DE TA DÉCAPOTABLE

Habillées de lumière et d’un carré de soie,
Tes jambes nues luisaient au fond de l’habitacle.
Tes mains sur le volant frissonnaient quelquefois
Dans les parfums boisés de l’air décapotable.

Or
Bleu
Vert
De gris

Tu
Prends
Les couleurs
De la nuit

Un voile de crépuscule attaché dans le dos,
Tu traçais un sillon dans le halo des phares.
Un pan de soie liquide enroulé sur ta peau
Inscrivait un frisson sur nos points de départ.

La route qui s’accrochait aux flancs nus des rochers
Nous emmenait plus loin au fond de la vallée,
Ton profil éclairé aux diodes lumineuses
Et les ombres pressées sur tes jambes nerveuses.

 

Nous roulions dans le soir
De ta décapotable,
Dans les plis d’un foulard
Retenu au hasard.

Nous inventions les jeux
De nos nuits carrossables
Au fond du ventre creux
De ta décapotable.

 

Herbe était la couleur
De ton corps paysage
Et blonde était l’odeur
Du vent sur ton  visage.

Herbe était la douceur
De ce soir paysage.
D’été était l’odeur
Du ciel sur ton visage.

Nos deux corps étendus
Sous le ciel paysage,
Mes mains sur ton dos nu
Dans le creux des nuages.

 

Nous étions suspendus à la fin de l’été,
À la route, à la nuit, au bord du temps qui fuit,
À un carré d’étoffe qui voulait s’envoler,
Malgré ce nœud fragile qui ne veut pas céder

Glisse
Joue
Avec
Tes seins

Vole
Court
Entre
Tes mains

Nous roulâmes ainsi jusqu’au petit matin.
Le soleil sur le lac découpait des rivières,
Semait sur tes épaules un champ de taches claires
Qui s’envolaient légères sur les bords du chemin.

Habillée de lumière et d’un carré de soie,
Tu coupas le contact, sortis de l’habitacle.
Je vis ta jambe nue et un escarpin noir
S’inscrire dans le reflet de ta décapotable.

 

Nous roulions dans le soir
De ta décapotable,
Dans les plis d’un foulard
Retenu au hasard.

Nous inventions les jeux
De nos nuits carrossables
Au fond du ventre creux
De ta décapotable.

 

Herbe était la couleur
De ton corps paysage
Et blonde était l’odeur
Du vent sur ton  visage.

Herbe était la douceur
De ce soir paysage
D’été était l’odeur
Du ciel sur ton visage.

Nos deux corps allongés
Sous le ciel paysage,
Le songe d’une nuit d’été
Et d’un ciel sans nuages.

 

 

 

Rhabiller la femme

Examinons une représentation schématique du corps féminin.

Côté face, nous découvrons, de haut en bas, un visage couronné de cheveux, deux yeux, une bouche et un nez au milieu. Suivent le cou,  le tronc flanqué de deux seins et percé d’un nombril à l’aplomb d’un étroit défilé menant aux abords du sexe féminin. Aux extrémités, une paire de membres supérieurs et autant de membres inférieurs qui permettent à Médarine de boire un verre tout en continuant à marcher.

Côté pile c’est pareil, mais vu de dos et avec des fesses et sans les seins.

Pour protéger ce corps fragile de la rudesse des éléments, on a découpé dans le bison un manteau mi-saison. Ensuite, le bison se faisant rare, on a cultivé le coton et démêlé patiemment le filet de bave du bombyx pour obtenir un fil de soie qui peut atteindre une longueur de 1500 mètres si le bombyx est bon. L’apparition de ces nouveaux matériaux coïncidant avec celle du chauffage central, la couturière se trouva soudain libérée des contraintes fonctionnelles et put enfin donner libre cours à son imagination. Sous les robes elle glissa des baleines, mit de l’air dans les jupons, s’arc-bouta sur les durs lacets du corset, fit pigeonner, se ravisa, cacha ce sein pour mieux le montrer, entrava, libéra, raccourcit, rallongea, pour finalement faire tout et n’importe quoi.
C’est ainsi qu’aujourd’hui la femme s’amuse à décorer son corps, qu’elle passe sans sourciller du jean troué à la robe fourreau, que sur son chemisier elle passe un petit boléro, qu’elle s’emmitoufle dans un long pull de laine ou dans un manteau de pluie quand il fait beau. Et s’il fait trop chaud, il arrive même qu’elle fasse tomber le haut. C’est souvent très réussi, inattendu, chuchoté ou flamboyant, parfois curieux, bizarre ou excessif, il arrive même que ce soit ni drôle, ni habile, un peu trop vulgaire et vraiment pas joli.

Mais le joli est une chose légère qui fluctue selon la pluie et les saisons ; il ne se mesure pas en centimètres comme la longueur d’une jupe ou d’un pantalon. C’est ce qu’ils veulent depuis la nuit des temps, les hommes en noir : mesurer la femme, la mettre sous cloche, recouvrir ces formes indécentes de tissus lourds et informes, tout effacer jusqu’au regard, jusqu’à ces yeux qui brillent et qui ne devraient pas. Assis derrière son écran plat, le tendanceur regarde ces ombres qui glissent sans bruit sur les trottoirs de la ville. Le retour aux vraies valeurs. La patrie. La famille. La modestie. La pudeur. Il flaire le bon coup. On pourrait… On pourrait… Rhabiller la femme ! C’est le titre du rapport de 150 pages qu’il envoie à cette enseigne connue dans le monde entier. Trois mois plus tard, lancement de la première collection de mode pudique, ou modeste, comme on voudra. La mode modeste fait un tabac. On rhabille la femme à tour de bras.
Les sociologues s’emparent de l’affaire. Ils expliquent que notre terre vacille et qu’elle perd ses repères. Qu’elle a besoin de morale, d’ordre, de tenue. Que cette exposition de chairs éclatantes trouble l’homme moderne, qu’elle éveille en lui des instincts qu’il ne sait plus maîtriser. Qu’il est grand temps que la femme se rhabille et que le trend modeste est là pour durer.

À ces mots, les hommes en noir ne se sentent plus de joie. Ils ouvrent une bouche immense qui pousse leurs cris vers le Dieu de leur choix pour le remercier d’avoir remplacé les mille interdits qu’ils imposent à leurs femmes par une campagne de marketing taillée pour durer au moins une éternité.

 

Audi A8

(Texte sur fond de voiture sombre dans un décor noir tendance volcan et violons haletants.)

Regardez autour de vous.
Contemplez le futur.

La technologie devient invisible.
Être connecté est une ressource vitale.
L’intelligence est partout autour de nous.

Nous voulons vivre des expériences au-delà des produits.
Nos idées sont ce que nous avons de plus précieux.

Et notre plus grand luxe :
Le temps

Et la voiture ?
Oubliez la voiture.

Vous êtes dans une Audi.