Vus du ciel, les corps paysagent

Le contour net du lac noir s’étire, rebondit et se pince. Fait une pointe étirée vers le sommet de l’épaule où il se perd avant de redescendre en fin canal d’eau sombre qui traverse les reflets scintillants de sa peau irisée. Là,  juste à l’embouchure de l’épaule, le bras se perd et devient autre chose.

La rive nord du lac fait un arc-de-cercle. Elle se tend vers l’est pour former un cap pointu qui rejoint l’autre rive.

Vu du ciel, on dirait un étourneau en piqué vertical allongé par les forces liquides du vent.

Vue du ciel on dirait la double couronne d’un barrage appuyé au dos doré des montagnes. Vue du ciel, la ligne effilée de la bretelle allongée se perd juste au-dessus de l’épaule et se mélange aux ombres que tracent les muscles tordus de la nuque. Vu du ciel, le lac se ramifie en mille filaments d’eau grise qui suivent à la trace les mouvements de ses cheveux.

Vu du ciel, son visage brillant fait toute la course du soleil et se couche le soir tout au fond de ses bras.

Vus du ciel, les corps paysages font lever des aubes sur les matins d’été.