« Nous n’avons pas très peur de la mort. » Message vocal laissé par une habitante de Tripoli

Une habitante de Tripoli, capitale de la Lybie, a laissé ce message vocal, sur le compte Twitter de @Feb17voices. Elle dit :
« Nous avons peur. Nous avons peur parce que nous sommes des femmes, j’ai mes filles ici. Dans chaque maison, les seules armes sont les couteaux. Nous n’avons rien d’autre, mais nous avons Dieu(…) Nous n’avons pas très peur de la mort(…)
C’est un désastre mais, s’il vous plait, que pensent les gens des institutions  internationales? Est-ce qu’ils ne font que se rassembler, attendre, faire des réunions? S’il vous plait, si vous pouvez aider de quelque manière que ce soit, faites-le maintenant. S’il vous plait, faites-le maintenant. »

« We are not very much afraid of death. » A voice note from a woman living in Tripoli

A resident of the Libyan capital, Tripoli, just left this voice note posted on Twitter by @Feb17voices. She says:
« We are afraid. We are afraid because we are women, I have daughters here. Every house is armed only by knives. We have nothing else, but we have God. (…) We are not very much afraid of death(…)
It is a disaster, but please, what do think the international people?  They just gather, waiting, have meetings? Please if there is anything that you can help, do it now. Please, do it now. »

Le cancer est arbitraire. Les violences faites aux femmes sont délibérées 

Eve Ensler est une activiste qui a fondé « V-Day » un mouvement global pour que cesse la violence contre les femmes et les petites filles.
J’avais traduit cet article paru le 12 juin 2010 dans The Guardian.

Il y aura certainement des gens pour penser qu’un diagnostic de cancer de l’utérus, suivi par une phase de chirurgie intense conduisant à un mois d’infections humiliantes et couronné par d’autres mois de chimiothérapie pourraient terrasser une femme. Mais, pour dire vrai, mon poison ne vient pas de là. Ce n’est pas cette pulsation-là qui me tient éveillée et me pousse à faire les cent pas jusque tard dans la nuit. Ce n’est pas cette maladie qui me plonge dans des abîmes d’obscurité et de dépression.

Bien sûr, le cancer fait peur, fait mal. Il essaie d’interrompre toute une vie, de tout remettre en question et de vous projeter directement en face de l’ultime dimension, face à la possibilité de mourir. On peut toujours s’en prendre aux Dieux et aux Déesses ; « Pourquoi ? Pourquoi maintenant ? Pourquoi moi ? » En fin de compte, nous savons bien que ces questions sont vides, absurdes. Le cancer est une épidémie. Le cancer existe depuis toujours. Ce n’est pas une question personnelle. Son choix qui se porte sur un hôte vulnérable est souvent arbitraire. C’est la vie.

Pendant des mois, des docteurs et des infirmières m’ont découpée, recousue, piquée, épuisée, scannée, radiographiée, irradiée, vidée et hydratée. Ils ont essayé d’identifier la source de mon anxiété et de soulager ma peine. Et s’ils ont pu retirer ce cancer de mon corps, traiter un abcès ici, une fièvre là, ils n’ont même pas pu s’approcher du cœur de ma maladie.

Des femmes attendent à l’entrée de l’hôpital Panzi à Bukavu (RDC) spécialisé dans le traitement des victimes de viols, le 12 novembre 2009. Photo AFP/ADIA TSHIPUKU

Il y a trois ans, La République Démocratique du Congo a envahi mon existence.
V-Day, un mouvement pour que cesse la violence contre les femmes et les petites filles, était invité pour partager l’expérience de femmes qui ont survécu à des actes de violence sexuelle dans ce pays. J’ai passé trois semaines à l’hôpital Panzi de Bukavu, où se trouvaient plus de 200 femmes en traitement. Plusieurs d’entre elles m’ont raconté l’histoire de leurs tortures de leurs viols collectifs. J’étais bouleversée. Elles m’ont parlé des conséquences, de la perte de leurs organes reproducteurs, des fistules traumatiques qui résultent de ces viols. (Une perforation entre le vagin et l’anus qui empêche la rétention de l’urine et des matières fécales) J’ai entendu l’histoire de bébés de neuf mois, de filles de huit ans, de femmes de quatre-vingt ans, humiliées et violées en public.

