La véritable origine de l’automne (19)

Le regard en flottaison sur la ligne floue de l’horizon, Dieu parut réfléchir intensément.

– Mais c’est vrai, Adam tu as raison : la solitude n’est pas une solution. La lionne vit avec le lion et toi tu cherches en vain quelqu’un qui te ressemble,  une personne qui t’écoute et  te parle, une épaule où tu puisses déposer tes armes, une âme sœur qui…

– … mais décidément tu dérailles ! D’abord tu me proposes un compagnon. Maintenant une sœur. Et après ce sera quoi ? Ma mère ? En string ?

– Adam ! Je t’en prie ! Je te parle d’une âme !

– Ah oui ? Et tu as déjà essayé de niquer une âme ?

– Adam reprends-toi, s’il te plait !

– Non je me reprendrai pas !  Tu es là à me bassiner avec tes histoires, tes hypothèses à deux balles et tes doutes métaphysiques. Mais bon, il faudrait savoir à la fin ! Tu es Dieu oui ou quoi ? C’est quand même toi qui as créé tout ce bazar rien qu’avec tes petites mains, tu me l’as dit cent fois !  Alors merde, c’est quand même pas bien compliqué. Ouvre ton grand livre de recettes à la page « Adam ». Regarde ce qui est écrit en face. Tu sais lire, non ? Alors, vas-y, qu’est-ce que tu attends ?

– En vérité, Je te l’ai déjà dit : Adam tu es dangereux. Aussi, il est absolument hors de question que tu te reproduises.

Dieu plongea une main dans l’immensité de la poche droite de son manteau. Il en retira une petite boîte en carton qu’il ouvrit avec précaution.  Il prit à l’intérieur un carré de plastique blanc qu’il ouvrit délicatement pour en extraire un disque translucide et gras, en tout point pareil à celui qu’il avait déroulé le long de son doigt.

– Adam, Je te remets cette boîte. Tu dois Me promettre qu’à chaque fois que tu seras sur le point de t’engager dans l’œuvre de chair, tu recouvriras ton membre de cette membrane que J’ai taillée à ta mesure. Et quand tu seras entièrement recouvert, tu n’oublieras pas de bien appuyer sur le petit réservoir situé à son extrémité. Chaque fois. CHAQUE FOIS, TU M’ENTENDS ?

– Je te reçois cinq sur cinq mon commandant.

– Adam, c’est très important. Il faut que tu t’engages solennellement, ici et maintenant. Jure devant Dieu que tu n’oublieras jamais.

– Je le jure !

– À toute heure du jour et de la nuit ?

– Je le jure !

– En toutes circonstances ?

– Je le jure !

– Au réveil et au coucher ?

– OUI, OUI,  À MIDI ET À MINUIT. JE PROMETS. JE LE JURE. JURÉ. CRACHÉ. PROMIS. CROIX DE BOIS, CROIX DE FER. Est-ce que ça va maintenant ? On peut passer à l’étape suivante ? Ou tu veux encore que je signe avec mon sang ?

– Pas de sang, Adam, pas de sang et surtout, pas de croix. Bien. Je crois que nous sommes d’accord. Je vais voir ce que Je peux faire.

– Exactement ton commandeur ! Regarde que tu peux faire. Et sans vouloir te commander, ça m’arrangerait si tu pouvais un peu te les agiter, ta grandeur. Ces nuits d’été font rien qu’à m’embraser.

Auteur : Nicolas Esse

Depuis 1962, je regarde les nuages qui passent avant d'aller mourir.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s