Le papier torché

Entre le pouce et l’index, le contact rugueux du papier jauni : les pages des vieux Folio ont un grain épais qui ressemble à ces feuilles de papier buvard qu’on pliait en deux au temps des encriers.

Buvard, quel beau nom de papier ! Le papier qui boit ! Le papier ivre à force de gober les taches d’encre bleu de Prusse ou indigo.  Le papier torché. Qui finit par voir double, triple, imprime tout à l’envers, tête-bêche, sens dessus dessous, sans queue ni tête. Ce papier boit jusqu’à l’engorgement, messieurs-dames et ce n’est pas beau. Il passe du blanc au bleu, pour finir entièrement noir, entièrement poivre. Complètement cuit, si vous préférez.

Le buvard boit de l’encre noire, bleue ou rouge. Qu’importe l’encrier et qu’importe la plume. Le buvard buvait tout, même l’empreinte floue de mon index maculé par le bec de plume. Il fallait remettre de l’encre dans les encriers, de l’encre Pelikan bleu nuit. Il fallait passer la poussière ou nettoyer le tableau imbibé de l’odeur sèche de la craie. Dans le cartable, un plumier, des cahiers aux lignes italiques. Dans le cartable, l’eau descendue de la montagne qui ruisselle sur le sol brûlé des vignes en été.
Dans le cartable, un livre orange comme une promesse « Bien lire et aimer lire. »  

Aimer lire, c’est ce qui reste à la fin de tous les étés. 

Auteur : Nicolas Esse

Depuis 1962, je regarde les nuages qui passent avant d'aller mourir.

6 thoughts on “Le papier torché”

  1. Si l’on pouvait lire tout ce que le buvard boit…nous soûlerions nos yeux ! Le livre orange…il fait quoi là ? Euh…j’suis idiote je sais…il y a longtemps déjà que le papier a absorbé une partie de ma matière grise.

    La bise à toi Nicolas !

    1. Sais-tu que le jus d’orange défonce aussi ? Officiel. Avec quelques litres dans le sang, il paraît que tu te retrouves au-dessus de la limite autorisée pour conduire ici. Bon, on parle en litres et peut-être que la loi québécoise est plus souple sur les niveaux… Fais attention quand même et bises multiples all the way à travers l’océan.

    1. J’ai encore un cahier, les lettres calligraphiées à la plume… Aussi, aimé votre premier article et je voulais insérer votre blog dans ma liste mais on me dit qu’il n’est plus en ligne…

  2. Merci d’avoir apprécié. J’ai fermé une porte que j’ai certainement ouverte trop tôt. Pas encore prête à tant parler de l’intime. (serai-je prête un jour ?). Mais vous (tu) a(s)vez déjà un lien qui mène jusqu’à moi dans votre BLOGROLL; un lien plus léger…

    1. Une porte doit être ouverte ou… pas. J’attendrai donc sur pour que le deuxième blog vienne s’ajouter au premier sur la liste. J’ai bien une idée sur le premier, mais je suis très mauvais en devinettes.

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