Rouge eau

Le froid qui remplit la nuit n’épargne aucune peau, aucun visage, fige les lèvres remplies de crevasses ou de rouge et la pluie, la pluie tombe sur les pieds nus, glisse sous les semelles Vibram et les talons Louboutin.
Aucun parapluie n’empêchera jamais la pluie de tomber, de recouvrir le sol, goutte à goutte, par petites taches sombres sur toute la poussière de la terre, sur le sable et sur les cailloux et sur le ruban noir des autoroutes qu’elle transforme en rivières scintillantes au crépuscule des villes.
Et les flaques impassibles s’étalent doucement, posées à plat sur les tarmacs de béton triste où les tapis rouges se gorgent d’eau. Tranquilles et lisses, les flaques masquent leurs profondeurs sous un glacis de ciel gris en attendant le passage programmé du prochain escarpin.