Lettre à Harley

Chère Harley-Davidson.

Ton dernier message me parvient à l’instant. Succinct et sibyllin à la fois. C’est tout toi.

Un trajet ne doit jamais devenir une routine.

Tu sais que tu tiens quelque chose là ? Genre réenchanter la vie ou un truc du même tonneau. En voyant la suite de ta lettre, j’aurais même écrit :
Un trajet n’est jamais le même trajet.
Tu vois, on serait passé d’une formulation plutôt passive, où l’habitude vient peu à peu émousser le sens de l’émerveillement, à quelque chose de plus actif qui colle beaucoup mieux avec la tonalité de la phrase suivante.

Une route n’est pas une une juste route.

J’ai tout de suite pensé à Magritte, ceci n’est pas une pipe, mais je sais bien que tu parles d’autre chose. Des étendues de rêve déployées entre l’objet route et son essence. D’un côté une bande asphaltée. De l’autre le support de tous nos voyages fantasmés au guidon d’une moto ruisselante de chromes et d’huile à peine tiédie par les ardeurs de tous ses cylindres frémissants à l’idée de partir. Demain.
Demain qui est plus que demain.

Demain est un autre jour.

En même temps, il y a peu de chances que demain soit aujourd’hui, hier ou après-demain. Si c’était le cas, on se retrouverait dans Un Jour Sans Fin, film où Bill Murray reste coincé dans une boucle spatio-temporelle et voit toutes ses tentatives de suicide se solder par une agaçante résurrection. Alors, oui, nous pouvons affirmer avec certitude que demain est un autre jour et que Bill Murray est avec nous.
Et qu’il nous tient la main.
Pour aller plus loin.

Allez plus loin.

Cette injonction n’est pas sans rappeler le cri du cœur de Tina Arena dans  Aller plus haut, chanson dont le texte épouse les contours racés de tes formes grammaticales, chère Harley, notamment dans le passage qui suit :

Pour aller plus haut
Aller plus haut
Où l’on oublie ses souvenirs
Aller plus haut
Aller plus haut
Se rapprocher de l’avenir

Ainsi, après avoir abandonné la routine sur les bas-côtés des routes ordinaires, j’irai avec toi retrouver demain.
Plus loin.
Plus haut.
Poil au vélo.

Bien à toi,
Nicolas

Auteur : Nicolas Esse

Depuis 1962, je regarde les nuages qui passent avant d'aller mourir.

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