Nous avons voulu réagir. En donnant le pouvoir aux femmes sur le terrain, nous avons débuté une grande campagne d’information : « Le pouvoir aux femmes et aux filles de la République Démocratique du Congo ». Pour que cesse le viol de la plus grande ressource de ce pays. Nous avons créé cette campagne pour briser les tabous, organiser des conférences et des marches. Nous avons formé des activistes et des membres influents des communautés religieuses. Des représentations des Monologues du Vagin ont été jouées dans tout le pays, avec en point d’orgue une représentation spéciale devant le parlement congolais en ce mois de juin. Des activistes de V-Day ont porté cette campagne autour du monde et ils ont pu toucher les consciences et lever des fonds. Dans quelques mois, avec les femmes du Congo, nous pourrons inaugurer the City of Joy, une communauté pour les survivantes, où les femmes pourront être soignées, transformer leur douleur en une nouvelle forme de pouvoir. Nous avons aussi plaidé notre cause à Downing Street, à la Maison Blanche, au bureau du secrétaire général des Nations Unies. Nous avons crié au parlement canadien, au sénat étatsunien, au conseil de sécurité de l’ONU. Des larmes ont coulé, des promesses ont été faites avec beaucoup d’enthousiasme.

Pendant ces mois de maladie passés sur un lit d’hôpital ou chez moi alors que j’essayais de récupérer, ce sont bien les coups de téléphone et les rapports quotidiens en provenance de la RDC qui m’ont rendue malade. Les viols qui continuent. Les meurtres à la machette, les mutilations grotesques, les assassinats de défenseurs des droits humains. Tous ces crimes me donnent la nausée. Ils m’affaiblissent bien plus que les antibiotiques, les séances de chimiothérapie, ou les médicaments pour calmer la douleur. Et même si je suis affaiblie, le plus dur, c’est de savoir qu’en dépit des crimes perpétrés, de plus de 6 millions de mort et 500’000 femme torturée et violées, la communauté internationale semble amorphe. Après les visites et les promesses, on a simplement oublié la République démocratique du Congo.

 

Photo:DR Floribert Chebeya Bahizire

Il y a deux semaines à Kihshasa, Floribert Chebeya Bahizire, l’un des plus grands défenseurs des droits humains a été brutalement assassiné. Dans le même temps, la famille d’un membre du personnel de l’hôpital Panzi a été exécutée. Un garçon de 10 ans et une fille de 12 ans ont été tués par balle. Les meurtres et les viols continuent pour les femmes dans les villages. La guerre fait rage. Qui demande une protection pour la population du Congo? Qui protège les activistes pour qu’ils puissent continuer à dire la vérité ? La semaine dernière, pendant un service religieux en mémoire des victimes à Bukavu, un pasteur a crié : « Ils tuent nos mamans. Maintenant ils tuent nos enfants. Qu’avons-nous fait pour mériter cela ? Où est le monde ? »

Les atrocités commises contre le people congolais ne sont pas arbitraires, contrairement à mon cancer. Ces atrocités sont systématiques, stratégiques et intentionnelles. A leur racine, on trouve la folie cupide d’une économie mondialisée,  prête à toutes les compromissions pour voler encore plus de matières premières à une population exsangue. À la source de cet apétit insatiable, on retrouve des multinationales qui exploitent ces gisements sans états d’âme. Sans se préoccuper des génocides et des viols. Il ne s’agit pas de ça. Il s’agit d’abord de préserver leurs intérêts financiers.

J’ai de la chance. J’ai un pronostic positif qui me rend très attentive à tout ce qui permet à une personne de rester en vie. Comment survit-on au cancer ? Bien sur, il faut de bons médecins, une bonne assurance, de la chance. Mais la vraie guérison vient du fait de ne pas tomber dans l’oubli. La guérison vient de l’attention, du soin, de l’amour. La guérison vient d’un entourage aimant qui va chercher les informations pour vous, qui se lève et vous défend quand vous êtes affaibli, qui dort à côté de vous, qui refuse que vous vous laissiez aller, qui vous apporte vos repas, qui ne vous voit pas comme un malade mais bien comme un être humain et précieux. Cet entourage invente les métaphores qui vous permettent d’imaginer votre survie.
Voilà le vrai médicament, le seul médicament qui pourra guérir les hommes, les femmes et les enfants du Congo.

