L’horoscope de la femme cancer (7ème partie)

Nous avions quitté le Prince de Galles, les pieds nus dans le gravier coupant alors qu’à l’autre extrémité, la tête subissait la loi de l’attraction universelle.

Le French Kiss a ceci de particulier qu’il fabrique de l’intimité. Le mélange des salives rapproche les hommes et les femmes quelques soient les modalités d’assemblage. D’un seul coup, Charles se rapproche de Camillus et vice et versa. Camillus ouvre la portière et Charles se glisse à l’intérieur de l’habitacle étroit. L’exigüité de l’espace ne laisse que peu de place à la conversation et voici que Camillus trouve le levier qui abaisse d’un seul coup le dossier recouvert de cuir tendre qui n’attendait que ça.
Ce qui se passe ensuite a été consigné dans les archives royales et sera déclassifié en 2060. On pourra tout de même s’émerveiller des effets calorifères de la passion qui pousse ces deux excellents jeunes hommes à risquer une fluxion de poitrine alors que trois mètres de gravier les séparent d’un palais rempli de chambres cossues et de cheminées où des fagots de bois odorant crépitent dans le soir froid de septembre.

Le dimanche qui suivit enflamma septembre des derniers feux de l’été. Ce fut comme un dernier soleil, une dernière chaleur, un dernier ciel bleu que reflétait la pelouse encore verte et brillante. L’automne chassé s’était enfui. Assis sur les chaises en fer blanc et protégés du soleil par un large parasol immaculé, Charles et Camillus terminaient une large collation en lieu et place des traditionnels gâteaux au concombre servis avec le thé. L’heure du thé n’avait pas eu lieu. Harriet s’était mise aux fourneaux en fin d’après-midi : après les heures consacrées aux plaisirs des sens et de l’esprit, le désir impérieux de nourritures terrestres avait poussé les deux hommes en direction de la cuisine où elle les avait surpris la main dans le garde-manger. Ne tolérant aucune intrusion dans son royaume, Harriet les avait chassés sans ménagement avec la promesse d’un repas solide et équilibré si les deux garnements pouvaient rester sages, l’espace d’une demi-heure, trois quarts d’heure tout au plus.

Et là, ils avaient bu, ils avaient mangé, un beau fond doré de Pure Malt local et né bien avant eux tiédissait lentement dans les verres larges à fond épais. Le soleil déclinait et les effets conjugués d’un estomac tiède et d’un cœur brûlant les remplissait d’une félicité nouvelle, d’un bonheur encore timide qui n’osait murmurer son nom.

Auteur : Nicolas Esse

Depuis 1962, je regarde les nuages qui passent avant d'aller mourir.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s