De la terre

Je viens de la terre,
Des ardoises au dos plat qui se brisent
Et éclatent sous les coups du soleil.
Je viens de la terre,
Du parfum des cailloux retournés,
De la terre éventrée au fil du métal,
Du sillon pointu tracé entre deux lignes
Entre les deux versants d’une vallée fragile
Tirée à la charrue dans le sol de la vigne.

Je viens de la terre,
De la trace que creuse l’eau rectiligne
Dans le flanc tranquille du versant des montagnes.
Du trait liquide et bleu-argent
Qui relie le ciel au glacier,
Le glacier à la terre
Et la terre à la mer.

Je viens de la terre,
Du clair-obscur de la forêt.
Au cœur du tronc le bois craque
Et les branches frissonnent
Sans le moindre souffle de vent.
L’arbre s’étend dans un murmure,
Exhale un soupir doux
Et lisse comme de la soie.

Couché dans le noir, les yeux fermés,
J’écoute le bruit de l’été.
Au-dessous coule une rivière,
Au-dessus, les balcons du ciel
Et les vaches qui broutent en silence
De l’autre côté de la barrière.

Je m’éteindrai dans un murmure
Et mon soupir comme de la soie
Formera un pli au creux des draps.
Couché dans le soir,
Les yeux grands ouverts,
Sous les sapins qui dansent au bord de la rivière,
Je verrai passer mon ombre légère,
À pied ou à vélo,
Dans la courbe à gauche en pente légère
Qui longe la haie de mon cimetière.

Auteur : Nicolas Esse

Depuis 1962, je regarde les nuages qui passent avant d'aller mourir.

1 thought on “De la terre”

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