Le cancer est arbitraire. Les violences faites aux femmes sont délibérées (1)

Eve Ensler est une activiste qui a fondé « V-Day » un mouvement global pour que cesse la violence contre les femmes et les petites filles. J’avais traduit cet article paru le 12 juin 2010 dans The Guardian.

Il y aura certainement des gens pour penser qu’un diagnostic de cancer de l’utérus, suivi par une phase de chirurgie intense conduisant à un mois d’infections humiliantes et couronné par d’autres mois de chimiothérapie pourraient terrasser une femme. Mais, pour dire vrai, mon poison ne vient pas de là. Ce n’est pas cette pulsation-là qui me tient éveillée et me pousse à faire les cent pas jusque tard dans la nuit. Ce n’est pas cette maladie qui me plonge dans des abîmes d’obscurité et de dépression.

Bien sûr, le cancer fait peur, fait mal. Il essaie d’interrompre toute une vie, de tout remettre en question et de vous projeter directement en face de l’ultime dimension, face à la possibilité de mourir. On peut toujours s’en prendre aux Dieux et aux Déesses ; « Pourquoi ? Pourquoi maintenant ? Pourquoi moi ? » En fin de compte, nous savons bien que ces questions sont vides, absurdes. Le cancer est une épidémie. Le cancer existe depuis toujours. Ce n’est pas une question personnelle. Son choix qui se porte sur un hôte vulnérable est souvent arbitraire. C’est la vie.

Pendant des mois, des docteurs et des infirmières m’ont découpée, recousue, piquée, épuisée, scannée, radiographiée, irradiée, vidée et hydratée. Ils ont essayé d’identifier la source de mon anxiété et de soulager ma peine. Et s’ils ont pu retirer ce cancer de mon corps, traiter un abcès ici, une fièvre là, ils n’ont même pas pu s’approcher du cœur de ma maladie.

Les violences faites aux femmes sont délibérées (2)

Suite de la traduction de l’article d’Eve Ensler
Il y a trois ans, La République Démocratique du Congo a envahi mon existence.
V-Day, un mouvement pour que cesse la violence contre les femmes et les petites filles, était invité pour partager l’expérience de femmes qui ont survécu à des actes de violence sexuelle dans ce pays. J’ai passé trois semaines à l’hôpital Panzi de Bukavu, où se trouvaient plus de 200 femmes en traitement. Plusieurs d’entre elles m’ont raconté l’histoire de leurs tortures de leurs viols collectifs. J’étais bouleversée. Elles m’ont parlé des conséquences, de la perte de leurs organes reproducteurs, des fistules traumatiques qui résultent de ces viols. (Une perforation entre le vagin et l’anus qui empêche la rétention de l’urine et des matières fécales) J’ai entendu l’histoire de bébés de neuf mois, de filles de huit ans, de femmes de quatre-vingt ans, humiliées et violées en public.

Nous avons voulu réagir. En donnant le pouvoir aux femmes sur le terrain, nous avons débuté une grande campagne d’information : « Le pouvoir aux femmes et aux filles de la République Démocratique du Congo ». Pour que cesse le viol de la plus grande ressource de ce pays. Nous avons créé cette campagne pour briser les tabous, organiser des conférences et des marches. Nous avons formé des activistes et des membres influents des communautés religieuses. Des représentations des Monologues du Vagin ont été jouées dans tout le pays, avec en point d’orgue une représentation spéciale devant le parlement congolais en ce mois de juin. Des activistes de V-Day ont porté cette campagne autour du monde et ils ont pu toucher les consciences et lever des fonds. Dans quelques mois, avec les femmes du Congo, nous pourrons inaugurer the City of Joy, une communauté pour les survivantes, où les femmes pourront être soignées, transformer leur douleur en une nouvelle forme de pouvoir. Nous avons aussi plaidé notre cause à Downing Street, à la Maison Blanche, au bureau du secrétaire général des Nations Unies. Nous avons crié au parlement canadien, au sénat étatsunien, au conseil de sécurité de l’ONU. Des larmes ont coulé, des promesses ont été faites avec beaucoup d’enthousiasme.

