MM

Ses lèvres se sont figées un instant de plus pour lancer un petit pont suspendu entre les deux M.
Immense.

Ainsi allongé, le mot grandit encore et déploie son ombre au-dessus de la phrase.
Immense.

Ces deux blanches liées sont une véritable merveille : elles illuminent la face cachée du mot, furtivement, l’espace d’un quart de seconde, et soudain on se souvient des longueurs que parcouraient toutes ces jambes sur une ligne de cahier d’écolier. La plume qu’il fallait plonger dans le trou noir de l’encrier, égoutter et déposer délicatement sur la feuille lignée pour éviter les taches.
Le grésillement du métal sur le papier.
La réserve qui s’épuise trop vite, au milieu d’un plein ou d’un délié. Le mot qui pâlit avant de s’arrêter. Alors, il faut recommencer. Recharger la plume. La repositionner à l’endroit exact où l’encre a cessé de couler, quelque part entre les jambes de ces deux M reliés par une modulation infime dans le tombé de sa voix.
Immense.

Un ruban de sable lisse et blanc avec un petit pli au milieu. Une faille légère où s’allonger pour écouter en silence le son désuet que font deux M lorsqu’une voix de femme les étend sur une corde à linge en été.

Auteur : Nicolas Esse

Depuis 1962, je regarde les nuages qui passent avant d'aller mourir.

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