À la petite fille qui ne dort pas, la nuit.


C’était le meilleur moment.
Le moment le plus tendre. Le plus tiède. Le plus doux. Mes deux garçons pas plus hauts que trois pommes couchés dans leur lit, propres comme des sous neufs, le visage enduit d’Hygiodermil, une crème qui n’avait aucun effet particulier, si ce n’est celui de sentir l’odeur de l’enfance. La couette sous le menton. Le doudou et le pouce. Les yeux immenses et arrondis de sommeil. Papa. Lis-nous une histoire. Il n’y avait plus que la veilleuse entre la nuit et nous. Alors je lisais. La journée du petit chat. La journée du petit éléphant. La rue des caries. L’histoire du marchand de sable.
Encore une histoire. Juste encore une histoire. Lis encore une page, s’il te plait. Leur tête de profil enfoncée dans le coussin, ils écoutent. Ils suivent le marchand de sable qui fait chaque soir le tour de la terre pour lancer un peu de sable soporifique dans les yeux des humains et des animaux. C’est du sable magique, quelques grains suffisent pour que les enfants s’endorment. Il faut faire très attention à la fabrication et au dosage. Le marchand de sable fait toujours très attention.
Ils écoutent, les yeux au bord des rêves. Le marchand de sable traverse le monde sur le dos de Suzanne, la plus petite ânesse du monde qui se déplace à la vitesse de la pensée, plus vite que la lumière, à plus de 300’000 kilomètres à la seconde.
Ils écoutent et ils rêvent au marchand de sable et à Suzanne qui peuvent voler entre les lattes de bois des ailes en mouvement d’un moulin à vent.

Il y eut aussi les histoires de Georges Lemoine, Marcus Pfister, Amrei Fechner… Un petit train qui marche à la lune, la lumière de la veilleuse, le doudou qui sent si bon avec le pouce. Un jour, un article qui parlait de la parution du deuxième épisode des aventures d’un petit sorcier myope. Alors, tous les soirs, j’ai lu Harry Potter. Depuis le début. Et continué ensuite jusqu’à la parution du quatrième tome. Ensuite, ils ont lu leurs propres histoires.
Une histoire avant de s’endormir. J’ai adoré ce moment. Regarder les personnages qui s’animent dans la pénombre. Deux paires d’yeux immenses qui écoutent en silence. Deux paires d’yeux qui se ferment doucement à mesure que les étoiles s’allument. J’éteins. Je ferme la porte. La nuit peut venir. Ils dorment, ils rêvent et je rêve avec eux.

C’était à Paris, des années plus tard. C’était il y a quelque temps. Un jour qui hésitait entre la pluie et le beau temps. Nous sommes entrés dans une pâtisserie. C’était l’heure du goûter. Comme toujours, je ne savais pas où j’allais et une très charmante jeune femme m’avait fait la grâce de m’accompagner avec ses deux filles qui étaient presque aussi jeunes que leur maman. À l’heure du choix, devant la vitrine remplie de pâtisseries, la plus jeune des filles désigna sans hésiter une assiette garnie de trois parts de gâteau à la crème chantilly. De la crème si blanche et si légère qu’on aurait dit de la neige. La boulangère plongea la main vers l’assiette pour saisir un billet rose posé juste à côté du gâteau. Elle lut très attentivement. Elle reposa le billet sur l’assiette en disant que non, il y avait une erreur. Ce gâteau était déjà RÉSERVÉ.
J’ai trouvé ça terrible et tout à fait injuste, cette exposition indécente de crème chantilly et ce billet rose qui disait que non, malgré les apparences, ce gâteau n’était  pas à vendre. Alors bien sûr, il y eut des cris et des larmes. Il y eut un gros chagrin et une grosse colère. Et comme dans ma tête il y a toujours une réserve de mots prête à sauter sur la réalité, j’ai commencé à écrire l’histoire du boulanger fatigué. Un boulanger qui ne dort ni le jour, ni la nuit. Un boulanger qui n’aime pas les enfants qui courent et mettent leurs doigts partout. Un boulanger qui n’aime pas les enfants qui dorment, la nuit.  En écrivant le premier chapitre de cette histoire, j’ai repensé à mes garçons, à la veilleuse, à leurs yeux immenses dans le noir. J’ai pensé à un autre papa assis dans la pénombre qui lirait l’histoire du boulanger fatigué à une petite fille ou un petit garçon qui dirait : « Encore, lis encore une page, s’il te plait. »
Au chapitre 14, J’ai reçu ce message sur twitter : @Heraclite lit La véritable (& horrifique) histoire du boulanger fatigué à sa petite fille qui ne dort pas, la nuit.
En vrai, @Heraclite s’appelle Samuel Dixneuf. Il est journaliste, écrivain, traducteur, professeur. Il écrit en Français ou en Anglais. Si vous voulez le connaître un peu mieux, vous pouvez vous rendre ici
J’ai relu ce message inscrit sur l’écran de mon ordinateur. Plusieurs fois. Et c’était comme si d’un seul coup, j’avais réalisé un incroyable tour de magie. Comme si j’avais accompagné le marchand de sable dans sa tournée. Comme si j’étais entré par la cheminée le soir de Noël.
Alors, je voulais juste remercier Samuel Dixneuf pour son message. Lui souhaiter une bonne nuit.
À lui et à sa petite fille qui ne dort pas, la nuit.

