Le Beaujolais nouveau est arrivé

Encore boutonneux et acnéique, j’ai extrait il y a bien longtemps d’un hectomètre linéaire de livres de poche une couverture jaunie qui annonçait au monde non-civilisé la venue du Beaujolais nouveau.
Le titre correspondait de manière troublante à mes préoccupations de l’instant et je me retrouvai propriétaire du « Beaujolais nouveau est arrivé » sans même connaître le nom de l’auteur. Je suis ainsi entré de plein fouet dans l’univers de René Fallet, peuplé de caniveaux où coule en rigoles souples le fruit de tous les chais scellés sur le territoire français, ou tout autre territoire planté de vignes. Fallet n’est pas sectaire. Il  boit un peu de tout et même du malt écossais quand le climat s’oppose à l’épanouissement du raisin.

« Le Beaujolais… » c’est l’essence de la série paillarde falletienne. Debedeux, Camadule, Polouc et Captain Beaujol sont inscrits pour un voyage immobile autour du zinc le plus délavé de France, posé sur la sciure du Café du Pauvre. Le projet s’articule sur une absence regrettable d’activités productives combinée à la pratique de plaisirs subversifs comme la pêche à la ligne, l’assimilation de produits toxiques (camembert, rillettes, fromage de chèvre frais…) et l’absorption d’hectolitres de diverses boissons alcoolisées permettant de combattre les effets pervers des produits cités plus haut.
Vacillant sur toutes les autoroutes reliant Paris à Pétaouchnok, Fallet s’assied au bord de l’eau du monde. Il nous propose d’aller pincer les fesses de la vie, ce que nous faisons avec joie. Alors, Fallet nous gâte, il écrit en équilibre sur la poésie, la chanson populaire et l’argot dans une langue qu’il réinvente en père tranquille et moustachu.

Livre paru en 1975 et jamais soupçonné de listériose malgré son affinage au lait cru, « Le Beaujolais nouveau est arrivé » doit être consommé frais et si possible d’un trait. Pour un effet optimal, choisir un jour vif, un banc de dimensions généreuses, déplier le nécessaire de lecture, à savoir : une baguette à la mie fine, un assortiment de fromages posés à quelque distance d’une tranche respectable de pâté de campagne. Une larme de Beaujolais. Une autre, au coin de l’œil.

Auteur : Nicolas Esse

Depuis 1962, je regarde les nuages qui passent avant d'aller mourir.

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