L’horoscope de la femme cancer (fin)

Nous avions laissé le Prince Charles face à sa mère en état de stupéfaction. La reine des Anglais marque un temps mort que Charles met à profit pour continuer.

Mère, je disais que Camillus et Diana sont tous deux nés sous le signe du Cancer.
Et que dois-je faire de cette insolite affirmation ?
Eh bien voilà. J’ai parlé à Camillus qui est prêt à s’exécuter pour assurer à notre royaume une descendance conforme à la règle astrale. Il a toutefois émis le vœu de limiter ses services et de ne pas aller au-delà de deux enfants. Il va de soi que tout contact phyisque avec la Princesse de Galles sera soigneusement évité. Nous utiliserons la manière artificielle.
Et ensuite, Camillus s’efface, il renonce à faire valoir ses droits sur ses futurs enfants ? Charles, votre nature excessivement romanatique vous fait une fois de plus perdre la raison. 
Mère, je connais le monde ! J’ai ici de Camillus un document signé.
– Et quand la première transaction pourrait-elle avoir lieu ?
– Dès que possible. Mais il y a une condition.
Il y a toujours une condition, Charles.
Lorsque le cadet des deux enfants aura atteint l’âge de 12 ans, le divorce sera prononcé entre Diana et moi.
Très bien, Nous signons.
Mère, il y a une deuxième condition.  Au plus tard 9 ans après le divorce, j’épouserai officiellement Camillus.
Mais c’est une obsession ! En aucun cas. Nous vous l’avons déjà dit : la constitution interdit formellement au Prince de Galles d’épouser un autre homme…
…Dès que Camillus aura mené à bien sa mission et donné à la couronne deux beaux enfants mâles et bien portants, je passerai à la dernière étape de notre plan. Camillus est encore anonyme et c’est notre chance. Nous lui inventerons un passé et une noble lignée. L’amour que je porte à Camillus est aussi fort que celui qu’il me porte. Pour que cet amour puisse vivre au grand jour, Camillus franchira le pas et se libèrera de tous les attributs de sa masculinité pour devenir pleinement ma femme.
Et Camillus est d’accord ?
Mère, voici un deuxième document signé. J’attends votre bénédiction.

La reine chausse ses lunettes de lecture et parcourt attentivement toutes les lignes sur le papier. Elle relit. Elle saisit un beau stylo à encre noire et étale en un crissement de plume son nom complet sur le document.

Voici Charles. Que Camillus se mette à l’œuvre dès à présent.

ET C’EST AINSI QUE CAMILLUS DEVINT CAMILLA.

L’horoscope de la femme cancer (7ème partie)

Nous avions quitté le Prince de Galles, les pieds nus dans le gravier coupant alors qu’à l’autre extrémité, la tête subissait la loi de l’attraction universelle.

Le French Kiss a ceci de particulier qu’il fabrique de l’intimité. Le mélange des salives rapproche les hommes et les femmes quelques soient les modalités d’assemblage. D’un seul coup, Charles se rapproche de Camillus et vice et versa. Camillus ouvre la portière et Charles se glisse à l’intérieur de l’habitacle étroit. L’exigüité de l’espace ne laisse que peu de place à la conversation et voici que Camillus trouve le levier qui abaisse d’un seul coup le dossier recouvert de cuir tendre qui n’attendait que ça.
Ce qui se passe ensuite a été consigné dans les archives royales et sera déclassifié en 2060. On pourra tout de même s’émerveiller des effets calorifères de la passion qui pousse ces deux excellents jeunes hommes à risquer une fluxion de poitrine alors que trois mètres de gravier les séparent d’un palais rempli de chambres cossues et de cheminées où des fagots de bois odorant crépitent dans le soir froid de septembre.