Le marchand de sable, texte de Wil Huygen, illustrations de Rien Poortvliet, Nathan Image.

Recette de banana split

La banane est un légume frais qui vire du vert au jaune suivant son état d’avancement.

Oblongue et incurvée comme un boomerang, elle a déjà beaucoup servi. Un sondage représentatif sur un échantillon de 1345 personnes de sexe masculin, féminin, ou sans opinion a montré que 100% des sondés ont l’air parfaitement ridicules lorsqu’ils mangent une banane.

Prenons par exemple un tennisman. Il est beau. Il est bronzé. Son corps poli brille sous le soleil qui décline. Il survole le court d’une foulée agile. Il virevolte et danse. Il égaie le filet d’une volée diaphane. Il transpire, certes, mais ce sont des perles de rosée qui se noient dans son bandana façon pirate. À la fin de l’échange le tennisman s’assied. Il regarde le vide. Il boit une gorgée de boisson isotonique bleue. Il s’essuie. Il boit un coup d’eau minérale pour faire glisser l’infâme mixture colorée à l’encre de marker fluorescent. Il s’essuie encore. Il regarde au loin, un point imaginaire au milieu de la foule. Il se dit que c’est pas tout ça, il faudrait peut-être voir pour la suite. Il a un creux à l’estomac. Il plonge dans les entrailles de son sac rouge. Il fouille et il farfouille. Ici les bandeaux de rechange. Là, la réserve de bandanas façon pirate. Les chaussettes. Le pull de rechange. Les raquettes emballées dans un voile de cellophane.
Enfin, il se redresse sur sa chaise. Le soleil déclinant coule sur la foule et creuse des ombres  bleues sur le visage du gladiateur moite et doré. Certaines jeunes filles se pâment. Certains jeunes hommes aussi. Le tennisman a une banane à la main. Il fait plier la queue d’un coup sec pour ouvrir une fente dans la peau qu’il débite en quatre lanières égales. Érigée et blanche, la tête de la banane surgit de son fourreau déchiré, de cette corolle molle qui pend en quatre lambeaux tristes sur cette main hâlée. Alors, il avance son visage. Posée en face de lui, la caméra le prend en gros plan. La bouche ouverte qui engloutit jusqu’à la garde cette tige blanche et dressée comme un arc vers le ciel violet. L’œil vide et la lippe pendante. Toute la magie s’en va. Enfouie dans les profondeurs de cette gorge abyssale, la banane est sectionnée d’un coup de dents. Elle s’enfonce dans les entrailles du tennisman goulu. Elle explose en mousse épaisse. Elle remplit d’un seul coup les joues du gladiateur qui mâche dans le mou et déglutit avec peine. Il est au bord de l’étouffement. Il avale une fois. Il avale deux fois. Il n’a plus de salive. Il reprend un coup d’eau minérale. Il se racle la gorge et respire avec difficulté. Son œsophage est encombré.  Il a toujours sa banane à la main. Le temps qui lui est imparti touche à sa fin. Le tennisman emprunté prend le reste de la banane, referme les quatre lanières de peau autour de la tige charnue qui porte encore la marque de ses dents. Il fait un petit paquet bien propre. Le jeu reprend. Le soleil darde ses rayons obliques sur la peau de banane qui se remplit de taches brunes. Le jeu s’éternise.

Le soleil crépite.
La banana split.

Remerciements @Soupir59‎ princesse québécoise qui n’oublie pas que les bananes sont remplies d’os. Et c’est  @theoneshotmi qui a créé les costumes

La banane est un légume frais qui vire du vert au jaune suivant son état d’avancement.

Oblongue et incurvée comme un boomerang, elle a déjà beaucoup servi. Un sondage représentatif sur un échantillon de 1345 personnes de sexe masculin, féminin, ou sans opinion a montré que 100% des sondés ont l’air parfaitement ridicules lorsqu’ils mangent une banane.

