Notre obsolescence programmée

Ils installent leurs appareils de mesure à l’intérieur de nos crânes.

Sur leurs écrans en temps réel, ce qui se passe est infiniment petit, insaisissable, à peine quantifiable. Leurs capteurs sont encore trop patauds pour saisir l’imperceptible variation du flux électrique, l’altération minuscule de la composition chimique, l’espace de temps lové dans la milliseconde où un message inconnu a provoqué une réaction entre deux cellules nerveuses quelque part, ils ne savent pas encore où, dans mille milliards de galeries aux méandres mouvants qu’ils voudraient saisir au fond de leurs éprouvettes, mais la matière trop molle leur glisse entre les doigts.

Alors, ils s’énervent. Ils changent leurs doigts. Ils inventent une sonde liquide, un nouveau capteur, une caméra infime et pilotée par ordinateur. Un jour, ils voyageront dans notre tête. Un jour, ils craqueront le code et perceront le cœur du programme. À partir de ce jour-là, bien sûr, nous ne serons plus jamais malades, plus jamais vieux et même, nous ne serons plus jamais malheureux.

Un jour, ils remplaceront notre mort par un interrupteur.

Auteur : Nicolas Esse

Depuis 1962, je regarde les nuages qui passent avant d'aller mourir.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s