Pendant ces mois de maladie passés sur un lit d’hôpital ou chez moi alors que j’essayais de récupérer, ce sont bien les coups de téléphone et les rapports quotidiens en provenance de la RDC qui m’ont rendue malade. Les viols qui continuent. Les meurtres à la machette, les mutilations grotesques, les assassinats de défenseurs des droits humains. Tous ces crimes me donnent la nausée. Ils m’affaiblissent bien plus que les antibiotiques, les séances de chimiothérapie, ou les médicaments pour calmer la douleur. Et même si je suis affaiblie, le plus dur, c’est de savoir qu’en dépit des crimes perpétrés, de plus de 6 millions de mort et 500’000 femme torturée et violées, la communauté internationale semble amorphe. Après les visites et les promesses, on a simplement oublié la République démocratique du Congo […]

Photo AFP/ADIA TSHIPUKU Des femmes attendent à l’entrée de l’hôpital Panzi à Bukavu (RDC) spécialisé dans le traitement des victimes de viols, le 12 novembre 2009.

Les violences faites aux femmes sont délibérées (3)

Fin de la traduction de l’article d’Eve Ensler
[…] Il y a deux semaines à Kihshasa, Floribert Chebeya Bahizire, l’un des plus grands défenseurs des droits humains a été brutalement assassiné. Dans le même temps, la famille d’un membre du personnel de l’hôpital Panzi a été exécutée. Un garçon de 10 ans et une fille de 12 ans ont été tués par balle. Les meurtres et les viols continuent pour les femmes dans les villages. La guerre fait rage. Qui demande une protection pour la population du Congo? Qui protège les activistes pour qu’ils puissent continuer à dire la vérité ? La semaine dernière, pendant un service religieux en mémoire des victimes à Bukavu, un pasteur a crié : « Ils tuent nos mamans. Maintenant ils tuent nos enfants. Qu’avons-nous fait pour mériter cela ? Où est le monde ? »

Les atrocités commises contre le people congolais ne sont pas arbitraires, contrairement à mon cancer. Ces atrocités sont systématiques, stratégiques et intentionnelles. A leur racine, on trouve la folie cupide d’une économie mondialisée,  prête à toutes les compromissions pour voler encore plus de matières premières à une population exsangue. À la source de cet apétit insatiable, on retrouve des multinationales qui exploitent ces gisements sans états d’âme. Sans se préoccuper des génocides et des viols. Il ne s’agit pas de ça. Il s’agit d’abord de préserver leurs intérêts financiers.

J’ai de la chance. J’ai un pronostic positif qui me rend très attentive à tout ce qui permet à une personne de rester en vie. Comment survit-on au cancer ? Bien sur, il faut de bons médecins, une bonne assurance, de la chance. Mais la vraie guérison vient du fait de ne pas tomber dans l’oubli. La guérison vient de l’attention, du soin, de l’amour. La guérison vient d’un entourage aimant qui va chercher les informations pour vous, qui se lève et vous défend quand vous êtes affaibli, qui dort à côté de vous, qui refuse que vous vous laissiez aller, qui vous apporte vos repas, qui ne vous voit pas comme un malade mais bien comme un être humain et précieux. Cet entourage invente les métaphores qui vous permettent d’imaginer votre survie.
Voilà le vrai médicament, le seul médicament qui pourra guérir les hommes, les femmes et les enfants du Congo.

Photo:DR Floribert Chebeya Bahizire

Prix de la Révélation littéraire, auFeminin.com

Mon roman, Les Hommes Préfèrent les Guerres, a été retenu par les membres du jury du prix auFeminin.com. Ce prix récompense la révélation littéraire de l’année et un ouvrage qui révèle un auteur au grand public.

