La véritable origine de l’automne (18)

Immobile et un peu voûté sur les contours incertains de l’aube, Dieu fut parcouru d’un long frisson.

– Ce que Je compte faire ? Adam, Je ne sais pas. Pour la première fois, Je ne sais pas. Lorsque J’ai créé le monde, Je ne voulais pas d’un jardin tiré au cordeau. Je voulais de la vie, des lianes, des arbres immenses qui se déploient jusqu’au ciel. Je voulais des montagnes pour éclater l’eau des cascades. Des vagues pour déchirer la mer étale. Je voulais de la vie, du bruit et du vent. Des escargots qui avancent à la vitesse de l’escargot. Des aigles qui plongent du ciel à la vitesse de la lumière. Entre les deux, J’ai placé le bond de l’antilope. J’ai découpé sur la neige la ligne pointillée que tracent les deux pointes noires des oreilles du lièvre. Juste derrière, j’ai dessiné l’ombre de l’aigle. Les empreintes en zigzag jusqu’aux traces de sang. À la fin, l’aigle emporte le lièvre. Le vent emporte l’aigle et la nuit emporte le vent. À la fin, tout s’arrête. À la fin tout recommence enfin.

– À la fin, tout recommence! Vaut mieux entendre ça que de s’appeler Beethoven. Sérieusement, Dieu tu déconnes. À la fin, c’est la fin, The End, tu vois?

– La fin, c’est le commencement d’autre chose. Seulement, toi, tu es différent. Tu regardes le ciel et tu voudrais voler. Tu regardes la mer et tu voudrais nager. Quand tu as froid, tu voudrais réchauffer la terre. Quand tu as chaud, tu voudrais refroidir la terre. Tu voudrais changer le goût de l’eau. Tu voudrais retirer le sel de la mer. Tu voudrais des fruits nouveaux.

– Ah ça oui ! D’ailleurs, je voulais t’en parler. J’ai vu des grappes dans les vignes, alors, les grains, je les ai goûtés. Juste pour voir. Eh bien, laisse-moi te dire que ça m’a carrément arraché la gueule.

– Le raisin ne murit pas en été.

– T’es un peu con quand même. Alors ça sert à quoi le raisin, hein ? À faire vomir les moineaux ? Tu veux tuer les oiseaux ?

– Je ne veux tuer personne. Toi, tu tuerais bien tous les oiseaux pour te fabriquer des ailes. Tu éventrerais tous les poissons pour que tu puisses nager au fond des océans. Tes deux jambes ne te suffisent pas. Tu voudrais mille bras. Tu voudrais être ici et tu voudrais être ailleurs. Tu voudrais être partout à la fois. En vérité je te le dis, Adam, tu es seul et tu es dangereux. Et c’est bien là tout le problème.

Auteur : Nicolas Esse

Depuis 1962, je regarde les nuages qui passent avant d'aller mourir.

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