à Sophie qui cherche et trouve des musiques rares que vous retrouverez ici.

“Tu commences à faire chier.
Ça fait des mois que tu ponds des mots au kilomètre. Des mots au kilo pour faire tourner ton tiroir-caisse. Des mois que tu tournes autour de moi. Que tu avances. Que tu recules. Bien sûr, faut bouffer, la belle excuse. Il faut bien que tu bouffes. Comme si tu étais pas assez gros. Bien sûr, il y a les impôts. Les bouches à nourrir. Il y a même le repassage. Quand j’y pense, ça me fait mal aux seins. Le repassage ! Tu inventerais n’importe quoi pour ne pas t’occuper de moi. Tu as toujours quelque chose à faire. Tu as toujours autre chose à faire.

Et moi je reste suspendue sur une réplique débile où tu me fais dire : “Me taire. ME TAIRE ? Mais je ne fais que ça. Me taire. Et t’écouter à genoux, mon amour.” C’est ridicule. “Mon amour.” Je sais bien que ça fonctionne dans l’histoire, mais tu vois bien combien c’est nul de me laisser plantée là. Le mot “amour”, je l’emploie même pas pour moi. J’aime personne. Même pas moi. Alors, lui avec ses petites mains délicates, je veux juste qu’il me cède. Que je marche sur lui, mes semelles qui s’écrasent sur sa petite gueule sud-américaine.

J’aime personne. Même pas moi. Qu’est-ce que tu attends ? Tu attends quoi pour l’écrire ?
J’AIME PERSONNE !”

*Titre emprunté au livre de Martine de Gaudemar qui fait entrer un peu de lumière chez moi et que vous retrouvez ici


La nuit
Délie ses cheveux.
Recouvre les plis de son corps défait.

La nuit
Regarde
Son corps bleu étendu dans le soir
Ses mains endormies
Son regard qui se noie
Au bord de l’eau du monde.

Alors,
La nuit
Amoureuse
Passe une main fraîche sur ses yeux noirs.
Remet une couche de soir
Sur son corps bleu qui s’enfonce
A corps perdu dans un peu plus de noir.

Il y a “Pris” dans Paris.
Dans Paris il y a “Pars !”
Il y a “Parti” dans Paris.
Parti-pas-pris.
Paris sans laisser d’adresse.

Dans Paris il y a la mer,
Les pavés qu’on arrache à la terre,
Et des automobiles.
Des automobiles
Qui roulent sur les bords du crépuscule,
Le long des routes parallèles.

Paris allongée sur les draps
D’un lit défait.
Paris prise dans la résille
Des pots d’échappement
Que les voitures exhalent
Pour voiler la couleur de l’été.

Le métro passe et les murs tremblent,
Deux orages dans l’air
Les gouttes sifflent sur les rails brûlants.
Ça sent le fer, ça sent la mer.
Ça sent le couscous et la bière.
Toutes les odeurs du monde
Se rejoignent ici,
Entre le ciel gris et la terre,
Sur cette face nord de Paris.

Il y a “Partie” dans Paris.
Allongée sur le dos,
Je reste.

En attendant la nuit.

Peut-être que
Je
Ne suis encore pas assez blonde,
Pas encore assez rouge,
Pour te saisir du bout des doigts,
Te soulever du bout des ongles,
Et te faire danser pour moi.

Peut-être que
Je
Ne suis encore pas assez noire,
Pour te saisir entre mes lèvres,
Planter mes dents dans ta chair rouge,
Et te faire crever sous moi.

Je suis ce que je ne suis pas.
Blonde et rouge sur talons rouges
Ou noire et noire, de haut en bas.
Je serai toutes les femmes
Quand tu me regarderas.

Peut-être que
Je
Ne suis encore pas assez longue,
Pour m’enrouler autour de toi.
Te glisser dans mon nœud coulant
Et t’étouffer dans mes bras.

Peut-être que
Tu
Préfères les mains de ta guitare,
Son corps tiède collé contre toi,
Ses hanches rondes dans ta chair rouge,
Six cordes pour te lécher les doigts.

Je suis ce que je ne suis pas.
Blonde et rouge sur talons rouges
Ou noire et noire, de haut en bas.
Je suis toutes les femmes
Quand tu ne me regardes pas

Elle regarde le soir tomber.
Sa peau blanche dans la couleur orange.

Elle entend le soir tomber.
Le tintement des casseroles.

Elle sent le soir tomber.
L’odeur lourde de l’huile brûlée.

Bientôt, ils mangeront. L’huile brune ressortira par tous les pores de leur peau. L’huile jaunira leur maillot de corps. Ils s’essuieront le front. Ils parleront peu. Ils mastiqueront. Ils reprendront un peu de viande. Ils boiront une bière qui ressortira par tous les pores de leur peau. Ils reprendront un peu de salade. Ils regarderont le monde à la télévision.

Elle regarde le soir tomber. Sa peau passer du  blanc au crépuscule. Du crépuscule au bleu.
Elle regarde le noir qui coule sur sa peau bleu nuit.

Les hommes préfèrent les guerres

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3 extraits du livre

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