La véritable histoire de l’automne (24)

Je flottais dans la lumière juste au-dessus de l’eau. Je ne me souviens pas d’avoir eu froid ou d’avoir eu chaud. Je flottais, c’est tout. Maintenant, sous mes pieds, il y a la terre, le sable qui est encore frais. Sous mes pieds, il y a le matin. Je suis la première femme.
La première femme ?
Est-ce que ça veut dire qu’il n’y en aura plus jamais d’autre ? Je n’ai pas envie d’être la première, ni la dernière, pas envie de voir mon nom inscrit quelque part.

J’aimerais juste aller me promener.

Je n’ai pas envie d’attendre, attendre quoi, d’ailleurs ? Que cet homme allongé se réveille ? Qu’il se mette à parler ? Parler de quoi ? Je n’ai pas aucune envie de parler avec lui. Ni avec personne d’autre. Ève, je trouve ça ridicule, je n’aime pas ce prénom. Je ne suis pas un rêve. J’ai de la chair autour des os. Mes deux pieds sont plantés dans la terre. Je n’ai pas froid et mon ventre me dit qu’il faudra bientôt que je mange. Mon ventre a faim et mes jambes s’impatientent.
Je n’ai pas envie de parler.
J’ai envie de partir.

J’ai juste envie de marcher.

La véritable histoire de l’automne (23)

– Personne ne m’attend et je n’attends personne.

Elle se tenait droite dans le petit matin. Droite. Dieu pensa qu’elle devait être plus grande qu’Adam. Plus droite. Elle n’avait pas l’air surprise, non, elle n’avait pas l’air d’avoir peur, ni d’avoir faim ou froid. Elle était là, c’est tout. Solidement prise dans les plis flottants de son manteau. Dieu la regarda intensément. Elle ne faisait pas partie du plan et pourtant Il avait l’impression de l’avoir déjà vue, rencontrée quelque part, cette figure de proue aux cheveux d’argent. Quelque part, mais où et dans quel autre rêve ? Elle restait là en silence; elle n’avait pas d’autre question. Dieu reprit.

– Toi qui es sortie de mon rêve, il faudra que Je te trouve un nom… Rêve, ce serait un joli nom.

– Je ne suis pas un rêve. Autour des os, j’ai de la chair.

– Avec Ève, Je garderai un bout de rêve autour de tes os.  

– Et comment s’appelle cet homme qui m’attend ?

– Lui, c’est Adam, l’homme que J’ai façonné dans la glaise.

– Et moi, je suis quoi ?

– Toi tu es la première femme.

– Et quel est le lien avec Adam ?

– Vous êtes semblables et vous êtes différents.

– Dans mes rêves, il n’y a pas d’eau pour se mélanger à la terre.

– Dans la glaise Je vois le mouvement des corps immobiles.

– Moi je vois de la terre mélangée à de l’eau. Le soleil va bientôt se lever.

– Moi, Je vais retrouver tous les endroits du monde.  Adam va bientôt se réveiller.