A Christmas Carol

Dans le cadre des échanges proposés par Les Vases Communiquants, c’est Samuel Dixneuf qui a ouvert le capot de mon blog pour essayer de rebrancher tous les fils. Devant l’ampleur de la tâche, il a préférer déposer ici ce conte de Noël sous surveillance électronique.
Vous retrouverez mon conte de Noël chez lui.

 
Il ne doit pas sortir beaucoup. Le type d’individu qui fuit la foule. Il marche rapidement. Que fait-il là ? Les images des écrans de surveillance sont saccadées. Une image par seconde en moyenne. A chaque image, le déplacement de l’individu dans le centre commercial est conséquent. Il serait possible de le calculer. Quoiqu’il en soit, il marche vite. Plus vite que les autres clients. C’est un fait.

Il est possible d’arrêter les images. De faire un gros plan. Plusieurs. Mais un seul est nécessaire. Son visage. Son regard. Exorbité, virevoltant. Fuyant. Cet homme regarde tout et partout. Curiosité ? Angoisse ? Il est en bras de chemise. Une chemise à carreaux. C’est le mois de décembre. Les autres clients sont engoncés dans de lourds habits. Le centre commercial est chauffé. Il est en bras de chemise. C’est le seul.

Il y a les vigiles. Ils vocifèrent la bouche déformée en inclinant la tête, une queue de cochon plastifiée derrière l’oreille. Si l’image de l’homme disparaît quelques secondes des écrans, il y a les vigiles. Les vigiles sont perspicaces. Les vigiles ont du métier. Ils surveillent ce qui doit être surveillé. Ils surveillent l’homme en bras de chemise. Les autres -les clients, l’homme est-il un client?- obtiennent leur bienveillante ignorance.

L’homme en bras de chemise n’achète rien. Il regarde tout et n’achète rien. Il croise les autres clients chargés de paquets et d’objets. Il a fait le tour du magasin. Il se dirige vers la sortie.

Il emprunte l’allée la moins fréquentée. Au bout de celle-ci, il y a une femme, jeune. Une poussette, et des dizaines de paquets disposés autour d’elle. Sa mère, peut-être, quelques pas plus loin. L’homme ne peut pas passer. La poussette, les paquets, la jeune femme. Il n’y a pas de place pour lui.

Sur l’écran de surveillance, pendant quelques secondes, les images livrent la même scène. La jeune femme, la poussette, les paquets étalés… Et l’homme, derrière, qui ne peut pas passer. Une rencontre insolite. La jeune femme est affairée. Elle fouille dans un grand sac. Elle ne remarque pas l’homme. Quelques secondes, et l’homme a pris une décision.

Lentement -ce court déplacement s’accorde avec les images secondes des écrans de surveillance si bien que ce déplacement apparaît fluide- il contourne les paquets, lève les jambes, passe derrière la poussette, jette un œil à son occupant -cet homme regarde tout et partout- passe derrière la poussette et devant la jeune femme -la jeune maman donc. Il est précautionneux, il se tortille, il ne veut rien toucher. Il murmure enfin, un mot d’excuse peut-être, à l’attention de la jeune femme. Elle le remarque enfin, elle lève la tête. Elle lui parle. Brièvement. Durement, semble-t-il.

L’homme en bras de chemise a repris ses grandes enjambées mais il dit quelque chose -une réponse ?- sans se retourner. Le reste est confus. Le reste se déroule très rapidement. La jeune femme se met à hurler au milieu de ses paquets en regardant dans la direction de l’homme. L’homme s’arrête soudain. Il se retourne et hurle aussi. Son visage est déformé par la haine. Les clients lèvent leurs têtes de gondole, l’air outré.

Deux vigiles -leur image a à peine le temps de se pixelliser sur l’écran de surveillance- se jettent sur l’homme en bras de chemise. Ils sont au sol. L’homme ne se débat pas. Il est évacué rapidement par une porte dérobée.

