Avant, c’était pareil.
Tout à coup, il pleuvait et on n’avait pas de parapluie. Sur nos têtes on mettait nos pardessus ou un journal ouvert en forme de toit, n’importe quoi pour garder nos cheveux au sec.
Le reste on s’en fichait.
Mi-novembre, la neige tombait. Les automobilistes voulaient quand même rouler sur leurs pneus d’été, ils partaient en glissades et en têtes-à-queues. Dans les montées on entendait leurs moteurs s’emballer, leurs roues tourner de plus en plus vite, leurs véhicules immobiles pourtant, avant de reculer en zigzaguant.
En fait, on n’était jamais sûr de rien, on pensait tout connaitre des hautes pressions, du Gulf Stream et des anticyclones. Survitaminés, nos ordinateurs ingurgitaient des milliards de données et régurgitaient le tout en simulations tri-dimensionnelles où les orages explosaient à la seconde près. Mais on n’avait jamais pu obliger une goute d’eau a rester dans son nuage, encore moins indiquer à la foudre le meilleur moment pour tomber.
Mois : juin 2026
La mer s’en fout
La mer se fout de tout.
Du ciel. De la terre. De nous. De nous surtout. Petits, sales, infiniment négligeables au regard d’une vague.
Le ciel, les nuages, les avions de passage, les porte-containers et nos ambres solaires glissent sur elle sans jamais altérer les plis de sa surface. Aucune ride, pas la moindre trace.
Le soleil s’y attarde les soirs d’été avant de s’y noyer. Il revient le lendemain, la mer n’a pas changé.
La mer n’en a vraiment rien à foutre de nos salades, de nos conflits mesquins et des tonnes de merde qu’on lui fait avaler. Viendra le jour où nous mourrons faute d’air, faute d’eau et de terre.
La mer s’en fout.
Elle continuera sans nous.