La véritable origine de l’automne (37)

On entendit un bruit, un hurlement étouffé et flouté par le vent. Ève releva la tête et vit au loin la silhouette d’Adam danser sur l’herbe grasse qui ondulait doucement. Adam court. Adam vole, il taille un sillon sauvage dans le tendre verger du premier jardin. Il est en nage, il est en rage, le regard fou, l’écume aux lèvres, et la bouche figée dans un hurlement permanent. Il arrive enfin à la hauteur d’Ève qu’il manque de pulvériser dans son élan.

– Où est-Il ?
– Où est qui ?
– Où est Dieu, Nom de Dieu !
– Je suis là mon enfant.
– Tu es là, où ?
– Tu le sais bien, je suis partout.
– Et Ta tête, elle est où ?
– Dieu n’a pas de tête…
– Et Dieu a pas de bras, poil aux doigts.
– Adam, surveille ton langage, tu oublies que tu parles à ton Dieu.
– Ah oui ? Mais qu’est-ce qui me prouve que c’est bien Toi, d’abord, hein ? Peut-être que j’hallucine, peut-être que j’entends des voix.
– Adam, voyons.
– Des voix, parfaitement. T’as déjà entendu parler des acouphènes ?
– Adam !
– Quoi Adam ? Quoi Adam ? Je me réveille un matin et une voix me dit voilà, Je suis Dieu Tout-Puissant et Je t’ai créé à Mon image pour moins M’emmerder pendant les longues soirées d’été. Va et découvre le monde que J’ai fabriqué pour toi. Le monde entier en moins d’une semaine ! Vite fait, sur le gaz. Pour commencer, Tu installes l’électricité. Le lundi, Tu poses le ciel. Le mardi, Tu fais des pâtés de terre. Le mercredi, Tu recommences avec la lumière. Le jeudi, c’est le jour du poisson, drôle de jour pour le poisson. Le vendredi, grosse journée ! Toutes les plantes, plus tous les animaux, plus moi, plus Ève. Le samedi tu peaufines et le dimanche, tu fais la sieste. Normal : tout l’univers en six jours chrono, forcément, ça fatigue. Là, on est dimanche soir. Tu as bien dormi, Tu es frais, à bloc, parce que la semaine prochaine, gros défi : Tu as deux deux jours pour inventer la recette des spaghetti bolognaise !
– ADAM !
– Quoi Adam ? Tu souffles sur la terre et pif paf pouf abracadabra, devant nous l’Himalaya ! L’Everest, 8’848 mètres, d’un seul coup, sans les mains. Sérieusement, Dieu, Tu déconnes. Débranche les micros et montre-Toi si T’es un homme.

Auteur : Nicolas Esse

Depuis 1962, je regarde les nuages qui passent avant d'aller mourir.

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