Scène 6 (cont.5)

Madame H. : J’ai perdu du poids.
Patrizia : Forcément, à force de faire le hamster…
Madame H. : …Rien à voir avec le hamster. J’ai perdu du poids.
Patrizia : La regarde.
C’est vrai, vous avez l’air moins bouffie.
Madame H. : Quel joli compliment. Et vous savez quoi ? Hier soir, j’ai oublié de prendre mes somnifères. J’étais si fatiguée. Je me suis couchée, je ne me souviens même pas de m’être endormie.
Patrizia : Gros bébé va !
Madame H. : Vous ne comprenez pas. Je prends des somnifères tous les soirs depuis des années. J’ai commencé juste après mon mariage.
Patrizia : Tout ce sexe, tout d’un coup, forcément ça excite et après on dort plus.
Madame H. : Je vous rappelle que mon mari fabrique et moi je vends.
Patrizia : Même pas une petite gâterie de temps en temps ?
Madame H. : Nous faisons chambre à part. C’était dans le contrat.
Patrizia : Et ça vous arrive de baiser sans un avocat ?
Madame H. : Vous savez, l’avantage avec les contrats, c’est la précision. D’un côté, il y a le prix, de l’autre la liste des prestations. Et puis, il y a les limites aussi. Je ne supporte pas qu’un homme dorme dans mon lit. Essayez de congédier un amant après avoir fait l’amour avec lui.
Patrizia : Moi, j’aimais bien quand Toni dormait avec moi.
Madame H. : Le syndrome du doudou.
Patrizia : L’avantage avec un homme qu’on aime, c’est de l’aimer la nuit et même le matin quand il se gratte les fesses en sortant du lit.
Madame H. : Et un jour il vous quitte en se grattant les fesses.
Patrizia : Et vos employés, vous les démissionnez ?
Madame H. : Ce sont des hommes de compagnie, que je paie, c’est vrai, mais qui aiment aussi être avec moi. Je ne suis pas si vieille, je peux encore faire illusion si la lumière n’est pas trop directe.
Patrizia : Alors, un petit dîner aux chandelles…
Madame H. : Et pourquoi pas ? Ces hommes sont comme vous et moi. Ce sont des jeunes gens charmants, cultivés. Ils ont un cœur, aussi.
Patrizia : Et ils n’aiment pas être jetés.
Madame H. : Quelquefois, oui, ça peut arriver.
Patrizia : C’est là que vos avocats ressortent le contrat.

Auteur : Nicolas Esse

Depuis 1962, je regarde les nuages qui passent avant d'aller mourir.

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