À la surface du temps qui passe

Trente ou quarante degrés allongent les ombres jusqu’au bout de l’été.

Le soleil se lève et se couche, infléchit sa course, imperceptiblement, glisse sur la surface lisse du temps qui passe, immobile et indifférent. Jour après jour le soleil glisse vers la gauche. La terre penche, la terre tangue jusqu’au début de l’hiver, jusqu’au soir où le soleil reprend pied sur la surface de la terre et tout se met à pencher de l’autre côté.

Trente ou quarante années s’allongent à l’ombre de l’été. Les solstices défilent, imperturbablement. Est-ce que demain il fera beau? Va-t-il neiger ou pleuvoir et qu’est-ce qu’on va faire à manger? Le réveil sonne, il  est six heures trente-cinq ce matin, le matin suivant et tous les autres matins. Il pleut ou il ne pleut pas. Il faut retrouver les mots et les gestes. Repartir dans la même direction. Refaire le même trajet. Assembler les heures selon le mode d’emploi. Revenir. Ressentir le poids de la fatigue. S’allonger. Regarder dans le vide. Fermer les yeux et oublier.

Oublier que demain a déjà existé.

Auteur : Nicolas Esse

Depuis 1962, je regarde les nuages qui passent avant d'aller mourir.

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