La véritable origine de l’automne (7)

Trois heures du matin.

Debout sur le pas de sa porte, Dieu ensommeillé bailla immensément. Depuis deux jours, le monde qu’il avait ordonné s’était transformé en un foutoir incontrôlable. La chienlit avait pris le pouvoir et Lui, Dieu, n’avait pas trop de toute son ubiquité pour se téléporter simultanément jusqu’aux confins les plus reculés de la création. Sans cesse, il fallait parer au plus pressé, réparer sans relâche toutes les catastrophes provoquées par l’arrivée du monde animal.

Pourtant, tout était parti d’un bon sentiment.
Le jeudi soir, Dieu s’était couché avec une sensation d’intense solitude. Bien sûr, il y avait de l’eau. Bien sûr, il y avait de la terre et de l’herbe pour marcher dessus. Il y avait aussi des fleurs et le bruit que fait le vent dans les arbres; mais le soir, le vent tombe et essayez pour voir de parler à un arbre.
Le vendredi, au réveil, Dieu était sûr que son monde manquait de son. Il déposa quelques oiseaux dans les arbres et il aima le résultat. Alors, il multiplia les oiseaux. Dans les mers, il lança des poissons. Les baleines se mirent à parler aux baleines et les dauphins parlèrent aux dauphins. Enivré par la beauté de toutes ces nouvelles harmonies terrestres qui s’élevaient jusqu’à Lui, Dieu partit à la faute dès le samedi matin. Il se mit à multiplier à tort et à travers les espèces animales, juste pour entendre leur cri : le brame du cerf, le barbarouffement du lamantin, le jabotage du manchot ou le sifflement du serpent. Pour le plaisir des oreilles, Il attribua un son à chaque animal, ce qui lui permit aussi d’enrichir Son vocabulaire avec noms de cris tout aussi barrés que leurs propriétaires.

Arriva le samedi soir et Dieu eut une fulgurance. Il entrevit la possibilité d’attribuer plusieurs sons au même animal. L’importance de cette découverte L’amena à un point d’excitation jamais atteint sur l’échelle de Dieu. Il se mit fébrilement au travail. En fin de soirée, Il avait inventé Adam, le premier animal parlant. Adam lui dit qu’il avait faim et Dieu alla chercher du foin. Adam dit qu’il n’aimait pas le foin. Dieu dit qu’Adam était bien difficile et lui offrit des cerises pour faire passer le foin. Adam se goinfra de cerises. Ensuite, repu, il voulut parler à quelqu’un. Dieu lui dit que ça n’allait pas être possible, alors Adam se roula par terre en poussant des cris affreux. Dieu qui commençait à s’énerver vit du coin de l’œil Satan allongé à la fraîche sur une pierre plate. Alors, ni une, ni deux, Dieu prit le serpent par la peau du cou et lui enfonça dans la gorge l’usage de la parole.

C’est ainsi que Satan s’était mis à parler avec Adam.

Auteur : Nicolas Esse

Depuis 1962, je regarde les nuages qui passent avant d'aller mourir.

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