Mille manières de partir

Qu’est-ce qui va lâcher en premier ?
Le cœur, le foie ou l’estomac ?
Ou alors ce sera un microbe,
Une bactérie sournoise au nom compliqué.

Où vont ces fines particules
Que j’aspire à long traits ?
Inspirer.
Expirer.
Le poumon se vide.
Mécanique,
Le poumon se remplit de fumée,
De la suie plus noire que la nuit
Et mon cœur sali se fatigue,
Imperceptiblement.
Systole,
Diastole,
Raconte la même histoire
Trois milliards de fois avant de s’endormir.
Mon cœur qui bat,
Est-ce que c’est toi
Qui partira le premier ?

Un bloc se détache
D’une barre de rochers.
Le choc d’une portière.
L’arrête tranchante
D’un trottoir de granit.
Le crabe aux pattes tentaculaires.
Mille manières de partir.
Mille manières de s’en aller
Voir ailleurs,
De t’arrêter,

Mon cœur.

Il suffira de partir


Vraiment?

Est-ce qu’il suffira de partir pour se laisser tomber ? Pour s’oublier en route comme on oublie un parapluie lorsque la pluie a séché ?

À partir de combien de kilomètres commence-t-on à s’oublier ?

À quelle distance du point de départ nos écailles se mettent-elles à tomber ? Combien faut-il d’années-lumière pour que tout s’efface ? Pour que tout se mette à se recommencer ?

Il suffira de partir.

Écouter le battement de la ligne pointillée que les roues écrasent sans jamais l’avaler. Suivre la trace des arbres qui s’enfuient dans le halo des phares. Longer le bord de mer. Courir sans fin après le crépuscule. Courir après un crépuscule sans fin, à la lumière d’une veilleuse, à dix-mille mètres au-dessus du sol.

Mais debout derrière les hublots des avions qui s’envolent, le soleil finit toujours par se recoucher.