Les gens qui passent laissent des traces

Autour de moi une large coulée humaine inonde le trottoir.
Un flot de têtes, de jambes, de bras, de pardessus gris ou pas. De vestes. D’écharpes. De couleurs. De mouvements, de pas. Les mains dans les poches. Les mains le long du corps. Une casquette. Un chapeau. Un homme plus haut que tous les autres. Athlétique. Très grand. La foulée élastique. Le déplacement linéaire qui laisse derrière lui un remous, un sillage élancé, comme la mer se referme sur le passage d’un voilier. Une fille. Un garçon. Un regard aveugle. Un regard bouché par une paire d’écouteurs béants. Un homme enfoui sous un bonnet, sur le trottoir, adossé au mur. Le rythme. La peau. Les pardessus. Les talons qui claquent. Les mots pris à la volée dans la nappe de mots murmurés. Les silences. Une femme drapeau en imperméable rouge.
Un petit garçon pas plus haut que trois pommes qui fend une forêt de genoux.

Autour de moi la foule tiède bouge, coule, vibre. Les regards s’évitent mais les pardessus se frôlent. La chaleur des corps se propage et se mélange à ma propre chaleur. Leurs couleurs se mélangent à ma propre couleur. J’arrive au bout de la rue. Je prends à gauche. Je les quitte. J’emporte leurs odeurs, leurs murmures, l’idée d’acheter un pantalon brun.

J’emporte peut-être aussi un petit bout de leur vie, un tout petit bout d’âme pas plus haut que trois pommes.

Merci à @xavierfisselier qui cherche en vain de la lumière dans mon obscurité et que vous pouvez retrouver sur Twitter ou sur son blog, ici à gauche dans la liste des blogs à lire ou à regarder.