Un peu de poussière grise

Sur les flancs de l’armoire, un voile à demi transparent estompe les contours, adoucit les angles et éteint les éclats de lumière déposés sur une couche de vernis trop brillant.

La poussière finit par tout recouvrir, les choses, les gens, les heures noires ou blondes, les films en couleurs ou les photos noir et blanc. L’accumulation douce des flocons de secondes forme une couche de distance feutrée, ouatée, qui amortit l’impact des coups et des chutes trop brutales sur le sol tranchant.
L’impact des larmes aussi, sur la surface mate du fond de la tristesse ou sur la dernière marche avant le bonheur, peu importe finalement.

On appliquera chaque jour sur nos visages une solution de poussière grise pour désinfecter les plaies trop vives, colmater les rides et atténuer la douleur des cicatrices qui résistent à l’épreuve du temps.