Améliorer Rothko

Ce 8 octobre 2012, Vladimir Unmanets entre dans la Tate Gallery de Londres.

Il s’approche d’une toile de Rothko, « Orange, Red, Yellow ». À droite, en bas du tableau, il inscrit en Anglais et au feutre dégoulinant :  » Vladimir a potential piece of yellowism. » Ce qu’on pourrait traduire par : « Vladimir une pièce potentielle de jaunisme. » Pardonnez l’inélégance de la traduction littérale, je ne vais pas consacrer une seconde de mon temps à ciseler les contours d’un étron.

Une fois, à Londres, j’ai longtemps regardé le tableau en question et quand je vois la trace immonde laissé par ce pantin triste et soi-disant jaunissant, j’ai les mains moites et un long filet de sueur froide me coule dans le dos.

Mais là où nous passons de la connerie ordinaire à la connerie de compétition, c’est lorsque Vladimir se fend d’une explication. Vladimir est un être pensant. Il se prend la tête dans les mains. Il réfléchit. Il a un message qu’il délivre en ces termes : « Je crois en ce que je fais et je veux que les gens commencent à en parler. C’était comme une sorte de plateforme. Je n’ai pas diminué la valeur de l’œuvre, je n’ai pas détruit ce tableau, j’ai mis quelque chose de nouveau. »

Vladimir, mon garçon – tu permets que je te tutoie – Vladimir, mon gros lapin en chocolat, il faut que je te dise, je crois qu’il y a quelque chose de pourri dans ton esprit troublé et, ce qui me chagrine, je crois que tu n’es pas tout seul à clapoter dans les eaux croupies du jaunisme. La fièvre jaune s’étend sur le monde et aucun vaccin ne semble en mesure d’enrayer cette pandémie qui se manifeste sous deux formes bien connues qu’on peut retrouver dans certaines galeries d’art contemporain : le caca et le crachat.

Le caca peut être déposé sur n’importe quel support par un derrière inspiré. Là où le geste prend toute sa dimension artistique, c’est dans l’intention, dans le mouvement du derrière qui imprime au caca une trajectoire suspendue que le trou percé dans la cuvette des WC fige et avale, au grand ébaudissement du monde des vivants.

Le crachat ne se dépose pas, il se projette. Il s’élance, aérien et imprévu, porté par des vents changeants. Il vole, il s’allonge et se déploie. Il prend une forme fuselée pour mieux pénétrer ce goulet d’air fluide qui voudrait l’étrangler. Lorsque finalement il rencontre la surface dure du monde, le crachat s’écrase en mille étoiles de salive et là, c’est le monde qui est ébaubi.

Mais comme le monde n’est pas parfait, il arrive parfois qu’un vent contraire et contrariant interrompe l’élan tendu du crachat et le retourne en plein dans le groin de l’expéditeur.

Cher Vladimir, mon gros minou en sucre, c’est toute la grâce que je te souhaite.

Sur le même thème, beaucoup mieux dit et en musique : In the Gallery, Dire Straits, traduction française. Juste en dessous ou http://wp.me/plN4f-1A4

Auteur : Nicolas Esse

Depuis 1962, je regarde les nuages qui passent avant d'aller mourir.

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