Un voyage immobile

Commencer.

La page est aussi blanche que la toile. Aucun mot. Aucun trait. 
Dedans, à l’intérieur, une image, une intention, une histoire. Et puis l’appréhension. La peur de ne pas pouvoir, de ne pas savoir, de ne pas avoir les mots, de ne pas trouver les nuances, mille ombres différentes, celles, brutales, tranchantes qui découpent une tranche de visage au rasoir, et toutes les autres, composites, plus pâles, éclairées par des sources de lumières multiples et opposées au soleil.

S’engager sur un terrain vague, raturer, gommer, hésiter, reprendre, revenir sans fin sur un sourire qu’on voudrait timide, esquissé, qu’un trait trop hâtif à déformé. Ce n’est pas ça, pas encore, laisser reposer, s’éloigner, recommencer. Se perdre dans ce détail infime, imaginer des corrections, trouver la solution au milieu d’une forêt ou d’une conversation. 

Continuer, apaisé, vers la page suivante, dans le rythme retrouvé des phrases ou s’arrêter un instant au bord du menton suspendu au-dessus du vide. De la toile émerge un sentiment diffus et doux, une note fragile, qu’il faudra maintenir, en équilibre, jusqu’à la fin de ce voyage immobile.

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Auteur : Nicolas Esse

Depuis 1962, je regarde les nuages qui passent avant d'aller mourir.

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