Conversation avec ma muse


Sur le coin de ma table, deux bracelets ronds entourent le vide laissé par ses poignets.
Dans un coin de ma tête, elle me regarde, penchée sur mon épaule. Elle me dit que c’est pas mal, en appuyant sur le « a ». Elle me dit aussi que je tricote, que je minaude. Que je tortille de la virgule, qu’il y a trop de mots. Que mes effets de style, je peux me les mettre où je pense.

Elle me dit qu’il faut que ça sente. Que ça dégouline. Que le sang qui coule est épais et tiède. Que la nuit tombe avec fracas. Elle me demande si j’ai déjà pleuré, si je sais que les larmes ont un goût de métal. Elle me demande si je suis déjà tombé, si je connais le bruit mat que fait un corps qui touche le sol. Elle me dit qu’il y a trop de mots dans mes phrases. Penchée sur mon épaule, elle secoue la tête en disant non, ce n’est pas ça.

Elle me regarde et secoue la tête. Il y a trop de mots. Et pas assez de vie. Et pas assez de mort. Ceci n’est pas une dissertation. Elle sent bon. Elle me dit que je me dissipe et moi je lui dis qu’elle sent bon. Elle me dit que ce n’est pas la question. Qu’il faudrait que je me secoue, qu’à ce rythme, il faudra au moins un siècle pour arriver jusqu’au bout de l’histoire. Je lui réponds que ne n’ai pas que ça à faire, trier les mots pour faire saigner mes phrases.

Elle secoue encore la tête. Elle dit A-lors, fais ce que tu as à faire. Je lui dis c’est ça, je fais ce que j’ai à faire. Et que je n’ai pas besoin d’une muse pour recompter mes mots. A-lors, elle s’enfuit en riant par un coin de ma tête.

Avant de partir, elle dit encore : « N’oublie pas, pour ma peine, tu me dois un livre de chair. »

C’est une muse qui a de l’esprit.

Auteur : Nicolas Esse

Depuis 1962, je regarde les nuages qui passent avant d'aller mourir.

2 thoughts on “Conversation avec ma muse”

    1. Oui. Le prochain. Bon. Avant qu’on m’accuse de glander, je précise que je bosse sur un autre bouquin, mais là c’est une commande pour mettre de l’os à moelle dans le pot au feu et pour que les gens croient que je suis copywriter. Après, si tout va bien, on dira qu’à la fin de l’été prochain l’affaire est dans le sac. Et après, je veux aussi changer d’éditeur, donc, pour la date de parution, je dirais pouf pouf.

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