Le plus court chemin

Un trou de ciel se fracasse
Au bord coupant de la crevasse.
Il fait immobile et gris.
Il ne fait ni jour ni nuit.
Il fait le temps intermédiaire
Du printemps entré dans l’hiver,
Obscur et clair
Une maille à l’envers,
Ni chaud ni froid
Une maille à l’endroit.

La ligne de la congère se brise au tranchant des nuages.
Le monde s’effrite.
Des blocs se détachent. Des fragments. Des bouts de nous. Nos jambes, nos bras et les sillons cabossés que tracent nos têtes qui roulent sans bruit jusqu’à la mer.

Y aura-t-il encore de la neige en hiver ?
Et de l’eau en été ?
Est-ce qu’on pourra un jour retrouver le silence ?
Reprendre le temps.
Monter.
Ralentir.
Obliquer.
Repartir.
S’arrêter.
Relier tous les points
Sans plus jamais passer
Par le plus court chemin.

Auteur : Nicolas Esse

Depuis 1962, je regarde les nuages qui passent avant d'aller mourir.

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