Le dimanche qui suivit enflamma septembre des derniers feux de l’été. Ce fut comme un dernier soleil, une dernière chaleur, un dernier ciel bleu que reflétait la pelouse encore verte et brillante. L’automne chassé s’était enfui. Assis sur les chaises en fer blanc et protégés du soleil par un large parasol immaculé, Charles et Camillus terminaient une large collation en lieu et place des traditionnels gâteaux au concombre servis avec le thé. L’heure du thé n’avait pas eu lieu. Harriet s’était mise aux fourneaux en fin d’après-midi : après les heures consacrées aux plaisirs des sens et de l’esprit, le désir impérieux de nourritures terrestres avait poussé les deux hommes en direction de la cuisine où elle les avait surpris la main dans le garde-manger. Ne tolérant aucune intrusion dans son royaume, Harriet les avait chassés sans ménagement avec la promesse d’un repas solide et équilibré si les deux garnements pouvaient rester sages, l’espace d’une demi-heure, trois quarts d’heure tout au plus.

Et là, ils avaient bu, ils avaient mangé, un beau fond doré de Pure Malt local et né bien avant eux tiédissait lentement dans les verres larges à fond épais. Le soleil déclinait et les effets conjugués d’un estomac tiède et d’un cœur brûlant les remplissait d’une félicité nouvelle, d’un bonheur encore timide qui n’osait murmurer son nom.

L’horoscope de la femme cancer (6ème partie)

Nous avions quitté Charles, Prince de Galles alors qu’il invitait Camillus à entrer dans Balmoral Castle après une interminable poignée de mains.

Comment résumer ces deux jours que les deux hommes passèrent ensemble, loin de tout et cachés aux yeux du monde par le rideau doux du brouillard écossais ? Comment dire les choses avec tact et sans heurter les sentiments délicats d’un monde pétri de conventions et avide de mariages clinquants où un prince en habit épouse une princesse suivie de sa traine et d’une horde de demoiselles d’honneur ?

Il suffira de dire que ces deux jours furent des milliers de jours. Qu’il y eut des hauts. Il y eut des bas. Il y eut des cris. Des larmes. De longues promenades dans la lande écossaise. Des discussions enflammées. Des remarques désobligeantes. Des mensonges plaisants et des vérités empoisonnées. Des reproches sanglants. Des coups de théâtre.

Il y eut ce samedi soir où l’imposante porte de chêne s’ouvrit avec fracas. Camillus en jaillit, en furie, en courant, en fuite. Les longues boucles de sa chevelure rouge éclataient dans le soir comme une bombe communiste. Trois bonds prodigieux le propulsèrent derrière le volant de son Aston Martin. Contact. La voiture s’arracha d’un seul coup projetant autour d’elle une constellation  d’étoiles de gravier. Au même moment Charles apparut, hagard et en pyjama sous le porche de l’entrée. L’Aston allait effectuer un demi-tour en direction de la forêt. Charles, les pieds nus dans la nuit, se jeta de tout son long dans le faisceau des phares. Il resta ainsi allongé, la face contre la terre, immobile, et espérant le passage de ces roues sur son corps abandonné. Les pneus gémirent et le pare-choc de l’Aston vint s’immobiliser tout contre l’oreille de ce corps étendu. À son bord, Camillus sanglotait, et ses larmes vinrent tacher la gaine de cuir doux qu’une petite main britannique avait cousue avec soin tout autour du volant. Les deux hommes restèrent ainsi et recouverts par la nuit.

Après de longues minutes, Charles se releva, les yeux rougis, son pyjama défraîchi, ses pieds fragiles déchirés par le gravier humide. Devant lui sur la gauche, la fenêtre du passager se mit à descendre lentement, au rythme de la manivelle mécanique que son propriétaire actionnait d’une main tremblante. Une odeur enivrante de cuir chaud remplit la nuit, embrasa comme une torche les sens du Prince de Galles qui se pencha malgré lui vers cette odeur de terre promise et fit passer sa tête à travers l’étroite embrasure. Au même instant, Camillus tourna vers lui son beau visage rempli de larmes. Complice, le brouillard s’approcha de la scène, les entoura de ses plus opaques volutes pour cacher au monde ce qu’il faut bien appeler un French Kiss exemplaire et plus profond que la nuit sans étoile qui les enveloppait.