Marylin dans une moitié de robe


Director John HUSTON and Marilyn MONROE during the filming of « The Misfits »
Le réalisateur John Huston et Marylin Monroe sur le tournage des « Désaxés »

Sur la fiche technique de l’agence Magnum, la légende indique que  la photo a été prise en 1960 par Bruce Davidson, Reno, Nevada, USA. Pour faciliter les recherches des internautes, l’image a été taguée avec les termes : Cowboy hat, Dress, Exterior, Film shoot, Man 45 to 60 years, Monroe Marilyn, Seated, White people, Woman 25 to 25 years. Ce qui veut dire que si, dans le moteur de recherches, on entre les mots-clés : chapeau de cowboy, robe, extérieur, tournage de film, homme de 45 à 60 ans, Monroe Marylin, assis, personnes de race blanche, femme de 25 à 45 ans, on arrive sur cette image en noir et blanc où John Huston porte un chapeau de cowboy et Marylin Monroe a 34 ans.

Au premier plan, à droite, un coude bronzé émerge de la manche d’une chemise blanche. Ce coude ressemble à celui d’Arthur Miller, l’écrivain qui a écrit le scénario et qui a peut-être déjà rencontré Inge Morath, une autre photographe de l’agence Magnum, venue en reportage sur le tournage du film. En 1960, Miller est encore l’époux de Marylin Monroe. En 1961, ce sera le divorce. En 1962, Ruth remplacera Marylin sur les registres de l’état-civil.

À l’arrière-plan, à gauche, une main noueuse et remplie de veines fait ressortir le cylindre blanc d’une cigarette.

Deux hommes, de part et d’autre de l’image. Deux hommes debout et coupés au milieu du tronc.  D’un côté, Arthur Miller qui note à la hâte sur son carnet le nom d’Inge Morath. De l’autre, les abdominaux vieillissants de Clark Gable peut-être, avec, dans sa main droite une cigarette qui attend une allumette. Un peu plus loin, un gobelet de café.

Boire ou fumer.

Le troisième homme est assis sur le deck.  John Huston, sa tête allongée sous un chapeau de cowboy, un peu surpris et à-demi amusé, lève les yeux vers l’objectif pour l’interroger : qu’est-ce que tu veux de moi ? Est-ce que tu devrais être là ? Peut-être que ce n’est pas le moment. Je suis assis par terre et ce chapeau, je ne sais pas, ce chapeau est trop lisse et trop blanc. On dirait un chapeau de femme et moi je suis le réalisateur à tête d’Indien. Le désert a brûlé mon visage et j’ai l’air d’être dur. J’ai l’air d’avoir vécu. Alors, je me demande si ce chapeau ne va pas faire tache dans le reportage. Bruce, tu nous ennuies, arrête avec tes photos.

Bruce, dans son viseur voit une composition. Deux colonnes mâles, noueuses et indifférentes qui encadrent une forme claire, la frôlent sans jamais la toucher, sans jamais la regarder. Sous les cheveux platine, on dirait deux paires de jambes qui s’accrochent aux plis d’une robe blanche remplie de cerises qu’on ne trouve jamais en été.

Trois hommes verticaux et projetés vers le monde. Au milieu, dans une moitié de robe, une femme, le regard enfoncé dans le sol. Marylin, toujours à distance et toujours à portée de mains.

Marylin pliée en deux, prise dans l’étau des hommes qui l’enserrent à jamais sans jamais la toucher.

Marylin Monroe, Fragments

« Where his eyes rest with pleasure – I
Want to still be – but time has changed
The hold of that glance.
Alas now will I cope when I am
Even less youthful –

I seek joy but it is clothed
with pain
Take heart as in my youth
Sleep and rest my heavy head
On his breast – for still my love
Sleeps beside me. »

Là où ses yeux se reposent avec plaisir – je
veux encore rester – mais les temps ont changé
L’emprise de ce regard.
Hélas, comment vais-je m’en sortir quand je serai
Encore moins jeune –

Je recherche la joie mais elle est habillée
De douleur
Avoir confiance, comme dans ma jeunesse
Dormir et reposer ma lourde tête
Sur sa poitrine – puisque que mon amour
Dort encore à côté de moi.

Marylin Monroe, Fragments, Editions du Seuil 2010