Prenons par exemple un tennisman. Il est beau. Il est bronzé. Son corps poli brille sous le soleil qui décline. Il survole le court d’une foulée agile. Il virevolte et danse. Il égaie le filet d’une volée diaphane. Il transpire, certes, mais ce sont des perles de rosée qui se noient dans son bandana façon pirate. À la fin de l’échange le tennisman s’assied. Il regarde le vide. Il boit une gorgée de boisson isotonique bleue. Il s’essuie. Il boit un coup d’eau minérale pour faire glisser l’infâme mixture colorée à l’encre de marker fluorescent. Il s’essuie encore. Il regarde au loin, un point imaginaire au milieu de la foule. Il se dit que c’est pas tout ça, il faudrait peut-être voir pour la suite. Il a un creux à l’estomac. Il plonge dans les entrailles de son sac rouge. Il fouille et il farfouille. Ici les bandeaux de rechange. Là, la réserve de bandanas façon pirate. Les chaussettes. Le pull de rechange. Les raquettes emballées dans un voile de cellophane.
Enfin, il se redresse sur sa chaise. Le soleil déclinant coule sur la foule et creuse des ombres  bleues sur le visage du gladiateur moite et doré. Certaines jeunes filles se pâment. Certains jeunes hommes aussi. Le tennisman a une banane à la main. Il fait plier la queue d’un coup sec pour ouvrir une fente dans la peau qu’il débite en quatre lanières égales. Érigée et blanche, la tête de la banane surgit de son fourreau déchiré, de cette corolle molle qui pend en quatre lambeaux tristes sur cette main hâlée. Alors, il avance son visage. Posée en face de lui, la caméra le prend en gros plan. La bouche ouverte qui engloutit jusqu’à la garde cette tige blanche et dressée comme un arc vers le ciel violet. L’œil vide et la lippe pendante. Toute la magie s’en va. Enfouie dans les profondeurs de cette gorge abyssale, la banane est sectionnée d’un coup de dents. Elle s’enfonce dans les entrailles du tennisman goulu. Elle explose en mousse épaisse. Elle remplit d’un seul coup les joues du gladiateur qui mâche dans le mou et déglutit avec peine. Il est au bord de l’étouffement. Il avale une fois. Il avale deux fois. Il n’a plus de salive. Il reprend un coup d’eau minérale. Il se racle la gorge et respire avec difficulté. Son œsophage est encombré.  Il a toujours sa banane à la main. Le temps qui lui est imparti touche à sa fin. Le tennisman emprunté prend le reste de la banane, referme les quatre lanières de peau autour de la tige charnue qui porte encore la marque de ses dents. Il fait un petit paquet bien propre. Le jeu reprend. Le soleil darde ses rayons obliques sur la peau de banane qui se remplit de taches brunes. Le jeu s’éternise.

Le soleil crépite.
La banana split.

Remerciements @Soupir59‎ princesse québécoise qui n’oublie pas que les bananes sont remplies d’os. Et c’est  @theoneshotmi qui a créé les costumes

La banane est un légume frais qui vire du vert au jaune suivant son état d’avancement.

Oblongue et incurvée comme un boomerang, elle a déjà beaucoup servi. Un sondage représentatif sur un échantillon de 1345 personnes de sexe masculin, féminin, ou sans opinion a montré que 100% des sondés ont l’air parfaitement ridicules lorsqu’ils mangent une banane.

Prenons par exemple un tennisman. Il est beau. Il est bronzé. Son corps poli brille sous le soleil qui décline. Il survole le court d’une foulée agile. Il virevolte et danse. Il égaie le filet d’une volée diaphane. Il transpire, certes, mais ce sont des perles de rosée qui se noient dans son bandana façon pirate. À la fin de l’échange le tennisman s’assied. Il regarde le vide. Il boit une gorgée de boisson isotonique bleue. Il s’essuie. Il boit un coup d’eau minérale pour faire glisser l’infâme mixture colorée à l’encre de marker fluorescent. Il s’essuie encore. Il regarde au loin, un point imaginaire au milieu de la foule. Il se dit que c’est pas tout ça, il faudrait peut-être voir pour la suite. Il a un creux à l’estomac. Il plonge dans les entrailles de son sac rouge. Il fouille et il farfouille. Ici les bandeaux de rechange. Là, la réserve de bandanas façon pirate. Les chaussettes. Le pull de rechange. Les raquettes emballées dans un voile de cellophane.
Enfin, il se redresse sur sa chaise. Le soleil déclinant coule sur la foule et creuse des ombres  bleues sur le visage du gladiateur moite et doré. Certaines jeunes filles se pâment. Certains jeunes hommes aussi. Le tennisman a une banane à la main. Il fait plier la queue d’un coup sec pour ouvrir une fente dans la peau qu’il débite en quatre lanières égales. Érigée et blanche, la tête de la banane surgit de son fourreau déchiré, de cette corolle molle qui pend en quatre lambeaux tristes sur cette main hâlée. Alors, il avance son visage. Posée en face de lui, la caméra le prend en gros plan. La bouche ouverte qui engloutit jusqu’à la garde cette tige blanche et dressée comme un arc vers le ciel violet. L’œil vide et la lippe pendante. Toute la magie s’en va. Enfouie dans les profondeurs de cette gorge abyssale, la banane est sectionnée d’un coup de dents. Elle s’enfonce dans les entrailles du tennisman goulu. Elle explose en mousse épaisse. Elle remplit d’un seul coup les joues du gladiateur qui mâche dans le mou et déglutit avec peine. Il est au bord de l’étouffement. Il avale une fois. Il avale deux fois. Il n’a plus de salive. Il reprend un coup d’eau minérale. Il se racle la gorge et respire avec difficulté. Son œsophage est encombré.  Il a toujours sa banane à la main. Le temps qui lui est imparti touche à sa fin. Le tennisman emprunté prend le reste de la banane, referme les quatre lanières de peau autour de la tige charnue qui porte encore la marque de ses dents. Il fait un petit paquet bien propre. Le jeu reprend. Le soleil darde ses rayons obliques sur la peau de banane qui se remplit de taches brunes. Le jeu s’éternise.

