Une femme qui dort

C’est beau une femme qui dort.

Ça tient du chat et de l’eau claire. D’un champ d’herbes hautes parcouru par le vent. C’est immobile et fluide, hiératique et ondulant.

Une femme dort, sur le dos. Son profil calé dans un creux de la nuit. Tendu comme une balle. Et son menton dressé défie les lois du sommeil.

Une femme dort, sur le côté. Sa nuque reliée par un fil souple à l’oblique des épaules. Plus loin, un peu plus bas dans le creux des hanches, un point d’inflexion capte la lumière que la pénombre trouve en cherchant son chemin dans le noir.

Une femme dort, paupières fermées. Paisible. Apaisée. Ses mains bien à plat, posées le long du corps. Un éclat de jambe offert au regard bleu-gris de la nuit souris. Le brouillard monte de la vallée. Tout se fond et se dilue dans la lumière des réverbères. Tout s’efface.

Tout s’efface.

Tout s’efface enfin.