La véritable origine de l’automne (16)

Dieu tira de sa manche un disque diaphane aux bords renflés qu’il déposa délicatement sur le sommet de Son index.

– Adam, mon enfant, je te demande de m’accorder toute ton attention. N’aie crainte, ce ne sera pas long.

– Ah je veux, oui ! Je te signale quand même qu’il est quatre heures du matin.

– Donc, je vais te demander un petit effort d’imagination. Ceci est Mon doigt. Maintenant, nous dirons, pour les besoins de la démonstration, que ce doigt représente ton sexe…

– Mon sexe ? Tu m’excuseras, mais je ne vois pas très bien le rapport entre ton doigt et ce truc mou qui me pend entre les jambes.

– Adam ! Quand donc cesseras-tu de m’interrompre ? Je disais que ce doigt représente ton sexe, lorsqu’il se trouve en érection…

– Bien sûr. Et pourquoi pas en lévitation, tant qu’on y est ? Sacré Dieu ! Quand même ! C’est vrai que tu es un peu sensible sur le protocole, mais il faut bien reconnaître qu’on ne s’ennuie pas avec toi.

– Adam, si tu continues  de M’interrompre, Je ne réponds plus de Moi.

– Bon, bon. Mes excuses ton altitude. Vas-y, accouche, parle-moi de ton doigt.

– Bien. Reprenons. Ce doigt représente ton sexe en érection. Un processus complexe qui a nécessité de longues heures de mise au point. Pour résumer nous dirons qu’il s’agit du passage d’un état mou à un état rigide.

– Génial. Ça c’était en V.O. Maintenant recommence ! Mais avec les sous-titres.

– Adam, mon enfant, c’est un peu délicat, mais tu es en âge de comprendre. Voilà. Il peut arriver, selon certaines circonstances que ton sexe passe de l’état mou à l’état rigide.

– Ah oui ! Et comment je m’y prends pour réussir ce petit tour de magie ?

– Il n’y a rien de magique. Seulement un peu de mécanique des fluides et un système de fermeture automatique des portes.

– Dieu est incroyable ! Tu lui demandes juste de t’expliquer comment fonctionne ton sexe et il t’invente la rame de métro.

– Adam, Je te préviens : Je vais perdre patience. Il se trouve que dans certaines circonstances, un stimulus extérieur pourra provoquer en toi des émois tels que ton sexe durcira, qu’il se redressera et alors, il faudra immédiatement déposer cet objet à son extrémité et de le dérouler sur toute sa longueur, exactement comme ceci.

L’index dressé de Dieu se retrouva entièrement recouvert d’une fine membrane translucide. Adam considéra ce doigt ganté de latex 100% naturel. Il avança une main timide vers cet objet inconnu. Le contact avec la surface le laissa interdit : c’était lisse, flasque, à peine tiède, et surtout c’était un peu visqueux. Adam eut un mouvement de recul. Il essuya vivement sa main sur un pan du manteau de Dieu. Sans relever la tête, il murmura :

– Y a pas à dire, Dieu, t’es vraiment un grand malade.

Auteur : Nicolas Esse

Depuis 1962, je regarde les nuages qui passent avant d'aller mourir.

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