Sous la jupe de l’an nouveau

L’homme se lève et il est nu. Poilu. Luisant. Il sent la pelure d’oignon. Il se gratte l’entrejambe. Dans le hoquet qu’il réprime, remonte une gorgée rance de Sauternes frelaté sur son lit de foie gras à demi digéré. Ensuite, reviennent les viandes rouges en voie de décomposition que l’ail du gratin recouvre à grand peine. Burp. Broo. L’homme entre dans la salle de bains. Il relève la lunette des WC. Il empoigne son petit oiseau d’une main moite. Un vertige le saisit. De l’autre main, il s’appuie sur le mur brillant en face de lui. Re-burp. Il ferme les yeux. Sa langue dégage un éclat de Parmesan coincée entre deux molaires. Il remâche. Il rumine. Il se souvient de la raison de sa présence en face de ce trou sombre et brillant. Un jet incertain zèbre les parois de la cuvette pour rebondir en gerbe de goutelettes qui s’accrochent aux poils de ses jambes.
C’est le premier matin de la nouvelle année.
Bonannus. Bonanna. Bonannum.

Auteur : Nicolas Esse

Depuis 1962, je regarde les nuages qui passent avant d'aller mourir.

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