Ordinary people

Des gens ordinaires.
Assis derrière une tasse de café. À leurs pieds, un cabas affaissé, rempli de peu de choses, un cabas accroupi comme un chien endormi. Parfois, la crête punk d’une botte de poireaux qui jaillit entre les deux poignées et plus tard, le soir, l’odeur de la soupe à petit feu qui envahit tout l’appartement, rentre dans toutes les armoires, imprègne tous les vêtements. L’odeur des poireaux jusque dans les papiers-peints lignés et dans les rideaux fatigués. L’heure vespérale de la soupe, le bol posé sur une assiette aux bords dorés.

Ils mangent seuls ou à deux ou à plusieurs et ils parlent peu car leurs mots sont usés jusqu’à la corde, jusqu’à la trame rongée des jours qui recouvre les rayonnages de leurs étagères vides d’une fine couche de poussière grise. Leur temps passe et ils regardent le monde qui vit à la télévision : les maisons qu’ils construisent et qu’ils n’habiteront jamais, les voitures qu’ils assemblent sans jamais les conduire et le pont des paquebots de croisière qu’ils ne font qu’arpenter, les bras chargés de vaisselle. Les couchers de soleil qu’ils ne verront pas, leurs yeux trop fatigués de lire les petits caractères au bas de leurs factures d’électricité.

Les gens solitaires, assis derrière leur café, le regard dans le vague, attendent patiemment que le temps ait passé.

« Eleanor Rigby picks up the rice in the church where a wedding has been.

Auteur : Nicolas Esse

Depuis 1962, je regarde les nuages qui passent avant d'aller mourir.

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