La véritable origine de l’automne (35)

Alors, Adam se détend.
Ève sent la vie qui monte, la vie qui peu à peu tend le petit bout de chair vibrant qu’elle tient serré dans le creux de ses mains.
L’Homme Premier. Ses boucles blondes. Son corps paysage, détendu, à l’abandon. À ce moment précis, il est tout petit, le roi de la création. Tout petit. Aussi petit que l’enfant qu’il aurait pu être sans cette absence de nombril au milieu du ventre, Adam couché sur le dos, les yeux fermés, et Ève qui le regarde s’abandonner à une caresse qu’elle invente au fur et à mesure, hors d’elle, presque en se regardant.
Toujours penchée sur ce membre souffrant, elle se déplace, imperceptiblement. Elle enjambe le corps du naufragé échoué sur ce banc de sable mouvant. Elle le regarde. Elle s’agenouille. Elle fléchit, tout doucement. Le contact inattendu fait frémir son bas-ventre. Elle se dit qu’il est doux. Tiède. Lisse. Soyeux. Ses mains se referment. Elle le tient fermement. Les muscles de ses cuisses se détendent. Elle entre en lui. Elle parcourt lentement toute la longueur de ce membre vertical et glissant. Elle s’assied. Sous ses fesses, elle sent la pointe dure des deux os qui émergent de la ligne des hanches qu’il a si larges au fond de son ventre.
Elle reste assise là. Sans bouger. Sur lui qui se tend, renverse la tête et ouvre les yeux, le regard flou, le regard figé, fixé sur la lueur chancelante de l’étoile qui vient de s’allumer dans son ciel intérieur.

Auteur : Nicolas Esse

Depuis 1962, je regarde les nuages qui passent avant d'aller mourir.

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