Le 6 mars 1978 un homme politique italien, Aldo Moro, président du parti de la Démocratie chrétienne, est enlevé à Rome par les Brigades rouges, une organisation terroriste d’extrême gauche. C’est exactement le jour où le Premier ministre italien reconnaissait pour la première fois le Parti communiste, en lui proposant un accord de gouvernement. Moro sera retrouvé mort, le 9 mai, dans une voiture volée abandonnée dans une rue secondaire de Rome.
Durant ces 55 jours de captivité, il écrira environ 80 lettres adressées au gouvernement italien, au pape, à son parti politique, à ses proches et à sa famille. Voici un extrait de la dernière lettre envoyée à sa femme peu avant son exécution.
« Ma très douce Noretta,
(…) Prends bien soin de toi et essaie de rester aussi calme que possible. Nous nous reverrons. Nous nous retrouverons. Nous resterons. Je dois te dire merci, infiniment merci, pour tout l’amour que tu m’as donné. Un amour un peu jaloux qui m’énervait quand je te voyais plongée dans un livre. Mais un amour authentique qui restera. Je prierai pour toi et tu prieras pour moi. Que Dieu aide notre famille.
En été, à la mer, demande à la famille de Riccioni de vous accompagner, toi et le petit. J’ai confié mes archives à Luca pour qu’il les vende par l’intermédiaire du sénateur Sapdolini et du docteur Guerzoni. Ce sera pour vous constituer un pécule pour faire face à vos dépenses. J’ai oublié d’en parler, mais dis-le à Guerzoni, pour les photos, que les membres de la famille et les exécuteurs testamentaires choisissent celles qui méritent d’être conservées pour la famille. Dans le grand magnétophone qui se trouve dans mon bureau, j’ai déjà transféré de courts extraits de la voix de Luca, à partir du magnétophone portable. On peut les transférer et les compléter au fur et à mesure. Les bobines sont dans notre chambre ; les films et les photos sur le bureau.
Comme petit souvenir, j’aimerais que le stylo à bille de ma robe de chambre de jour revienne à Luca qui l’aimait (et le cendrier à Giovanni), un autre marqueur marron dans la commode, à Giovanni, un stylo à bille identique au premier sur la chiffonnière, à Agnese, alors que Fida, Anna et toi pourrez choisir ce que vous voulez dans ce meuble.
Manzari, écoutez, faites en sorte d’écrire votre testament. Je vous en ai envoyé deux, j’espère qu’ils sont arrivés. Je vous renverrai une copie. N’oubliez pas de vous faire vacciner contre la grippe, si la grippe russe arrive. Faites-vous suivre par Giovanni, également en tant qu’ami. Adressez-vous à Rana pour faire vérifier la stabilité du toit au dessus de notre chambre et veillez à ce que le gaz soit bien fermé le soir. (Agnese). Pour la tombe de Torritta, au moins dans l’immédiat, il y a un risque de sécurité. Il vaudrait peut-être mieux la déplacer ailleurs (…) là-bas ou dans l’église avec une autorisation spéciale. Pour le moment, consultez peut-être Freato.
Qui sait combien de choses j’ai oubliées. Restez aussi unis que possible et gardez aussi toutes mes choses avec vous car elles vous appartiennent. J’ai tant prié La Pira, j’espère qu’il m’aidera autrement. Je vous remercie tous, parents et amis avec toute mon affection. Que Dieu nous aide.
Souviens-toi que tu a été la chose la plus importante de ma vie. Parle de moi à Luca, en passant, montre-lui quelques photos, quelques descriptions, qu’il ne se sente pas complètement sans grand-père. Et sois heureuse qu’il ne répète pas mes erreurs généreuses et naïves. »
Traduit de l’italien,
https://www.sololibri.net/Mia-dolcissima-Noretta-ultima-lettera-Aldo-Moro-prima-di-morire.html