Retrouver la nuit

Bleue,
la peau fragile du ciel quand le soir tombe indéfiniment au fond du mois de juin.

Bleu. Marine. Oultremer. Indigo. Délavé. Délayé. Bleu cobalt voisin de minuit. Les contours s’effacent et se noient pendant que le jour se dilue dans un pot d’encre bleue. De la mer, on n’entend plus que le frottement de l’écume sur le crin blafard des bancs de sable étendus sous la lune.
Les yeux fermés, on dirait le vent.
Les yeux ouverts, il y a trop de lumière, toujours trop de lumière ; le tracé des routes qu’on souligne à grands traits de lampadaires, les néons roses et les phares blancs. Les feux rouges. Les monuments qu’on illumine. Par intermittence, au travers des meurtrières percées dans les barres des immeubles, le scintillement saccadé des postes de télévision. Au sommet des montagnes les lueurs de la ville. Au bord de l’eau, les guirlandes édentées d’une station balnéaire qui brillent comme une enseigne de boxon fatigué.

Nous avons perdu la nuit, ses mains en coupole autour de la terre, ses mains en bandeau sur nos yeux douloureux, écarquillés, condamnés pour toujours à rêver éveillés.

Auteur : Nicolas Esse

Depuis 1962, je regarde les nuages qui passent avant d'aller mourir.

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