La crise financière pour les nuls

Putain, déjà une année!

Vous vous souvenez ? La crise financière! Les banques jusqu’aux genoux dans la Bérézina. Le capitalisme au bord du hara-kiri ? Il y avait eu un ennui. Les banquiers avaient dépassé beaucoup trop d’argent. Ouh là là. Il y avait comme un gouffre, un immense trou dans les coffres. Alors vous avez été réquisitionnés pour mettre votre argent dans le trou. Des tas de milliards. Aujourd’hui, heureusement,  les banquiers respirent la santé et la joie de vivre. Ils achètent des Bentleys par brouettes entières. Et vous, vous attendez qu’on vous rembourse votre pognon. Mais voilà. Ca va pas être possible ma bonne dame. Le pognon, il est plus là. Disparu.

Alors là, c’est le comble. Vous exigez des explications, vous demandez à voir le banquier. Il n’est pas là. En conférence à Davos où il « redessine le monde de l’après-crise. »* Vous insistez. La secrétaire vous envoie le porte-parole de la banque. Il va tout vous  expliquer. Il arrive dans son costume anthracite et un brushing en platine. Il s’assied en face de vous. Il a le regard clair et la mâchoire tranchante. Les mains rasées de près. Et une montre grosse comme le poing. Un enfant de deux ans lui tendrait sans hésiter ses petites menottes pour lui confier sa tirelire. Et lui, la prendrait sans hésiter. Laissez venir à moi les petits enfants.

L’expert entame son explication. Pendant qu’il parle et donne tous les détails du casse du siècle, je fais un résumé, on n’a pas que ça à faire, il faut aller bosser huit heures par jour, et même plus.
Alors, résumé. Les banques vous empruntent de l’argent, ou alors, à l’État, mais l’État c’est vous. À 0%. De l’argent gratuit. Ensuite, elles revendent cet argent à 5, 7, 10, 15, 20% pour que vous puissiez acheter des écrans plats ou des maisons en forme de camembert pas mûr. Quelques fois, elles montent jusqu’à 30, voir plus %, en faisant des trucs un peu plus compliqués, mais le principe reste le même. Vous suivez ? C’est simple. La banque achète de l’argent gratuit et le revend jusqu’à, disons 40% plus cher. Après, la banque veut gagner un gros tas de fric et propose à tout le monde d’acheter une maison. Les gens se disent « Ah ouais, génial! » et achètent une maison. Après ils font les comptes, des fois ils perdent leur emploi et tout à coup ils ne peuvent plus rien payer du tout, surtout pas les 40% supplémentaires. La banque s’en fout. Elle veut son pognon. Pas de pognon ? Pas de maison! Dehors! Et tout à coup, des tas de gens se retrouvent dehors, sans pognon. Et après, c’est les banques qui se retrouvent sans pognon. Et après, c’est la crise financière mondiale. À la fin, on prend le pognon qui vous reste pour le donner aux banques, parce qu’un monde sans banque, c’est comme un bonhomme de neige sans poisson rouge.

Voilà en gros le résumé de l’histoire. Mais les banquiers sont des gens extrêmement soucieux de leur réputation. Ils ont de grands bureaux en bois d’acajou et on n’est pas là pour rigoler. Alors, pour que personne ne comprenne comment le pognon a disparu, les banquiers ont inventé de nouvelles histoires et des mots nouveaux et abscons, des expressions comme « too big to fail », « actifs toxiques, « illiquide » ou « risque systémique ».
Moi, j’ai beaucoup aimé illiquide, aussi clair-obscur qu’une peinture du Caravage. Heureusement que Wikipedia nous apprend qu’illiquide vient de liquide avec le préfixe privatif « il ». Un adjectif pour dire : « qui ne permet pas une conversion facile en argent liquide. » Wikipedia se doute qu’on n’a pas compris et se fend d’un exemple pour éclairer nos lanternes : « Au quatrième trimestre 2008, Crédit agricole SA a accusé une perte de 309 millions d’euros, qui aurait été plus profonde si le groupe n’avait pas, comme ses concurrents, reclassé certains de ses actifs illiquides. »
Vous saisissez mal le langage technico-financier.  Alors, je traduis en langage pour tous les jours. Illiquide, c’est quand un banquier prend un bout de papier anonyme. Il imprime dessus de très jolis dessins en quadrichromie. Il met une couche de tampons officiels. Une couche de signatures officielles. C’est très beau. Ensuite, il dit que le papier vaut de l’argent mais c’est juste pour rire, on dirait qu’il fait semblant. Exactement comme quand on imprime des faux-billets. Je me demande bien qui a donné la permission d’en fabriquer au kilomètre, du papier illiquide, qui se reclasse mais ne se revend pas.

En plus, avec toutes ces encres toxiques, on peut même pas se torcher avec. 

* »Redessiner le monde de l’après-crise » était le thème officiel du World Economic Forum de Davos en 2010. En gros, les banquiers qui ont organisé cette petite crise financière mondiale se sont retrouvés à Davos pour organiser la prochaine crise financière mondiale.

Auteur : Nicolas Esse

Depuis 1962, je regarde les nuages qui passent avant d'aller mourir.

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