L’horoscope de la femme cancer (2ème partie)

Nous avions quitté Buckingham Palace alors que Big Ben sonnait cinq coups. (Voir plus bas.)

La reine Elizabeth boit son thé. Diana, le regard dans le vague repousse d’un geste las la tasse posée sur un plateau d’argent qu’un majordome empesé tient entre le pouce et l’index. Charles réfléchit intensément. Il faut faire un enfant. Il se souvient de cet adolescent à l’allure vénitienne rencontré sur les champs de courses. Ce camarade aux épaules fuselées et à la longue chevelure bouclée. Son esprit s’envole. Il revoit les poursuites infinies dans les lueurs pâles de l’automne. Deux adolescents en fleurs montés sur des chevaux fous que les premières brumes exaltent. Et un soir, ce moment unique aux lunes où Charles malgré lui tendit une main peureuse vers cette toison dorée pour en éprouver le maintien, les doigts perdus dans les lourdes boucles rousses qui flamboyaient encore au cœur de la nuit. Charles a une bouffée de chaleur. Il a besoin de ces cheveux lourds, de ce regard bleu qui vire au vert. C’est une souffrance presque immédiate. Il manque à son cœur une moitié de son cœur. Charles appuie sur un bouton. Il se lève, marche jusqu’à la fenêtre où il attend droit et mélancolique aussi.

– Monsieur a appelé ?
– Soames, vous souvenez-vous de Mr Parker, vous savez, ce jeune homme qui montait à cru Sameson, cette jument écossaise ?
– Monsieur, comment pourrai-je l’avoir oublié ? Un si beau maintien, un port de tête royal, si je peux m’exprimer en ces termes.
– Certes Soames. Certes. Voilà des années que nous ne nous sommes plus rencontrés et je me demandais si le temps n’était pas venu de l’inviter pour un week-end de chasse à Balmoral. Je voudrais le revoir, revoir ses boucles cuivrées que le temps a peut-être préservées de l’outrage du temps. Voyez-vous Soames, le souvenir de ces longues chevauchées dans la brume dorée de l’automne fait remonter le poète en moi.
– Monsieur, je vais de ce pas consulter votre emploi du temps et contacter Mr Parker. Septembre arrive, la saison de la chasse et du saumon, la saison des feux de cheminées roux, la saison où le soleil rouge meurt assassiné.
– Eh bien, mon bon Soames, après ces considérations saisonnières, je vous laisse prendre langue avec mon excellent ami que j’ai hâte de retrouver en tête à tête. Prévenez la Princesse de Galles que je ne serai pas disponible durant le week-end en question. Et je reprendrais une tasse de thé, s’il vous plait.

Tea break two.

Auteur : Nicolas Esse

Depuis 1962, je regarde les nuages qui passent avant d'aller mourir.

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