On va pas se mentir, l’attente est interminable, le suspense insoutenable. On est là, figés, transis, l’oreille collée au transistor. Les nouvelles se succèdent aux nouvelles, attaques, contre-attaques, pétrole en hausse, vue qui baisse et la mort qui vient sans avoir de réponse à cette angoissante question :
mais qui sera donc le prochain James Bond ?
Des noms circulent, aussitôt suivis d’une pluie de démentis, non, ce ne sera pas monsieur Dumoulin, encore moins monsieur Müller ou monsieur Smith. La production cherche, la production n’a pas encore décidé quel monsieur pourra empêcher le vilain d’appuyer sur le bouton de l’apocalypse atomique.
Et c’est justement là que le bât blesse, dans tous ces messieurs, il n’y a jamais de madame.
Je dis non.
Qu’on élargisse dès maintenant le champ des investigations pour inclure l’autre cinquante pour-cent de la population. Vous hésitez, chers producteurs, alors, faisons vibrer votre corde sensible. Parlons pognon. Une James Bond vous donnera un accès illimité à un nouveau groupe-cible peu attiré par les bellâtres aux mâchoires carrées. Imaginez-là un peu, cette femme en costume trois-pièces sautant d’un train en marche, défouraillant à tout-va pour dézinguer tous les méchants. Le soir, après avoir sauvé le monde, elle laisse les clés de l’Aston au concierge, monte dans sa chambre, fait de la lumière et découvre un Bond Boy allongé sur le lit et prêt à l’emploi.
Vous le voyez, le changement de paradigme ?
L’affiche ? La bande-annonce ? Et devant la caisse, la foule immense des nouvelles spectatrices ? Alors, qu’attendez-vous, chers producteurs ? Humez ce coffre rempli de nouveaux billets, cette odeur d’encre encore humide étalée sur du papier à peine pressé.
Alors, mettez-vous à la table.
Faites vos jeux.
Un Vesper Martini
Sous des ongles carmin.
Votre jackpot.
À portée de main.