Moi non plus

Je t’aime. Je t’aimais, je t’aime et je t’aimerais. I honestly love you. Miss you. Peu m’importe si tu m’aimes. Que je t’aime. Ne me quitte pas, I’m still loving you. Ti amo.  Parler d’amour. And I love her. Love me do. Hoplessly devoted to you. Amoureuse. Mourir d’aimer.

Dans le poste de télévision. A la radio. En cœur avec dix milles briquets. En voiture ou en avion.  En cage dans l’ascenseur. Au restaurant ou en boite et jusque dans les toilettes, la jupe ou le pantalon en tire-bouchon sur les chevilles. Les yeux fermés dans le noir. Les yeux ouverts en courant. Au temps des slows et de la boule à facettes. En trois dimensions avec stimulation sensorielle. A tort ou à raison. Avec mon consentement. A mon corps défendant. Tout petit déjà. Devant la porte de l’incinérateur.

En flots continus. Je t’aime. Moi non plus. Je te  quitte. Tu me manques. Quand on n’a que l’amour. Il n’y a pas d’amour heureux. Combien de coups de foudre ? De moments d’extase ? Combien de râles et de moments d’abandon ? Combien de cris de rage et de ruptures déchirantes ? Combien de fonds du trou ? Combien de menaces  et combien de suicides plus ou moins évités ? Si tu pars je me tue, si tu pars, tu éteins mon soleil, je mourrai si tu pars. Combien de nostalgies au moment où vient l’apaisement ? Combien de lunes avant que la mer efface sur le sable le pas des amants désunis. Rappelle-toi du temps où nous étions éperdument amoureux, Remember when we were crazy in love. It used to be so easy. En ce temps-là, c’était si facile, il suffisait que tu me touches pour que je m’envole, one touch and I was high. I miss the days when we were crazy in love. Je voudrais tant revivre ces jours où nous étions éperdument amoureux.

Combien de chansons d’amour, tous les jours, en comptant les années bissextiles ? Des chansons faciles ou difficiles, qui rentrent dans votre cerveau comme dans du fromage de tête ou du Parmesan. Des chansons emprisonnées pour des siècles dans votre boite crânienne. Tous ces refrains faciles ou difficiles qui s’inscrivent à l’encre indélébile sur les parois de nos mémoires. Qui nous imbibent jusqu’au fond des os. Tous ces mots qui finissent par s’installer. Former des associations. Des idées. Une certaine idée de l’amour. Une mécanique des sentiments entraînée par les lois de la physique des corps qui s’enlacent, s’envolent et finissent par retomber lourdement sur le sol.

A quoi ressemble l’amour sans les chansons d’amour ? Sans tous ces mots, ces cris, sans cette femme qui implore à genoux, sans cet homme qui désire à genoux ? Est-ce que l’amour devient plus léger ? Plus habitable ? Plus carré ? Est-ce qu’il reprend sa place tout au fond, près de la fenêtre et du radiateur ? Est-ce qu’il vire du rose au noir ? Est-ce qu’il s’évapore ? Est-ce qu’il existe encore ? A quoi ressemble l’amour sans Julio Iglesias ? Sans le chewing-gum de Julia Roberts dans Pretty Woman, le mouchoir de batiste d’Emma Bovary ? Sans l’agonie sans fin de Marguerite Gauthier en format de Poche ou à l’opéra ?  

Est-ce qu’il y aurait encore des fleuristes ? Des fabricants de guimauve ? Des cœurs roses fourrés au chocolat ? Est-ce la vieille fée transformerait la robe de Cendrillon ?

Est-ce qu’on s’aimerait encore sans toutes ces chansons ?

Avec, par ordre d’apparition sur scène : Lara Fabian, Francis Cabrel, Olivia Newton-John, The Rolling Stones, Édith Piaf, Jonhny Halliday, Jacques Brel, The Scorpions, Umberto Tozzi, Ute Lemper & Art Mengo, The Beatles, Véronique Sanson, Serge Gainsbourg, Georges Brassens, Yves Montand et c’est Kim Carnes qui était Crazy in Love.

Les mains propres

Deux mains inutiles.
Deux mains pour ne plus rien toucher.
Juste glisser sur la face lisse du monde,
Du côté froid du verre poli.

Deux mains pour peindre sans peinture.
Deux mains pour sculpter sans sculpture.
Deux mains qui pendent
Au bout des corps qui bandent
Penchés sur le bord des écrans.

Toute cette odeur, cette fumée et ce bruit,
Toute cette vie qui bat, c’est insupportable.
De l’autre côté du verre poli,
Le monde sent la transpiration.
Les routes sont remplies de poussière sale.
Le monde craque.
Les torrents débordent au plus mauvais moment.
Le monde crache.
Un kilo de fumée pour faire peur aux avions.

Protégés par l’épaisseur d’un écran de verre,
Les corps fatigués bandent à la mort.
Sans plus jamais transpirer.
Sans plus jamais se toucher.
Toutes leurs mains inutiles
Embrassent du vide,
Embrassent du rien.
Rien que du vide.

Plus jamais besoin
De se nettoyer les mains.

Cheese ROYAL – Les Aventuriers du Saint Trou


Une enquête troublante au pays du Gruyère par Candice Nguyen / theoneshotmi & myself.

De quoi s’agit-il exactement ? Je vais laisser la parole à Candice qui va vous expliquer. Dans cette enquête, c’est elle qui a fait les photos et elle n’est pas commode, si vous voulez mon avis. Vous comprendrez mieux quand vous aurez parcouru le compte-rendu illustré de notre voyage à Gruyèreland.

Candice, c’est à toi.

Parce que les Parisiens pensent qu’il y a des trous dans le Gruyère et qu’un incident diplomatique a presque eu lieu entre la France et la Suisse, il y a quelques mois de cela, nous avons voulu rétablir la vérité concernant ce sujet hautement sensible qu’est l’existence de trous dans le Gruyère..

Nous nous sommes donc livrés, en février dernier à une enquête de terrain on ne peut plus sérieuse doit-on le dire, mêlant approches scientifique (c’est Nicolas en blouse blanche), ethnographique (moi-même diplômée d’un Master d’Ethnologie et Sociologie Comparative s’il vous plaît du peu comme c’est pompeux) et photo-journalistique. Autant dire que d’une telle conjugaison de démarches ne peut naître que quelque chose de profondément CONSTERNANT.

Aussi, il n’y a plus grand chose à rajouter pour vous décrire cette folle épopée, si ce n’est que cela a été terriblement éprouvant.

Voici donc les RÉSULTATS DE CETTE ENQUÊTE et sa révélation finale.

Post Scriptum : la compression des images est affreuse mais quand je serai grande, j’apprendrai des trucs de PAO et de machin chouette bidule.
Photographies © Candice Nguyen www.theoneshotmi.com  / texte © Nicolas Esse www.nicolasesse.com