Troisième promenade (1) : entre le chaud et le froid.

Habillez-vous! Il fait froid.

Mes promenades ne sont pas des promenades de santé. Mettez vos bottes. Chaussez vos gants. Nous allons sortir. Laisser le feu. Laisser les flammes qui dansent.
Les flammes qui dansent.

Vous êtes prêts ? Je vous vois sourire de ce luxe de précautions. Fait-il si froid ? Vraiment ? Vraiment ? Pour le savoir, il suffira de sortir. Alors, allons-y. Ouvrons la porte. En passant le seuil, il y a un moment de transition. Comme à l’entrée des grands magasins où l’air pulsé sépare verticalement le dehors du dedans.
Un moment tiède encore.

La porte se referme et vous faites un pas. 40 centimètres de déplacement horizontal vous plaquent à la surface du froid opaque. Un froid hérissé de mille pointes de silex qui grêlent votre visage. Vous avez baissé la tête et rentré les épaules. Encore tiède du souvenir du foie gras, des viandes riches et du vin rouge profond, votre estomac se rétracte. Se met en boule. Fait un nœud dur et bien serré.
Nous sommes un 31 décembre.
Il y avait à manger et à boire. Un feu de cheminée lorsque minuit est arrivé. Embrassades. Accolades. Et là, il fait moins vingt degrés. Vous avez un peu trop mangé. Vous avez un peu trop bu. Le froid vous serre la tête, le froid vous taille les tempes. Un début de lune découpe la silhouette sombre de ce boyau étroit et taillé dans la neige. Qu’attendez-vous ? Nous n’allons pas prendre racine. Vous avez trop mangé et trop bu. Le froid s’occupera de ça. Le froid figera le foie gras. Le froid dissipera les brumes du Sauternes, toutes les vagues du Bordeaux. Alors, on y va ? Engagez vous entre les deux murs de neige. Je sais, je sais, il fait très froid. Mais vous verrez. Une petite demi-heure de marche à moins vingt degrés centigrades et vous aurez retrouvé votre état normal. Votre état minéral.

Au-dessus de nous, piquées partout dans le ciel noir, les étoiles clignotent.
Au-dessus de nous, de l’autre côté du ciel noir, même les étoiles grelottent.

Auteur : Nicolas Esse

Depuis 1962, je regarde les nuages qui passent avant d'aller mourir.

4 thoughts on “Troisième promenade (1) : entre le chaud et le froid.”

  1. c’est que j’adore ce quand tu écris les beaux moments qu’on vit et qu’on ne sait pas vraiment décrire: l’intensité de ces sentiments ou juste la brise qui nous passa par les cheveux !

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