Les nominés sont…

Carl Aderhold : Les poissons ne connaissent pas l’adultère, aux éditions Jean-Claude Lattès
Hélène Bonafous-Murat : L’ombre au tableau, aux éditions. Le Passage
Christophe Carpentier : Le parti de la jeunesse, aux éditions Denoël
Barbara Constantine : Tom petit Tom tout petit homme Tom, aux éditions Calmann-Lévy
Libar M Fofana : Le diable dévot, aux éditions Gallimard
Gérard Haller : Deux dans la nuit, aux éditions Galilée
Nicolas Hesse : Les hommes préfèrent les guerres, aux éditions Baudelaire
Emmelene Landon : La tache aveugle, aux éditions Actes Sud
Liliana Lazar : Terre des affranchis, aux éditions Gaïa
Justine Levy : Mauvaise fille, aux éditions Stock
Véronique Olmi : Le premier amour, aux éditions Grasset
Michèle Reiser : Jusqu’au bout du festin, aux éditions Albin Michel

Je  n’en suis pas encore revenu.

Les Hommes préfèrent les guerres, critiques inédites

J’ai déjà procédé à une séance d’autoglorification dans un article précédent. Mais quand même. Voici un lien qui vous amènera sur un article paru dans le blog Livraddict.
Bon d’accord. La personne qui a lu le livre a aimé. Mais surtout, elle livre une analyse détaillée de l’intrigue, des personnages et du drame humanitaire qui est le moteur de l’histoire.
Vous pouvez en profiter pour faire un tour sur le site Livraddict, rempli de critiques pertinentes sur des livres beaucoup plus intéressants que le mien.
Et après le premier article, un contrepoint sur le blog Contedefait, suivi d’un troisième avis sur les Lectures d’Élodie.
C’est vraiment Byzance!
Merci à Jess, Cynthia et Élodie.

Les Hommes préfèrent les guerres, critique inédite

J’ai déjà procédé à une séance d’auto-glorification dans un article précédent. Mais quand même, voici un lien qui vous amènera sur un article paru sur le blog de livraddict, http://www.livraddict.com/blog/?p=314
Bon d’accord. La personne qui a lu le livre a aimé. Mais surtout, elle livre une analyse détaillée de l’intrigue, des personnages et du drame humanitaire qui est le moteur de l’histoire. Donc, merci.
Vous pouvez en profiter pour faire un tour sur le site, rempli de critiques pertinentes sur des livres beaucoup plus intéressants que le mien : http://www.livraddict.com/blog/

Au salon des premières romancières: Émilie Hermant

Derrière le premier roman, il y a la première romancière ou le premier romancier.
Au salon du premier roman, nous étions plus de cinquante. Des gens qui écrivent entre deux. Entre le travail. Les enfants. La famille. Les choses à faire. La photo montre deux auteurs rencontrés à Draveil. Je commencerai par la jeune femme. Au civil, Émilie Hermant est psychologue. Elle est aussi photographe. Elle a érit un livre qui s’appelle Réveiller l’aurore.
Son histoire parle d’Alice qui apprend le piano et construit une cabane tordue dans les arbres parce que son père aime le piano et les cabanes dans les arbres. D’ailleurs, la maison familiale ressemble à une cabane en plus grand et à peine plus civilisé. À Aulne, là où est plantée la maison, Alice dispose d’un jour et demi chaque quinze jours pour « passer son entretien d’embauche » en vue de  « devenir la fille de son père ». Le reste du temps se déroule à Paris avec des soeurs plus grandes et une maman « immense et longue comme une tige ». Une maman qui va bien. Une maman qui va moins bien. Une maman qui va mal. Une maman qui souffre d’une maladie neurodégénérative rare. Le type de maladie qui peut se transmettre de mère en fille. Un jour Alice apprend qu’elle porte aussi « le mauvais gêne ». Alors, Alice se retire du monde. Alice plonge. Jusqu’au moment où elle rencontre Tahiti Douche, parfum vanille.

La musique du livre tient à la fois de la comptine, du xylophone de la maternelle, du violoncelle, de l’orgue de barbarie et du piano de Schumann. Un peu comme la voix d’Alice Rivières, née le 13 mars 1973, femme, enfant, qui voudrait bien mourir avant que la conscience ne disparaisse dans la faille génétique.
Émilie Hermant, Réveiller l’aurore, Éditions du Seuil