Le soleil crépite.
La banana split.

Remerciements @Soupir59‎ princesse québécoise qui n’oublie pas que les bananes sont remplies d’os. Et c’est  @theoneshotmi qui a créé les costumes

iPad: test, analyse, compte-rendu intégral et concis

1. LE TOUCHER. Le doigt rencontre une surface de verre poli au recto et une surface d’aluminium satiné au verso. C’est lisse et un peu tiède.

2.  LA VUE. L’œil regarde un écran noir percé de fenêtres brillantes qui peuvent se transformer en pages, images fixes ou animées. Voir doigts.

3. LE GOÛT. L’iPad ne se mange pas.

4. L’ODORAT. En approchant son nez des trous situés sur la tranche de l’appareil on devine une touche subtile de plastique chaud.

5. L’OUÏE. Lancez la recherche: « bruits de vagues ». Ouvrez un fichier son dans la liste des résultats. L’iPad fait entendre le bruit de la mer.

6. LA SYNTHÈSE. L’iPad est une pomme comme une autre. 

Suivez les tests en direct sur Twitter @Nicolasesse  #theorieduradis 

L’histoire du radis

L’histoire du radis en 15 chapitres a été publiée sur Twitter. Chaque chapitre ne doit pas dépasser 140 caractères, espaces compris, c’est la règle chez Twitter. Heureusement, on peut aussi faire plus court.

                                                                     I
4 centimètres sous la terre, le bulbe du radis passe 4 semaines à peindre sur sa peau un dégradé subtil qui va du rouge vif au blanc satiné.

                                                                    II
Au-dessus de la terre, le radis s’en fout. Il déploie 4 feuilles qui ne se mangent même pas en salade.

                                                                   III
Le 4 est le chiffre fétiche du radis.

                                                                   IV
La naissance du radis est déracinement.

                                                                    V
Déraciné et lié en botte, le radis découvre d’autres radis aussi rouges que lui. Aussitôt il hait le rouge et la promiscuité.

                                                                   VI
Le radis regrette ces 4 semaines passées à se mettre du rouge.

                                                                 VII
Attaché par les feuilles en attendant le chaland, le radis pense à un radis carré.

                                                                 VIII
Une main s’approche et le radis bombe le torse. La main s’éloigne et le radis rouge broie du noir.

                                                                   IX
Le radis somnole. Ne voit pas venir la main qui s’approche et emporte sa botte. Dans le sac, le radis sourit. L’Élu, c’est lui.

                                                                   X
Ressortis du sac, tous les radis de la botte ont le même sourire. Un plongeon dans l’eau froide leur remet la tête à l’endroit.

                                                                  XI
Posé sur la table, le radis sait qu’elle l’a choisi. La main s’approche et il ferme les yeux. Il sent déjà l’empreinte de ses dents.

                                                                  XII
Le radis ouvre les yeux. Elle a croqué son voisin.

                                                                 XIII
Le radis est jaloux. Le radis trouve que la main n’a aucun goût. Le radis boude et ne voit pas venir le couteau qui le découpe.

                                                                 XIV
Même pas mal. Le radis finit en salade.

                                                                  XV
Les radis sont des pommes comme les autres.

                                                                 ***
Suivez l’histoire du radis sur Twitter #theorieduradis 
Sur une idée de @
NaydineK . Script @Nicolasesse
Remerciements. @_IButterlin_ pour le tag #theorieduradis

Je reverserai tous les droits. En radis. MGM – MMX. (2010)