Le temps flotte encore un peu. Les clients ont l’air soulagé. Ils se regardent à peine. Puis reprennent leurs activités en silence.

Cheese ROYAL – Les Aventuriers du Saint Trou


Une enquête troublante au pays du Gruyère par Candice Nguyen / theoneshotmi & myself.

De quoi s’agit-il exactement ? Je vais laisser la parole à Candice qui va vous expliquer. Dans cette enquête, c’est elle qui a fait les photos et elle n’est pas commode, si vous voulez mon avis. Vous comprendrez mieux quand vous aurez parcouru le compte-rendu illustré de notre voyage à Gruyèreland.

Candice, c’est à toi.

Parce que les Parisiens pensent qu’il y a des trous dans le Gruyère et qu’un incident diplomatique a presque eu lieu entre la France et la Suisse, il y a quelques mois de cela, nous avons voulu rétablir la vérité concernant ce sujet hautement sensible qu’est l’existence de trous dans le Gruyère..

Nous nous sommes donc livrés, en février dernier à une enquête de terrain on ne peut plus sérieuse doit-on le dire, mêlant approches scientifique (c’est Nicolas en blouse blanche), ethnographique (moi-même diplômée d’un Master d’Ethnologie et Sociologie Comparative s’il vous plaît du peu comme c’est pompeux) et photo-journalistique. Autant dire que d’une telle conjugaison de démarches ne peut naître que quelque chose de profondément CONSTERNANT.

Aussi, il n’y a plus grand chose à rajouter pour vous décrire cette folle épopée, si ce n’est que cela a été terriblement éprouvant.

Voici donc les RÉSULTATS DE CETTE ENQUÊTE et sa révélation finale.

Post Scriptum : la compression des images est affreuse mais quand je serai grande, j’apprendrai des trucs de PAO et de machin chouette bidule.
Photographies © Candice Nguyen www.theoneshotmi.com  / texte © Nicolas Esse www.nicolasesse.com

Juan-Carlos Hernandez, photographe de l’âme

J’ai rencontré Juan-Carlos Hernandez sur Twitter. Je ne sais plus quand ni comment.

Pour Twitter, Juan-Carlos s’appelle @jchernandezjazz et c’est peut-être le mot « jazz » qui a retenu mon attention. Ou peut-être pas. Je n’y connais rien, en jazz. Donc, je m’attendais peut-être à de la musique, à un musicien, je ne sais pas. J’ai dû cliquer sur un des liens abrégés que les Twitteriens glissent parfois dans leur court message et qui vous envoient dans les endroits les plus inattendus de la toile.

Là, je suis tombé sur une photo. Des photos. En noir blanc. En couleurs aussi. Des photos de musiciens de jazz. Des images profondes comme la nuit qui racontent la fabrication des notes, le mouvement des doigts sur les cordes, les yeux qui se ferment, les rides qui se creusent ou la poussière blanche sur la porte qui mène à la scène.
Hernandez a un secret qui fait son originalité, sa marque de fabrique : avant de développer ses photos, il les trempe dans la vie pour leur donner leur véritable épaisseur. Il obtient un grain, une patine; l’équivalent du son boisé produit par 33 tours en vinyle noir. Il y a une contrebasse qui dort dans ce photographe de l’ère digitale.

Lorsque le concert est terminé, il sort regarder le monde. Il retient la lumière et le contre-jour. Il capture le mouvement d’une femme qui danse. Il regarde les paysages que les visages dessinent. Des visages, encore des visages qui aboutissent à cette image intitulée « 96 Tears ». Ces 96 larmes forment un petit ruisseau d’eau salée et teintée de Rimmel qui traverse la joue d’une femme pour s’arrêter à la base du menton.

96 larmes, et pas une de trop.

(Retrouvez Juan-Carlos Hernandez sur Twitter @jchernandezjazz ou sur son site principal, en Français, en Anglais ou en Espagnol. De là, vous découvrirez ses photos, ses articles, et les musiques qu’il partage volontiers avec ses camarades virtuels pour égayer leur quotidien.)