La véritable origine de l’automne (28)

Adam menaçant avança d’un pas.

– Ah ben voilà autre chose : c’est toi qui me tutoies maintenant ! Et la permission, tu as demandé la permission ? Parce que ton histoire de cochons, ça marche dans les deux sens, non ? Et je me souviens pas d’avoir gardé les tiens de cochons ? Je t’ai pas croisée dans la porcherie et le porcher, il ne nous a pas présentés, il me semble. Alors, un peu de politesse s’il te plaît. D’abord : c’est TOI qui me demandes la permission de ME tutoyer.

– D’abord il faudra un grand bain.

– Non, non, tu peux rester comme ça, c’est juste tes cheveux. Il faut les couper.

– Non. C’est toi qui as besoin d’un grand bain. Un grand bain c’est très utile après une longue nuit de sommeil. C’est tonique, très bon pour la peau. Et surtout, ça nettoie; ça élimine les mauvaises odeurs.

– Les mauvaises odeurs ! Quelles mauvaises odeurs ?

– Les odeurs du mâle qui a transpiré, tu vois ? Les odeurs d’aisselles et de pieds. Et l’haleine chargée, aussi. On dirait que tu as dormi dans une caverne avec des sangliers.

Adam leva un coude et inclina la tête pour poser son nez dans le creux de son bras. Il inspira longuement, releva la tête, refit le geste et inspira de nouveau.

– Je ne sens rien. Aucune odeur. C’est sûrement toi qui fouettes. Tu t’es lavée quand ?

À cet instant précis, un coup de vent léger se déploya dans l’air tiède et vint soulever délicatement les lourdes boucles déployées dans le dos d’Ève, les fit glisser par-dessus une épaule et les déploya en gerbe sur sa poitrine. Le vent, qui avait de la suite dans les idées, se glissa sous le manteau que Dieu avait taillé, s’amusa un peu à le faire onduler, saisit délicatement un des pans découpés et le retroussa jusqu’à la ceinture qu’Ève avait nouée au-dessus de la taille. D’un seul bond, Adam avait fait le tour d’Ève. Debout derrière elle, il découvrit enfin tout le déroulé de la pente vertigineuse qui tombait en cascade fluide dans le delta étroit qui surplombait ce séant de terre promise.

Auteur : Nicolas Esse

Depuis 1962, je regarde les nuages qui passent avant d'aller mourir.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s