La voix des personnages*

« Tu commences à faire chier.
Ça fait des mois que tu ponds des mots au kilomètre. Des mots au kilo pour faire tourner ton tiroir-caisse. Des mois que tu tournes autour de moi. Que tu avances. Que tu recules. Bien sûr, faut bouffer, la belle excuse. Il faut bien que tu bouffes. Comme si tu étais pas assez gros. Bien sûr, il y a les impôts. Les bouches à nourrir. Il y a même le repassage. Quand j’y pense, ça me fait mal aux seins. Le repassage ! Tu inventerais n’importe quoi pour ne pas t’occuper de moi. Tu as toujours quelque chose à faire. Tu as toujours autre chose à faire.

Et moi je reste suspendue sur une réplique débile où tu me fais dire : « Me taire. ME TAIRE ? Mais je ne fais que ça. Me taire. Et t’écouter à genoux, mon amour. » C’est ridicule. « Mon amour. » Je sais bien que ça fonctionne dans l’histoire, mais tu vois bien combien c’est nul de me laisser plantée là. Le mot « amour », je l’emploie même pas pour moi. J’aime personne. Même pas moi. Alors, lui avec ses petites mains délicates, je veux juste qu’il me cède. Que je marche sur lui, mes semelles qui s’écrasent sur sa petite gueule sud-américaine.

J’aime personne. Même pas moi. Qu’est-ce que tu attends ? Tu attends quoi pour l’écrire ?
J’AIME PERSONNE ! »

*Titre emprunté au livre de Martine de Gaudemar qui fait entrer un peu de lumière chez moi et que vous retrouvez ici

Auteur : Nicolas Esse

Depuis 1962, je regarde les nuages qui passent avant d'aller mourir.

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