Sur le visage d’Audrey Hepburn

La France élit son président

Depuis une semaine, un mois ou cent ans, la France élit toujours un président.

Au premier plan, sur les images, on trouve les candidats-présidents, leur portrait doré sur fond bleu, rouge ou blanc. Le doré, c’est pour le bronzage, un président est toujours bronzé. La couleur du fond, c’est la couleur de la France quand elle est découpée en tranches de camembert électronique, avec des électeurs à gauche, à droite, au centre ou des électeurs absents parce qu’ils avaient piscine.

Au deuxième plan, il y a les femmes de présidents. En cet an de grâce bissextile, la première dame de France s’appelle Carla. Elle est d’origine italienne. Elle a fait de la chanson et du mannequinat. J’avoue une regrettable absence d’intérêt pour le parcours professionnel de Mme Bruni-Sarkozy. J’éprouve le même sentiment pour son mari et les autres personnes qui convoitent le titre de guide suprême et de commandant en chef des forces armées. J’avoue même un désintérêt tout à fait global pour tout ce petit monde très éloigné du mien.

J’ai par contre été interpellé par la publication d’une série de photos de Mme Bruni-Sarkozy dans toutes sortes de magazines électroniques ou pas. Sur ces photos, elle apparait dans un chandail en maille brune, posée sur un fond flou de pelouse et de manoir blanc. Elle prend la pose, lève les yeux, sourit, on voit bien qu’elle est à l’aise, qu’elle maîtrise la lumière et les codes. Ce qu’on voit aussi, c’est son visage. On voit un masque de peau percé d’un regard. Une couche de chair morte greffée de frais sur un crâne vivant. Il y a quelque chose dans cette série d’images, quelque chose qui semble sorti tout droit de l’atelier de Frankenstein. On a peur qu’un vent maladroit soulève le fragile rideau des cheveux et découvre à l’arrière du crâne le tracé tourmenté des points de suture.

Il y a dans ces images quelque chose qui me glace. Qui n’est pas propre à la personne de Mme Bruni-Sarkozy, mais qui s’applique à tous ces visages figés, ces visages morts qui hantent le monde des vivants. Je crois qu’il y a un problème. Un problème de marketing liés à ce siècle décérébré et hollywoodien. Des kilomètres de films et des années d’images ont réussi à tout embrouiller, à mélanger tous les genres avec toutes les couleurs.

Si on s’en tient au corps, à la peau et aux muscles qui la tendent, la jeunesse est un état. Un moment éphémère qui peut se prolonger. Ou qu’on peut prolonger à coups de scalpel ou à coups d’injections. Je comprends bien le principe de base: pour être jeune, il faut qu’une peau soit lisse et bien tendue. Pour être jeunes, les seins doivent être fermes et dressés vers le ciel, le mollet souple et la cuisse fuselée. Les cheveux noirs ou blonds ou flamboyer en rouge, la jeunesse est un état qui autorise toutes les couleurs rouges. Mais justement, c’est un état, une offre spéciale et limitée dans le temps.

La beauté, c’est autre chose. Et je ne parle pas de la beauté intérieure, de la beauté de l’âme de tout ce qui ne se voit pas avec les yeux. Non. Je parle de la chair. De ce qui se voit. De la lumière qui fait briller les contours des visages et des corps des femmes. De la grâce qui s’installe aux creux des courbes et qu’on voudrait toucher avec les doigts. Je parle de ce petit bout de ciel qu’on entrevoit parfois dans le port des femmes, parce que, sur la terre, rien ne saurait fabriquer des mains de cette texture-là, de cette longueur-là. Des mains retenues aux poignets par un réseau complexe de nerfs à fleur de peau.

Des mains que même Michel-Ange n’aurait pas su sculpter.

La beauté se fout de l’âge comme de sa première cerise. Elle habite les rides ou les peaux élastiques. Les peaux flasques. Les peaux claires ou mates. Les peaux noires ou blanches. Les peaux dorées ou remplies de taches de rousseur. Les cheveux gris. Les cheveux blancs. L’absence de cheveux. Fragile et indifférente au fracas de ce monde, la beauté des femmes nous saute aux yeux et nous prend à la gorge. Elle nous interrompt. Elle nous interroge.

Et lorsqu’elle frôle, l’espace d’une seconde éblouie, le visage vieilli d’Audrey Hepburn, 
la beauté des femmes nous rappelle que sur la terre, il y a un ciel.

