Le vent nous emportera

Dans ma nuit si brève, hélas
Le vent a rendez-vous avec les feuilles.
Ma nuit si  brève est remplie de l’angoisse dévastatrice
Ecoute! Entends-tu le souffle des ténèbres ?
De ce bonheur, je me sens étranger.
Au déserpoir je me suis accoutumée.
Ecoute! Entends-tu le souffle des ténèbres ?
Là, dans la nuit, quelque chose se passe
La lune est rouge et angoissée.
Et accrochés à ce toit
Qui risque de s’effondrer à tout moment,
Les nuages, comme une foule de pleureuses,
Attendent l’accouchement de la pluie,
Un instant, et puis rien.
Derrière cette fenêtre,
C’est la nuit qui tremble
Et c’est la terre qui s’arrête de tourner.
Derrière cette fenêtre, un inconnu s’inquiète
Pour moi et pour toi.
Toi, toute verdoyante,
Pose tes mains – ces souvenirs ardents –
Sur mes mains amoureuses
Et confie tes lèvres, repues de la chaleur de la vie,
Aux caresses de mes lèvres amoureuses
Le vent nous emportera!
Le vent nous emportera!

Forough Farrokhzad, poétesse iranienne. Née en  à Téhéran, 1937 – 1967.
Poème extrait de « Le vent nous emportera » un film de Abbas Kiarostami

Auteur : Nicolas Esse

Depuis 1962, je regarde les nuages qui passent avant d'aller mourir.

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