Intérieur nuit (6)

Retour dans la pénombre de la chambre. Au fond de la scène, on devine le lit. Les mêmes instruments et le bruit du respirateur. Trois coups contre la porte qui s’ouvre aussitôt. L’infirmière avance vers le lit et allume la lampe de chevet.

L’infirmière :
Bonjour Madame Duquesne. Comment ça va aujourd’hui ? Je viens pour la sonde. La pression aussi. Le cœur, vous comprenez ? Vous pouvez me faire un signe, si vous m’entendez. Un signe, comme bouger la tête ou une main. Bouger une main, vous pouvez faire ça pour moi, Madame Duquesne ?

L’infirmière regarde les chiffres qui bougent sur les écrans. Elle retire le duvet. Elle observe le contenu d’une poche de plastique transparent pendue sur le cadre du lit.

Il faut vous réveiller Madame Duquesne. On peut pas continuer comme ça. Vous avez encore perdu du poids. Vous allez sécher sur place dans votre lit. Dites-moi que vous m’entendez Madame Duquesne. Juste un doigt, bougez juste un doigt, ça suffira. Un doigt, c’est facile, allez ! Vous n’allez pas me dire que vous n’arrivez pas à lever un doigt !
Même pas un doigt ?
Bon.
Je reviendrai plus tard.

L’infirmière s’en va.
Noir

En fond d’écran la mort

Un satellite dans chaque voiture.

Plus jamais de détour, d’embardée ou de rivière au bord du chemin. Dans chaque voiture de l’air en boîte, plus jamais chaud ou froid et les fenêtres fermées aux parfums de l’été. Les routes brillantes et noires, plus de trous ni d’ornières et surtout, plus jamais de poussière.

Plus de chair, plus de sang, les corps transparents. La viande, c’est sale, ça transpire et ça pue. La viande, ça se décompose et  les vers vivent dedans.

Plus de terre, la terre c’est sale. Plus de pluie et plus d’hiver. Plus d’été. Plus de printemps. Plus d’automne, l’automne, c’est sale, il y a des feuilles partout sur le sol, des feuilles mortes, et la mort c’est sale, la mort qui grouille partout sous la terre sale.

Mais tout est lisse de l’autre côté de la dalle de verre.
Les corps éclatent sans jamais faire de tache.
L’automne s’en va sans jamais laisser de trace.
Il ne fait plus jamais froid.

La mort en fond d’écran.
La vie en téléchargement.