 

 

Auteur : Nicolas Esse

Depuis 1962, je regarde les nuages qui passent avant d'aller mourir.

9 thoughts on “Sur le visage d’Audrey Hepburn”

  1. Pas facile de vieillir sereinement pour un top modèle. Pourtant elle n’a que 44 ans et à cet âge le temps ne fait pas autant de ravage sur un visage ? C’est comme si les beautés naturelles étaient désireuses de s’enlaidir plutôt que de vieillir au naturel. Vivement le jour ou les rides seront considéré comme le sillon d’une vie ou sinon aussi bien mourir à 30 ans…

    J’ai aimé te lire et bise Nicolas🙂

    1. Je me répète, je n’ai rien contre Carla Bruni-Sarkozy et je comprends bien la tyrannie de l’apparence qui oblige les ex-top modèles à ne pas vieillir. Ce que je ne comprends pas, c’est le principe jeunesse = beauté qui s’applique aux femmes. Je me répète encore mais je crois que ces deux femmes se ressemblent, ce qui rend le parallèle plus intéressant. Et je suis véritablement touché par la beauté d’Audrey Hepburn sur cette photo, même si son visage est ridé, alors que le faciès figé de Carla Bruni-Sarkozy, je ne trouve pas ça beau, je trouve ça bizarre et presque inquiétant… Bises Denise.

  2. Elle a a eu un bébé et elle allaite peut-être encore.
    La beauté est un état d’esprit et il se pourrait qu’elle traverse un moment difficile. Je vous fais le pari que dans 5 ou 10 ans, elle affichera la cinquantaine chic.
    Pas de délit de sale gueule ! Nous ne sommes pas toutes frappée par la grâce d’Audrey…

    1. Je n’ai rien contre Carla Bruni-Sarkozy. Il y a mille autres exemples de femmes refaites avec plus ou moins de bonheur mais j’ai juste été frappé par la répétition de cette série de photos. Pareil pour Audrey Hepburn, il y a mille exemples de femmes qui vieillissent sans avoir recours à la chirurgie ou aux injections. Ce que je trouve intéressant, c’est qu’il me semble bien qu’au départ ces deux femmes se ressemblent. Elles ont un peu le même type, un peu la même silhouette, il y a comme une ressemblance. Et plus le temps passe, plus je trouve qu’il parle en faveur d’Audrey Hepburn. Mais je veux bien attendre une dizaine d’années avant d’émettre un jugement définitif.

      1. aaaaah, c’est un beau regard que vous jetez sur dames ! Mais Audrey Hepburn, c’est quand même la plus belle de toutes, toutes catégories maigrelettes confondues

  3. Nicolas tu te répètes encore…RIRES… Tu n’as rien contre Carla et je ne disais pas que tu avais quelque chose contre elle non plus…sauf peut-être un désir de demeurer éternellement jeune de peau. Mais une peau ça devient une vieille peau qu’on le veuille ou non. Et à force de l’étirer pour certains(aines)…non pas ainées…m’enfin…ça va faire les jeux de mots. Donc à force de l’étirer ça fait comme pour les muscles de monsieur muscles lorsqu’il cesse la musculature…ça tombe de partout.

    Et colorsandpastels (Claudine) vrai que nous ne serons pas jolie comme Audrey…mais Audrey n’est-elle pas décédée jeune ?🙂 Mille bises à vous deux !

    1. Heu, je crois que vous m’embrouillez toutes les deux, et en plus je suis moi-même en plein processus de vieillissement, ce qui explique probablement pourquoi cette fixette sur les rides ou leur absence. (Et aussi la répétition.) J’avoue un faible pour Audrey Hepburn et c’est vrai que j’y avais pas pensé, mais elles font bien partie de la catégorie maigrelettes tendance lunaire, surtout pour Mme Hepburn que je ne me lasse pas de regarder sur la photo. Et aussi parce que ce blog n’hésite pas à se plonger dans Wikipedia pour répondre aux questions de ses lectrices, je terminerai en disant qu’Audrey Hepburn est née le 4 mai 1929 à Ixelles (Belgique), morte le 20 janvier 1993 à Tolochenaz (Suisse). Je sors ma calculette pour trouver un total de 64 ans, ce qui ne fait pas beaucoup d’années, en vérité.

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